Edito de la coordinatrice

Abir2

Été 2016, en France,du Pas-de-Calais à la Corse, en passant par la Côte d’Azur. Des femmes musulmanes, voilées, sont exclues d’une quinzaine de plages françaises, d’une quinzaine de lieux publics. Ces femmes ont été la cible de décrets municipaux, rédigés pour bon nombre par des hommes, parce que leurs tenues vestimentaires ne convenaient pas aux autorités et/ou aux riverains.

Habillées, déshabillées, et encore rhabillées par les hommes, les femmes et leur corps font aujourd’hui plus que jamais l’objet de toutes les revendications, politiques et médiatiques, dans un débat où la parole masculine est dominante. Les mouvements féminins et féministes, qui cherchent à faire entendre les voix plurielles des femmes dans le monde en luttant contre les sociétés patriarcales et contre ces diktat qui veulent mettre les femmes dans des cases hermétiques, sont aujourd’hui plus que d’actualité, d’où le choix de notre sujet.

Écrire sur des mouvements portés par des femmes et pour des femmes, écrire sur des mouvements féministes sur un continent qui rejette en partie ce terme perçu comme une invention et une perversion de l’Occident, est, je dirais, fondamental pour une association de promotion des mondes africains. L’Afrique est source de nombreux fantasmes, de nombreux mythes et préjugés dont un des principaux est la place subordonnée qu’auraient occupées les femmes dans l’Histoire du continent. Dans un continent où les disparités de genre sont profondément marquées, du fait d’un retard de développement depuis la colonisation, et accentuées par des systèmes néolibéraux, les luttes pour les droits des femmes et leur implication dans le développement socio-économique et sur la scène politique remontent en réalité à l’époque médiévale déjà, à en croire les seules sources écrites. À l’heure où le label féministe est fièrement revendiqué par des femmes africaines et timidement par des hommes du continent, écrire sur les liens complexes qu’entretiennent les groupements et collectifs de femmes avec des associations féministes nous permet de comprendre les places occupées par les femmes, ou qui leur sont attribuées, du Maghreb à l’Afrique australe, du Cap-Vert à l’île Maurice. Entre superposition de ces mouvements qui ne portent pas le même nom ou antagonismes affichés, nous traiterons de leurs relations parfois ambigues.

Ce nouveau numéro du journal d’ESMA abordera cette thématique générale sous différents angles, en commençant par l’histoire peu connue des sociétés matriarcales ainsi que celle de divers mouvements d’émancipation des femmes. Nous aborderons également le sujet à travers le portrait de figures féminines et féministes emblématiques de l’Afrique, mais aussi par le biais de l’art et de la culture, souvent vecteurs de libération dans les luttes contre le patriarcat. Imbrications des cultures, des religions et des systèmes économiques seront évoquées pour dresser un tableau, on l’espère, relativement complet des mouvements féminins et des mouvements féministes en Afrique.

Bonne lecture à toutes et à tous !

Abir

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