Le Burkina Faso sous Thomas Sankara (1983-1987)

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Le territoire du Burkina Faso actuel a été colonisé par la France jusqu’en 1960. C’est en effet le 5 août de cette année-ci que le pays, alors baptisé depuis 1958 République de la Haute-Volta, accède à l’indépendance. La période politique postcoloniale sur laquelle nous allons nous attarder ici est celle qui fut sous le leadership de Thomas Sankara, “Che Guevara africain”, figure burkinabè restée jusqu’à aujourd’hui tant emblématique que controversée.

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Thomas Sankara, à seulement 33 ans, devient Premier Ministre de la Haute-Volta sous la présidence de Jean-Baptiste Ouédraogo à la tête du Conseil Provisoire du Salut du Peuple en janvier 1983. Le 17 mai de la même année il est arrêté et emprisonné. Une résistance au régime s’organise alors, jeunes et étudiants soutenus par des syndicats et des partis de gauche manifestant pour sa libération. Le 4 août 1983 éclate un putsch militaire dont les capitaines Thomas Sankara, Blaise Compaoré et Henri Zongo sont à la tête. C’est le troisième coup d’Etat réussi depuis les années soixante dans le pays. Il aboutit à la création du Conseil National pour la Résistance, avec Sankara comme chef de l’Etat, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité.
La Révolution Démocratique et Populaire qui s’installe est un régime autoritaire et révolutionnaire qui, pour amorcer sa politique générale, commence par changer de nom. Le pays est ainsi rebaptisé “Burkina Faso” -littéralement “pays des hommes intègres”- dès 1984. Un nouvel hymne, un nouveau drapeau national, une nouvelle devise et un nouveau découpage territorial sont également adoptés. Des Comités de Défense de la Révolution sont créés pour assurer la sécurité et la surveillance de la population et appliquer la politique du gouvernement à l’échelle locale. En parallèle, des Tribunaux Populaires Révolutionnaires sont mis en place pour rendre la justice.

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Sankara mène une politique de développement visant d’abord à réduire la sous-nutrition et la soif mais aussi à améliorer les conditions sanitaires responsables de la diffusion massive de maladies. Il met l’accent sur des enjeux sociaux et environnementaux en souhaitant notamment faciliter l’accès à l’éducation dans un pays où la population est encore majoritairement analphabète et intégrer les femmes dans la société. En 1958 sont lancées les “trois luttes” écologiques visant à préserver les forêts et la biodiversité qui s’y trouve ainsi qu’à réduire l’exploitation et la consommation de gaz. Concernant les questions économiques et de politique extérieure, le gouvernement Sankara ne se fait pas que des amis en dénonçant ouvertement l’impérialisme et le néocolonialisme occidental, et en particulier français. Sankara est en effet une figure forte des mouvements panafricains et tiers-mondisme de l’époque. Pour autant, il cherche à attirer les investisseurs étrangers au Burkina Faso, en tentant par exemple d’assainir les finances publiques par des licenciements de fonctionnaires, sous couvert d’accusations de manquements à leur devoir.
Dans ce climat politique intérieur, les opposants au régime sont emprisonnés et les grèves des instituteurs sont réprimées par des licenciements. Le manque de considération du gouvernement pour les traditions des populations locales encore fortement ancrées et sa volonté d’un rapide bouleversement de la société a nécessairement induit des tensions. Le climat extérieur n’est pas non plus à la détente lorsqu’éclate la guerre de la bande d’Agacher avec le Mali, du 14 au 30 décembre 1985. La cause directe de ce conflit armé est la tentative malienne de recensement dans cette zone territoriale disputée depuis longtemps par les deux Etats frontaliers. Au final, cette guerre aura causée près de 200 morts et s’achève avec l’arbitrage de la Cour Internationale de Justice.

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Le 15 octobre 1987 alors qu’il siégeait à une réunion du Conseil de l’Entente, Thomas Sankara et douze de ses proches sont assassinés. Le Conseil National pour la Résistance est renversé par un coup d’Etat de son ancien frère d’armes Blaise Compaoré qui prend la tête du nouveau parti unique, le Front Populaire, jusqu’en 2014. Cette date reste encore aujourd’hui un évènement tabou de l’histoire du Burkina Faso et entouré de mystère. En témoigne la promesse de déclassification des documents français liés à l’assassinat de Sankara qu’a faite Emmanuel Macron le 28 novembre dernier à la justice burkinabè.

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