La République centrafricaine sous Bokassa (1966-1979)

https://www.universalis.fr/atlas/afrique/republique-centrafricaine/

Située en Afrique centrale, la Centrafrique ou République centrafricaine est un territoire entièrement enclavé ; au Nord par le Tchad, au Nord-est par le Soudan, par la République démocratique du Congo au Sud, et le Cameroun à l’Ouest.

Actuellement, si l’Etat a le privilège de se proclamer comme “République”, tel n’a pas toujours été le cas. 

En effet, frappé par la traite coloniale dès la fin du XVIIIème siècle, les régimes autoritaires, les guerres civiles, ou les empires à traits dictatoriaux, le pays a souvent traversé des phases d’instabilité politique.

L’exemple le plus parlant de ces instabilités serait Jean-Bedel Bokassa, un militaire, homme d’État et monarque franco-centrafricain, qui, très inspiré par Napoléon Ier, a lui même affirmé “Je fais les choses comme Napoléon, en grand”.

Il s’est ainsi montré déterminé à suivre un chemin à son effigie, en arrivant à la tête du pays par coup d’Etat, par auto-proclamation de “président à vie” ou “empereur de Centrafrique”.

Au  début de son parcours, Bokassa, qui a été promu  Général, puis nommé Président, se fait finalement couronner empereur le 4 décembre 1977 à Bangui, la capitale du pays. 

Plongé dans l’extravagance, il calqua sa cérémonie sur celle de Napoléon, ce qui, malgré le soutien français, coûta plus de 20 millions de dollars, très endommageants pour l’économie déjà faible du pays (représentant un tiers du budget annuel).

Cette cérémonie d’une absurde grandiosité dura trois jours.

Ainsi, alors que la majorité de la population peine à simplement se nourrir, il choisit délibérément, en son rôle de chef d’Etat, d’ignorer, voire de capitaliser sur ces disparités.

Bokassa : père de la Nation centrafricaine ou tyran sanguinaire ?

Né en 1921 à Bobangui, il assiste à la mort de ses deux parents, massacrés par des colons français. Lors de la déclaration de la Seconde Guerre Mondiale, il rejoint l’armée française qui recrutait parmi ses colonies. Il y gravit les échelons, tout en s’y faisant des alliés.

Autrefois sous le nom d’Oubangui-Chari, en lien avec le nom des grands fleuves du pays, la Centrafrique acquiert son indépendance en 1958, et le statut de République deux ans plus tard.

D’un côté, D. Dacko, en devient le premier président, puis de l’autre, son cousin Bokassa, conduit par le désir ardent de devenir roi pour être davantage puissant et venger ses parents, est prêt à tout, quitte à détruire son propre Etat.

“L’intérêt national prime le sentiment familial”

Le 31 décembre 1965, il organise un coup d’État contre D. Dacko, en investissant le palais présidentiel, sans la moindre résistance.

Il fait arrêter les ministres, force les fonctionnaires à démissionner ou  à suivre son régime, puis se proclame président, sous l’œil attentif français qui conserve ses intérêts miniers dans le pays.

En surface, en prêtant serment de protéger son peuple, il se présente comme un homme anti-corruption, réformiste, et pro-développement de la Justice. Il se voit ainsi réellement comme un monarque éclairé.

En pratique, il interdit tout parti politique sauf le sien (le MESAN), dissout l’Assemblée Nationale, place ses hommes aux postes importants, et surtout, veille à  éliminer l’opposition.

Les prisons finissent saturées, les opposants torturés ou exécutés, et les caisses de l’Etat pillées.

Un personnage violent en tous points

Le dictateur a marqué les esprits par sa violence inédite, ses innombrables épisodes de tortures ou de maltraitance sur ses proches, telles que sur ses propres enfants et sur ses différentes femmes, ou son ex-ami Banza, torturé froidement après avoir tenté de le renverser par crainte de l’avenir du système. 

Les années suivant son couronnement ont été les plus sanglantes de son règne. La France, qui l’a souvent protégé, ne pouvait plus fermer les yeux.

Il a entraîné des milliers d’innocents dans sa chute.

Une amitié scandaleuse : héritage de la proximité entre Paris et ses anciennes colonies

Jean-Bedel Bokassa n’a jamais caché son intérêt, ni sa passion pour la France, en visitant souvent Paris, en défendant les intérêts français en Centrafrique, et surtout, en se liant étroitement d’amitié avec l’ex-président V. Giscard d’Estaing.

Bokassa lui offrait des diamants, se faisait inviter par son ami et ancien chef de l’Etat français, qui, en contrepartie, subventionnait son ascension.

D’autre part, les fournisseurs français de son couronnement n’ont jamais été payés ; le nouvel Empire centrafricain se retrouve aussitôt en faillite, sans possibilité de remboursement.

Bien qu’il se nomme président à vie, en voulant transcender l’histoire africaine, il annonce, en 1976, le passage à l’Empire Centrafricain.

En janvier 1979, l’Empire risque l’implosion ; plus de médicaments pour les hôpitaux, plus de payes pour les fonctionnaires, ni de matériel pour les écoles.

Bokassa, déconnecté de la réalité dans son palais, ignore encore l’état alarmant du pays.

Il va plus loin, en imposant un uniforme équivalent à des mois de salaires aux élèves et à leur famille, causant de grandes manifestations pacifiques.

Bokassa y voit un défi à son autorité de par leur âge ; il ordonne l’ouverture du feu sur les lycéens manifestants, dont des centaines finissent emprisonnés puis torturés.

La mise en place de l’opération Barracuda

Au détriment de sa mégalomanie, il n’est perçu que comme un despote ridicule par l’Occident qu’il admire tant.

Il devient ainsi l’objet de risée ; on en vient à critiquer son Empire et son couronnement, ainsi que sa façon de diriger.

L’opinion française, scandalisée par son propre lien avec le dictateur qui, jusque-là, était tenu secret, en vient à devoir choisir entre soutenir Bokassa – au détriment de sa crédibilité internationale -, ou rompre.

Le 20 septembre 1979, il est invité par le colonel Kadhafi sur le thème d’une coopération économique. 

La France y voit donc l’opportunité idéale, en son absence, pour tenter de mettre un terme à son règne.

Ainsi, près de 800 parachutistes français arrivèrent à Bangui et s’emparèrent de la ville, sans protestation du peuple ; nul ne désirait plus se battre pour l’empereur.

Ils placèrent de nouveau l’ex-président D. Dacko, renversé quatorze ans plus tôt.

En quelques heures, l’empire est aboli, sous restauration de la République. Bokassa est donc destitué de son statut d’empereur, c’est désormais un exilé.

Paradoxalement, il a fini recueilli par la France, dans un château près de Paris, où il écrivait ses mémoires, en se qualifiant de victime d’un complot international.

Contre toute attente, en 1986, il décide de retourner dans son pays, naïvement convaincu que son peuple se rangeraient de son côté ; il est arrêté à son atterrissage, au coeur de procès où il est accusé de détrounement de fonds, assassinat, recel de cadavres, anthropophagie, atteinte aux libertés individuelles, puis coups et blessures volontaires.

Pourtant condamné à mort par la cour de justice de Bangui, sa sentence sera la prison à vie, avant de finir en liberté surveillée.

Il finit sa vie dans la capitale, reclus et presque oublié, et il y meurt le 3 novembre 1996, à soixante-quinze-ans.

La Centrafrique, de son décès jusqu’à nos jours, continue de porter les séquelles de la tyrannie de Bokassa, à travers la méfiance envers toute autorité, la violence politique, ou la corruption systématique.

A l’échelle individuelle, des milliers de familles sont encore en deuil de proches massacrés, disparus ou torturés sous son règne.

Si son personnage meurt, son héritage reste ancré profondément dans le système politique centrafricain, comme dans les mémoires en tant que “boucher de Bangui”.

Sources :

• BAT, J. (2013). Bokassa, dernier EMPEREUR d’Afrique. L’Histoire, 12, 66. https://bibliotheques-specialisees.paris.fr/ark:/73873/pf0001921777

• Contributeurs aux projets Wikimedia. (2025, 4 juillet). Couronnement de Bokassa Ier. https://fr.wikipedia.org/wiki/Couronnement_de_Bokassa_Ier

• KAIROUZ, M. (2016, 20 septembre). Ce jour-là : le 21 septembre 1979, la chute de Bokassa 1er, empereur de Centrafrique. JeuneAfrique.com. https://www.jeuneafrique.com/357904/politique/jour-21-septembre-1979-chute-de-bokassa-1er-empereur-de-centrafrique/

• Notre Monde. (2025, 26 mai). BOKASSA 1ER : Entre manipulation française et dictature africaine – Documentaire Monde – AMP [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=kY3ULB8NpuE


Par Typhaine Mahé, étudiante en double-licence de Droit-Géographie et Aménagement.

Laisser un commentaire

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑