Wanuri Kahiu

Wanuri Kahiu, éventuel passage en prison après son triomphe au Festival de Cannes.

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Longuement ovationnée après la projection de son film, Wanuri Kahiu a connu un véritable succès au Festival de Cannes. « Rafiki » est le premier long-métrage kényan présenté lors du Festival de Cannes. Sélectionné dans la catégorie « Un certain regard », il met en scène l’histoire d’amour entre deux jeunes adolescentes, filles de leaders politiques. Bien qu’elle soit honorée et fière d’une telle reconnaissance, la réalisatrice est inquiète à l’idée de retourner à Nairobi puisqu’elle est sous le coup d’une arrestation. Qu’est-ce que lui reprochent les autorités kenyanes ? Une promotion présumée du « lesbianisme ». En effet, au Kenya, l’homosexualité est illégale et peut être punie de quatorze années d’emprisonnement.

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Wanuri Kahiu est née en 1980 à Nairobi. Très vite, elle se passionne pour la lecture, la télévision et le cinéma. Puis, elle part étudier le cinéma à Los Angeles. En 2008, elle réalise « From a Whisper », l’histoire d’une jeune fille qui perd sa mère lors de l’attentat terroriste de l’ambassade des Etats-Unis à Nairobi qui a fait plus de 200 victimes en août 1998. Grâce à ce film remarqué, elle remporte cinq prix lors des Africa Movie Academy Awards au Nigeria en 2009, dont ceux du meilleur réalisateur et du meilleur film. En 2010, elle co-fonde la société de médias Afrobubblegum pour, dit-elle (conférence TED 2017), mettre en avant la culture pop africaine et casser l’image « trop sérieuse » de son pays, constamment dépeint comme un endroit «frappé par la guerre, la pauvreté, la destruction». C’est aussi l’objectif de son long-métrage. « Je voulais raconter une histoire qui vienne changer cette image. Il est fondamental que l’Afrique montre des histoires d’amour auxquelles s’identifier. Il est temps que nous nous voyons comme doux, tendres, enjoués, joyeux », dit-elle dans les colonnes du Monde (2018).  La réalisatrice précise qu’elle a voulu raconter « la beauté et la difficulté de l’amour, des moments précieux pendant lesquels on s’élève au-delà de nos préjugés ».

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Grâce au cinéma, qu’elle considère comme un « véritable outil politique », Wanuri Kahiu, par ailleurs mère de deux jeunes enfants, espère « participer au renouvellement de l’image que l’on se fait du continent africain ». Oser faire un film sur la banalité d’une histoire d’amour dans un contexte très hostile aux populations LGBTQ est une lutte en soi selon la réalisatrice. Elle affirme que les cinq années durant lesquelles le projet et le script ont été développés, l’équipe technique a vu d’horribles évènements dans un climat anti LGBTQ en Afrique de l’Est : le gouvernement ougandais a souhaité faire passer une loi appelée « Tuons les gays », qui est un « exemple extrême mais terrifiant de la bataille que doit mener cette communauté. »

21663473-24625408Rafiki, « amie » en swahili langue nationale du Kenya, est l’adaptation du livre Jamabula Tree de l’Ougandaise Monica Arac De Nyeko. Après avoir accordé l’autorisation de tournage à Wanuri Kahiu, la commission de censure s’est rétractée en interdisant la diffusion du film. Le directeur du Comité national kényan de classification des films (KFCB), Ezekiel Mutua, a justifié l’interdiction du film Rafiki en raison « de son thème homosexuel et de son but évident de promouvoir le lesbianisme au Kenya, ce qui est illégal et heurte la culture et les valeurs morales du peuple kenyan ». Les artistes sont souvent en première ligne des combats de société. Tout travail artistique doit être validé par une instance de moralisation avant de pouvoir être diffusé. Les censures sont récurrentes. C’est ainsi le sort qui a été réservé à « Stories of our lives », première oeuvre cinématographique de fiction kényane LGBTQ, réalisé par un collectif. Et ce, bien que le film ait été sélectionné au festival international du film de Toronto, au Canada. Le producteur a même été arrêté. « Voilà quelles sont les difficultés que représente le fait de produire un film sur une histoire d’amour lesbienne en Afrique. Elles mettent également en lumière à quel point c’est urgent et nécessaire de raconter ce genre d’histoires » s’indigne Wanuri Kahiu.

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