Les Comores

Comme vous l’aurez deviné, ce sont les Comores que nous mettons à l’honneur pour le mois de janvier !

Le mariage comorien un miroir, un miroir de la société

Situé dans l’océan Indien, l’archipel des Comores est marqué par des traditions où le mariage occupe une place centrale. Bien plus qu’une simple union entre deux personnes, il constitue un événement social majeur, attendu et partagé par les familles et la communauté. Le mariage comorien s’inscrit dans un ensemble de cérémonies et d’étapes successives, qui peuvent s’étaler dans le temps et mobiliser largement l’entourage. À travers ces pratiques, il apparaît comme un véritable pilier de la vie sociale, renforçant les liens familiaux et communautaires.

L’archipel des Comores est composé de quatre îles principales : Grande Comore (Ngazidja), Anjouan (Ndzuwani), Mohéli (Mwali) et Mayotte (Maoré). Il se caractérise par une forte cohésion sociale, fondée sur des traditions et un attachement profond aux valeurs communautaires. La population comorienne est majoritairement musulmane, et l’islam sunnite occupe une place centrale dans la vie quotidienne, influençant aussi bien les pratiques sociales que les traditions culturelles.

Dans ce contexte, le mariage revêt une importance particulière. Il ne s’agit pas uniquement d’une union entre deux individus, mais d’un événement structurant qui engage les familles et, plus largement, la communauté. Sur le plan social, le mariage marque une étape essentielle au sein de la société et participe au renforcement des liens familiaux et communautaires. Sur le plan économique, il représente également un moment clé, impliquant des préparatifs importants, une solidarité collective et parfois des investissements significatifs. Ainsi, le mariage comorien apparaît comme un pilier à la fois social, culturel et économique, profondément ancré dans l’organisation de la société.

Les différents types de mariage

Le mariage comorien ne se limite pas à une seule cérémonie, mais s’inscrit dans un ensemble de pratiques et de formes différentes, qui répondent à des fonctions sociales et symboliques précises.

Parmi les différentes formes de mariage pratiquées aux Comores, il y a le mariage religieux . Il unit deux personnes selon les règles de l’islam, en présence de témoins et d’un foundi, qui veille au respect du cadre religieux. Ce type de mariage est souvent célébré de manière discrète, sans grande réception ni manifestations festives importantes.

Le  mdhoirhiricho correspond à une forme de mariage qui associe l’union religieuse à une réception festive. Il permet de rendre l’union visible et reconnue socialement, en la célébrant publiquement. Cette cérémonie réunit les proches de l’époux ainsi que les deux familles, dans un cadre marqué par le partage et la convivialité. À travers le mdhoirhiricho, l’importance de la communauté est particulièrement mise en avant. La réception devient un moment de rassemblement, renforçant les liens familiaux et sociaux. 

Le grand mariage, appelé anda, représente la forme de mariage la plus prestigieuse et la plus élaborée aux Comores. Cette célébration majeure dépasse largement le cadre du couple, puisqu’elle marque une étape déterminante dans la reconnaissance sociale de l’homme comorien. En accomplissant le anda, celui-ci accède au statut de notable, lui conférant respect, légitimité et une place reconnue dans les instances sociales et communautaires. La préparation du grand mariage s’inscrit dans un temps long et nécessite des investissements importants, tant sur le plan économique que matériel. Elle comprend notamment la préparation des tenues, la rénovation ou l’aménagement de la maison ou encore le mesenzal ( la mise en beauté de la future mariée ). Ces préparatifs traduisent à la fois le respect des traditions et la volonté d’affirmer un certain statut social.

Mère d’un marié jettant des billets lors du Anda 

Le anda se déroule à travers une série de cérémonies et d’événements, mêlant rites religieux, célébrations festives et rassemblements communautaires. On peut prendre l’exemple du twarab , le djaliko ou encore le madjilis qui sont dés cérémonies assez dansantes exprimant la joie, à l’exception du madjilis qui est un rassemblement principalement masculin . On retrouve aussi le zifafa , qui se traduit par une  présentation des parures d’or ou d’argent . En bref , le grand mariage joue ainsi un rôle clé même si certaines pratiques ou cérémonies  peuvent varier selon les îles, les villages et les familles.

L’oukoumbi est une cérémonie du mariage comorien à dominance festive, principalement associée aux femmes. Elle se distingue par son caractère joyeux et symbolique, mettant en avant la mariée à travers des rituels, des tenues traditionnelles comme le sahare na subaya, et des parures spécifiques. Contrairement au anda, l’oukoumbi ne vise pas la reconnaissance statutaire, mais constitue avant tout un moment de célébration et de partage. Cette cérémonie est marquée par des chants, des danses et des rassemblements féminins, créant un espace d’expression collective et de transmission culturelle. L’oukoumbi permet de renforcer les liens sociaux entre femmes, familles et générations, tout en valorisant la convivialité et la joie liées à l’union. Aujourd’hui, l’oukoumbi est parfois célébrée au sein de la diaspora, notamment en France, témoignant de l’attachement aux traditions malgré l’éloignement géographique et des évolutions comme la présence masculine. Comme pour les autres formes de mariages comoriens, les modalités de cette cérémonie peuvent différer selon les îles, tout en conservant sa dimension essentiellement festive et communautaire.

Photo d’une influenceuse comorienne en tenue comorienne
Le poids du village dans le choix du conjoint

Au-delà des cérémonies et des rites, le mariage comorien soulève également des enjeux sociaux importants, notamment en ce qui concerne le choix du conjoint. Pour de nombreuses familles, et plus particulièrement pour les aînés, il est essentiel que l’union s’inscrive dans une continuité communautaire, en privilégiant un mariage avec une personne issue du même village ou, à défaut, de la même origine comorienne. Afin d’illustrer ces enjeux de manière concrète, cette partie de l’article s’appuie sur des témoignages recueillis auprès de jeunes femmes et de jeunes hommes comoriens, ainsi que d’un foundi. Ces échanges, fondés sur leurs expériences et leurs points de vue, permettent aujourd’hui de mieux comprendre la place accordée au village et à l’origine dans le choix du conjoint.

Pour certains jeunes, le lien communautaire apparaît encore lointain. Une lycéenne comorienne de 18 ans explique ainsi ne pas accorder beaucoup d’importance au village de son futur conjoint, principalement parce qu’elle se sent trop jeune pour se préoccuper de ces questions. Elle reconnaît cependant que la famille et la communauté exerceront probablement une pression à un moment donné, pour s’assurer que les traditions et la culture comorienne soient respectées. Selon elle, cette pression reflète avant tout la volonté des aînés de préserver un héritage culturel, particulièrement fragile sur une île confrontée aux défis environnementaux et sociaux.

Un jeune homme comorien, étudiant en France et actif dans la diaspora, nuance cette vision. Si, auparavant, il ne voyait aucune importance à se marier dans le même village, les discussions avec sa famille lui ont permis de comprendre la valeur de rester au sein de la même communauté culturelle. Il reconnaît la pression familiale, qu’il considère légitime, mais prévient aussi du danger d’une contrainte trop forte : « Je comprends pourquoi c’est important pour eux, mais aller jusqu’à imposer le même village me semble exagéré », explique-t-il. Pour lui, la tradition évolue déjà sous l’influence de la diaspora : la communauté reste importante, mais le critère strict du village tend à se relâcher.

Du côté des aînés, un foundi  comorien, à la fois respecté dans sa communauté et formé religieusement, offre un autre éclairage. Selon lui, l’idéal reste de se marier au sein de la communauté comorienne, ce qui participe à la fierté et au maintien du lien social. Mais, précise-t-il, d’un point de vue religieux, l’islam privilégie la foi partagée plutôt que l’origine géographique : « Ce n’est pas obligatoire de se marier dans le même village, l’important, c’est de partager les mêmes valeurs et croyances », affirme-t-il. Dans son rôle de parent, il choisit donc de ne pas imposer de pression excessive à ses enfants, tout en discutant avec eux de la tradition et de l’importance de transmettre l’identité culturelle.

Ainsi ,  le mariage comorien occupe une place centrale dans la vie sociale et culturelle de l’archipel. À travers ses différentes formes et cérémonies, il reflète des traditions profondément ancrées, une forte dimension communautaire et des enjeux sociaux et économiques importants. L’attachement au village et à l’origine, notamment porté par les aînés, illustre la volonté de préserver une continuité culturelle, même si ces pratiques évoluent aujourd’hui avec les nouvelles générations et la diaspora. Le mariage comorien demeure un pilier essentiel de la société, entre héritage et transformations contemporaines.

Sources :

Sources des photos : 

  1. https://img-s-msn-com.akamaized.net/tenant/amp/entityid/AA1K11S3.img?w=768&h=512&m=6&x=309&y=83&s=337&d=75 
  2. https://www.charentelibre.fr/international/ici-tout-le-monde-peut-etre-sultan-la-tradition-du-grand-mariage-fait-vibrer-l-ete-aux-comores-25494697.php
  3. https://www.tiktok.com/@_honeyshay/video/7242348382826597659

Lancine Phatima – Etudiante en licence de géographie aménagement à Sorbonne Université.

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