Angola à l’honneur- point historique

De la guerre d’indépendance à la guerre civile

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Timbre célébrant l’indépendance de l’Angola

Les tambours de guerres ont longtemps raisonné sur la terre d’Angola et ont entraîné dans leurs sillages mort et dévastation. Il n’est pas question de dresser un portrait cynique et fataliste de ce jeune pays mais seulement de mettre la lumière sur les multiples plaies encore béantes. Les populations ont longtemps souffert de la colonisation et de la guerre civile pour arriver à ce que les analystes appellent: “une inversion de l’histoire”. C’était un point chaud de l’Afrique, d’abord parce que ce fût une position stratégique de la traite transatlantique puis c’est un lieu où la colonisation portugaise s’est déroulée de la façon la plus brutale et enfin car la décolonisation a laissé place à une sanglante guerre civile. Aujourd’hui l’Angola est un pays en paix, et sa croissance a affiché des taux vertigineux: 8% en 2014 et après une crise financière et une chute des cours de pétrole, la croissance économique de l’Angola redémarre. “L’inversion de l’histoire” vient du fait que l’Angola est devenu un partenaire économique de poids d’un Portugal en crise, d’ailleurs dernièrement on assiste à beaucoup de migrations de citoyens portugais à Luanda par exemple. Mais ici, il est question de mettre la lumière sur la guerre civile, ESMA vous propose de  plonger au coeur des plaies encore vives d’un pays peu connu.

Origine de la guerre civile: la décolonisation

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Salazar, chef d’Etat du Portugal de 1932 à 1970

Pour comprendre les origines de la guerre civile en Angola, il faut revoir les conditions du déroulement de la décolonisation. Le pays fut l’une des premières terres colonisées par les puissances européennes, dès le XVIe siècle mais il faut attendre la conférence de Berlin de 1885 pour entériné l’appropriation de l’Angola par le Portugal. La prise de pouvoir progressive de Salazar dans la métropole, accroît les conditions de la colonisation et consolide le peuplement ainsi que les possessions territoriales en Angola. La période des décolonisations en Afrique touchant l’Angola, un sentiment de révolte croît au fur et à mesure que les conditions de la domination coloniale parurent abruptes. Elikia M’Bokolo écrit à ce propos dans l’Histoire générale d’Afrique de l’UNESCO (1) : “Terre de cruautés inouïes au début de la colonisation, l’Afrique équatoriale a inventé les méthodes, les techniques et les idéologies les plus diverses pour conquérir sa liberté.” Et les méthodes, les techniques et les idéologies en Angola ont été plurielles. D’un côté le Front National de Libération de l’Angola (FNLA), puis le Mouvement Population de Libération de l’Angola (MPLA) et enfin l’Unité Nationale pour l’Indépendance Totale de l’Angola (UNITA), les trois mouvements oeuvrent pour l’indépendance mais divergent sur les méthodes et les idéologies, ce qui fait qu’ils agissent chacun de sa propre initiative. Les trois mouvements de libération sont formés et aidés par des pays Africains, Holden Roberto fondateur et leader du FNLA témoigne de l’aide africaine des pays tel que le Nigeria, la RDC, l’Ethiopie, le Kenya ou encore l’Algérie à prodiguer aux différents mouvements. Mais même du côté portugais, les mouvements de libération sont aidés par l’opposition à la dictature, par exemple le MNLA d’Agostino Neto, formation marxiste, fut épaulé par le parti communiste portugais, alors clandestin. Du côté du régime de Salazar l’effort de guerre est conséquent, 60 000 hommes déployés sur le terrain en Angola et plus de 40% du PIB est consacré au maintien des colonies en Afrique, puis cette politique de cette répression s’accompagne d’un effort de peuplement: 10% des populations portugaises d’outre-mer ont été installées dans le pays. La guerre d’indépendance dure 13 ans, débute en 1961 et se termine en 1974. Elle prend fin quand un groupe de jeunes officiers portugais renverse Salazar, événement connu comme la “révolution des Oeillets”. Dès lors un Etat démocratique remplace la dictature et des pourparlers pour l’indépendance sont lancés par le Portugal en réunissant les trois mouvements de libération. Seulement en 1975, Agostinho Neto, chef de fil du MPLA, proclame avant la fin des accords et de façon unilatérale, l’indépendance de l’Angola. C’est le point de départ d’une longue guerre civile sur fond de guerre froide.

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De droite à gauche: Jonas Savimbi (UNITA), Augostinho Neto (MPLA) et Holden Roberto (FNLA).

 

La guerre civile: 1975-1991

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Jeunes officiers portugais pendant la Révolution des Œillets

Pour comprendre cette guerre civile longue de 27 années d’affrontements il faut la décomposer en deux contextes d’une part et deux périodes d’autre part. En deux contextes car si l’affrontement oppose deux mouvements soutenus par les populations locales donc un contexte proprement national, la guerre civile en Angola a été alimentée par des soutiens internationaux qui s’inscrivent dans le contexte de la guerre froide. Cette guerre fut un révélateur des divisions idéologiques qui a opposée les pays africains. Mais revenons à la déclaration d’indépendance: les accords d’Alvor signés le 15 janvier 1975 par les trois mouvements de libération, prévoyaient à l’origine une indépendance progressive avec une élection en octobre de la même année d’une assemblée constituante et un glissement progressif du pouvoir du Portugal vers l’Angola. Les trois mouvements font leurs entrée au pays appuyés par des troupes étrangères: le MPLA avec un contingent cubain, le FLNA avec des mercenaires zaïrois et l’UNITA avec des troupes sud-africaines. La situation s’envenime lorsque le MPLA déclare unilatéralement l’indépendance de l’Angola le 11 novembre 1975 transgressant ainsi les termes des accords d’Alvor. L’UNITA et le FNLA se joignent en représaille pour faire leurs propres déclarations d’indépendance. Le conflit démarre quand le MPLA s’attaque au nord, avec le soutien de rebelles katangais, au FNLA soutenu par le Zaïre. Le même MPLA engage le combat au sud contre l’UNITA et ses soutiens sud-africains en soutenant à son tour le mouvement indépendantiste Namibien (2): l’Organisation du peuple sud-ouest africain (SWAPO). Le pays tombe rapidement mais partiellement sous contrôle du MPLA mais ce contrôle est relatif et fragile. En 1963 un nouveau front s’ouvre dans l’enclave du Cabinda (Front de libération de l’enclave de Cabinda), une partie du territoire angolais séparé du territoire national, bordant l’océan Atlantique et entouré par le Zaïre. Ce dernier mouvement se joint au bloc de l’UNITA de Jonas Savimbi. Par ailleurs les deux camps s’appuient sur les soutiens des populations locales et les richesses naturelles du pays pour alimenter le conflit. Le MPLA tire ses financements de la vente du pétrole et l’UNITA de la vente des diamants. Sur le plan international les deux camps s’inscrivent dans la logique de la guerre froide, autrement opposition Bloc Est / Bloc Ouest et là encore à différentes échelles: continentale et mondiale. Sur le terrain le MPLA reçoit de l’aide de troupes cubaines et de formateurs soviétiques alors que l’UNITA bénéficie de l’appui de troupes sud-africaines et zaïroises. D’un point de vue logistique le MPLA reçoit armement, financement et formation en Afrique de la part de l’Algérie, du Mozambique, de la Tanzanie, de la Guinée-Bissau et du Zimbabwe, à l’échelle mondiale elle est activement soutenue par l’URSS. De son côté, l’UNITA est soutenu par le Gabon, le Maroc et la Côte d’Ivoire et plus largement appuyé par les Etats-Unis. Mais la logique du contexte international n’est pas tout le temps en adéquation avec la logique des enjeux stratégiques sur le terrain créant parfois des paradoxes, par exemple le MPLA qui tire ses financements du pétrole est soutenu par des compagnies pétrolières américaines notamment tel que la multinationale Chevron, et les sites exploités par cette compagnie furent défendus à plusieurs reprises par des troupes cubaines. La première période de ce conflit débute en 1975 et s’achève en 1991 avec l’effondrement de l’URSS d’une part et la fin du régime d’Apartheid d’autre part. De fait cette période marque la fin du caractère international du conflit, et la période qui s’ensuit se joue essentiellement à l’échelle national, renferment ainsi l’Angola sur lui-même.

 

 

La guerre civile: 1975-1991

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Pour comprendre cette guerre civile longue de 27 années d’affrontements il faut la décomposer en deux contextes d’une part et deux périodes d’autre part. En deux contextes car si l’affrontement oppose deux mouvements soutenus par les populations locales donc un contexte proprement national, la guerre civile en Angola a été alimentée par des soutiens internationaux qui s’inscrivent dans le contexte de la guerre froide. Cette guerre fut un révélateur des divisions idéologiques qui a opposée les pays africains. Mais revenons à la déclaration d’indépendance: les accords d’Alvor signés le 15 janvier 1975 par les trois mouvements de libération, prévoyaient à l’origine une indépendance progressive avec une élection en octobre de la même année d’une assemblée constituante et un glissement progressif du pouvoir du Portugal vers l’Angola. Les trois mouvements font leurs entrée au pays appuyés par des troupes étrangères: le MPLA avec un contingent cubain, le FLNA avec des mercenaires zaïrois et l’UNITA avec des troupes sud-africaines. La situation s’envenime lorsque le MPLA déclare unilatéralement l’indépendance de l’Angola le 11 novembre 1975 transgressant ainsi les termes des accords d’Alvor. L’UNITA et le FNLA se joignent en représaille pour faire leurs propres déclarations d’indépendance. Le conflit démarre quand le MPLA s’attaque au nord, avec le soutien de rebelles katangais, au FNLA soutenu par le Zaïre. Le même MPLA engage le combat au sud contre l’UNITA et ses soutiens sud-africains en soutenant à son tour le mouvement indépendantiste Namibien (2): l’Organisation du peuple sud-ouest africain (SWAPO). Le pays tombe rapidement mais partiellement sous contrôle du MPLA mais ce contrôle est relatif et fragile. En 1963 un nouveau front s’ouvre dans l’enclave du Cabinda (Front de libération de l’enclave de Cabinda), une partie du territoire angolais séparé du territoire national, bordant l’océan Atlantique et entouré par le Zaïre. Ce dernier mouvement se joint au bloc de l’UNITA de Jonas Savimbi. Par ailleurs les deux camps s’appuient sur les soutiens des populations locales et les richesses naturelles du pays pour alimenter le conflit. Le MPLA tire ses financements de la vente du pétrole et l’UNITA de la vente des diamants. Sur le plan international les deux camps s’inscrivent dans la logique de la guerre froide, autrement opposition Bloc Est / Bloc Ouest et là encore à différentes échelles: continentale et mondiale. Sur le terrain le MPLA reçoit de l’aide de troupes cubaines et de formateurs soviétiques alors que l’UNITA bénéficie de l’appui de troupes sud-africaines et zaïroises. D’un point de vue logistique le MPLA reçoit armement, financement et formation en Afrique de la part de l’Algérie, du Mozambique, de la Tanzanie, de la Guinée-Bissau et du Zimbabwe, à l’échelle mondiale elle est activement soutenue par l’URSS. De son côté, l’UNITA est soutenu par le Gabon, le Maroc et la Côte d’Ivoire et plus largement appuyé par les Etats-Unis. Mais la logique du contexte international n’est pas tout le temps en adéquation avec la logique des enjeux stratégiques sur le terrain créant parfois des paradoxes, par exemple le MPLA qui tire ses financements du pétrole est soutenu par des compagnies pétrolières américaines notamment tel que la multinationale Chevron, et les sites exploités par cette compagnie furent défendus à plusieurs reprises par des troupes cubaines. La première période de ce conflit débute en 1975 et s’achève en 1991 avec l’effondrement de l’URSS d’une part et la fin du régime d’Apartheid d’autre part. De fait cette période marque la fin du caractère international du conflit, et la période qui s’ensuit se joue essentiellement à l’échelle national, renferment ainsi l’Angola sur lui-même.

 

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La guerre civile: de 1992 à 2002.

De 1991 à 1992, le conflit s’atténue peu à peu jusqu’à s’interrompre partiellement. En 1992, les deux camps s’entendent sur l’organisation d’élections multipartites. Après la tenue des élections législatives et présidentielles en septembre qui donne gagnant le MPLA d’avec 54% contre 34% pour l’UNITA pour les législatives et 49% pour José Eduardo dos Santos (MPLA) contre 40% pour Jonas Savimbi (UNITA). Dès les annonces des résultats, l’UNITA conteste dénonçant des fraudes massives et généralisées. Malgré les dialogues instaurés par la communauté internationale, les combats reprennent. La période entre 1992-1996 est marquée par une alternance entre dialogue et reprises des hostilités mais c’est une période charnière caractérisée par une atténuation relative du conflit. A partir de 1996 le conflit reprend en vigueur et les affrontements sont récurrents mais il est à noter que le parti au pouvoir (MPLA) gagne progressivement du terrain sur l’UNITA. Cette perte d’influence et la défaite progressive de l’UNITA s’explique par la perte des sources de financements internes, à savoir les diamants.  C’est en 2002 que le conflit prend fin avec la mort du leader de l’UNITA Jonas Savimbi, les deux camps se mettent alors sur la table des négociations. L’UNITA ayant déposé les armes, ils sont progressivement intégrés dans la vie politique du pays devenant une force d’opposition de premier plan en Angola.

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Jonas Savimbi à la tête de ses troupes.

En 2018 lors des élections l’ancien chef d’Etat Dos Santos a préféré se retirer de la vie politique laissant place à un espoir pour l’UNITA qui obtient seulement 24% des suffrages contre 64% pour le MPLA conduit désormais par le nouveau président Joao Lourenço.  

 

(1) Elikia M’Bokolo, L’Afrique équatoriale de l’ouest,  Histoire générale d’Afrique, chap. 9 p 215-242.

(2) La Namibie fut sous contrôle de l’Afrique du Sud de 1920 jusqu’à 1990.

 

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