Patrice Emery Lumumba

Patrice Emery Lumumba:

« L’Histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. »  PE. Lumumba

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Symbole de la revendication d’une émancipation véritable de l’Afrique au moment de la décolonisation du Congo, et victime de sa non effectivité. Aujourd’hui EsmaA vous présente le portrait de Patrice Emery Lumumba.Né le 2 juillet 1925 dans la province du Kasaï au Congo Belge,  il meurt assassiné le 17 janvier 1961 dans le Katanga (est Congo).  Enfant, Patrice Lumumba est élève dans une école de missionnaires catholique puis dans une école protestante Suédoise car la Belgique n’avait pas développé un système d’éducation étatisé et laïque dans sa colonie. Etant donné la médiocrité du niveau d’enseignement, c’est principalement à lui-même qu’il doit ses connaissances historiques et son habileté politique. Après avoir travaillé comme employé de bureau dans le Nord-Kivu, il se lance dans le journalisme à Léopoldville (Kinshasa) et Stanleyville (Kisangani). En 1954 il obtient le statut d’immatriculé, statut qui à l’époque identifiait les congolais ayant prouvé après examen qu’ils avaient acquis “la forme occidentale de civilisation”, et qui octroyait ainsi des droits que n’avaient pas la majeure partie de la population locale. Lumumba travaille ensuite pour une société minière où il découvre l’ampleur des richesses fossiles de son pays et dont sa population ne voit pas les bénéfices.

Conscient des nombreuses injustices qui frappent le pays, dont les occidentaux sont les principaux responsables, la problématique de l’indépendance du Congo le préoccupe. Il aspire alors à la fondation d’un grand Congo nationaliste unitaire. Il gagne en notoriété auprès des décisionnaires belges au travers de l’Association du Personnel Indigène Congolais (APIC) qu’il fonde en 1955. Après son adhésion au Parti Libéral unitaire belge, il est invité en Belgique avec quelques notables congolais par le Premier Ministre. A ce moment là, il croit en une réforme pacifique du système colonial belge.

C’était sans compter sur la publication du professeur belge A. Joseph Van Bilsen Plan de trente ans pour l’émancipation de l’Afrique belge, qui fût à l’origine des premiers mouvements de contestation de l’unité de la Belgique et du Congo et de revendication de l’indépendance par les congolais. Après des élections au Congo en 1957, l’Etat belge mit en place une politique de “décolonisation” qui permit la création de plusieurs partis nationaux. Après un an injustement emprisonné pour détournement de fonds publics et sa déception quant à l’image dégradante des congolais véhiculée par les belges à l’occasion de l’Exposition universelle de 1958, Patrice Lumumba est confronté à la désillusion. Indigné, il comprend la nécessité d’une indépendance totale du Congo et crée son propre parti politique: le Mouvement National Congolais (MNC). Suite aux manifestations durement réprimées de janvier 1959, l’ABAKO (une association indépendantiste) fut dissoute, son leader déporté en Belgique et Patrice Lumumba condamné à 6 mois de prison, une dizaine de jours après que le gouvernement belge ait promis l’indépendance. Dans le cadre du processus d’indépendance, les partis nationaux réunis en Front commun furent appelés à la discussion autour de la fameuse Table Ronde de Bruxelles. Ils refusèrent d’y siéger sans Lumumba et ce dernier fut libéré en toute hâte pour y participer.  L’indépendance fut proclamée le 30 juin 1960. Après que son parti (le MNC) ait remporté les élections de mai 1960, Patrice Lumumba fut nommé Premier Ministre du nouveau pays par Joseph Kasa-vubu (ex dirigeant de l’ABAKO) devenu Président de la République.

Fort de cette investiture, Lumumba rejette définitivement les libéraux et s’entoure de conseillers de gauche. Lors de la cérémonie pour l’indépendance, en présence du roi Baudouin (roi des belges) ayant fait l’éloge de la colonisation et de Léopold II quelques minutes plus tôt, Lumumba prononce un retentissant discours dans lequel il dénonce les crimes et les abus du système colonial, s’attirant les foudres des puissances occidentales : “Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions nègres. […] Nous avons connu que la loi n’était jamais la même selon qu’il s’agissait d’un Blanc ou d’un Noir : accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autre”. Dans la mesure où les cadres des grandes entreprises et institutions de l’Etat et de l’armée n’avaient pas été remplacés suite l’indépendance proclamée, la hiérarchie entre les Blancs et les Noirs demeurait factuellement inchangée. Ainsi les réactions soudaines d’une partie de la population congolaise à ce discours, qui se sont mis à violenter des ressortissantes occidentales établies au Congo, provoquèrent une crise diplomatique avec la Belgique.

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S’ensuivent les problèmes : la province économiquement stratégique du Katanga soutenue par la Belgique, fait sécession de l’Etat unitaire, ce qui amène Lumumba lutter plus que jamais pour l’unité de l’Afrique face aux impérialistes occidentaux et face à la division des peuples africains qu’il voit comme la résultante des velléités occidentales. Il en profite pour remplacer les belges de la fonction publique. L’affaire acquiert une portée internationale lorsque la Belgique déploie son armée en 3 jours pour soutenir la sécession au Katanga, laissant une partie du rideau de fer en Allemagne vulnérable. Dans le contexte culminant de la Guerre Froide, la Congo attira ainsi sur lui les intérêts opposés du bloc Soviétique et des Etats-Unis. Devant l’ONU, les Soviétiques et le Tiers Monde soutiennent le gouvernement Lumumba tandis que les puissances occidentales soutiennent le gouvernement belge et la sécession du Katanga menée par Moïse Kapenda Tshombé. Après de nombreuses décisions contradictoires, et la signature d’un accord entre les belges Tshombé, le putschiste du Katanga, l’ONU empêche les troupes de l’armée congolaise d’intervenir au Katanga, prenant ainsi clairement position contre le gouvernement Lumumba. Ce dernier profite alors de la Conférence Panafricaine de Léopoldville pour interpeller toutes les consciences africaines: « Tous ont compris si le Congo meurt, toute l’Afrique bascule dans la nuit de la défaite et de la servitude. Voilà encore une fois la preuve vivante de l’unité africaine. Voilà la preuve concrète de cette unité sans laquelle nous ne pourrions vivre face aux appétits monstrueux de l’impérialisme. […] Entre l’esclavage et la liberté, il n’y a pas de compromis ».  

Après que le Président ait tenté de le révoquer de ses fonctions le 4 septembre 1960, Lumumba avec le soutien du Parlement, destitue le Président Kasa-vubu en l’accusant de haute trahison. Ce dernier fomente alors un complot avec le secrétaire d’Etat Joseph-Désiré Mobutu, soutenu par la CIA. Après la réussite de son coup d’Etat, Mobutu assigne Lumumba à résidence, qui réussit néanmoins à s’échapper avec sa famille. Il est rattrapé 3 jours plus tard. Il est transféré par avion à Elisabethville au Katanga, où il est détenu dans d’atroces conditions et torturé avant d’être fusillé le soir même. Les circonstances et les coupables de l’assassinat de Lumumba font toujours l’objet d’investigations, mais le sociologue Ludo de Witte dans son livre L’assassinat de Lumumba, met en cause les belges directement pour ce crime.

Le corps de Lumumba n’a jamais été retrouvé, mais sa parole n’a jamais été oubliée, et l’homme fut érigé en martyr de la lutte des Africains pour leur indépendance.

 

Références:

 

Support numérique

 

Ouvrages:

  • Aimé CESAIRE, Une saison au Congo, Le point, 1996.
  • Luc DE VOS, Emmanuel GERARD, Jules GERARD-LIBOIS, Philippe RAXHON, Les secrets de l’affaire Lumumba, Racine Lanno, 2005.
  • Ludo DE WITTE, L’assassinat de Lumumba, Kahratala, 2000.

Alice G.
Matthieu L.

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