Journal d’ESMA n°3 – Pour une éducation de qualité. L’apport de la diaspora à l’éducation en Afrique

L’apport de la diaspora africaine au niveau de l’amélioration de la qualité de l’éducation dans les écoles en Afrique et ce, à travers les exemples des associations Aim to Ilm et Ethnies Cité.

D’après le “Migration and Development Brief Report”, publié en décembre 2018 par la Banque Mondiale, les transferts de fonds des pays dits des ‘Nords’ vers le continent africain, à travers ses larges diaspora, ont atteint des records et augmenté d’environ 10% entre 2017 et 2018. Ces versements représentent, à ce jour, des parts plus conséquentes que les investissements directs étrangers dans les PIB des pays concernés, avec plus de 41 milliards de dollars américains transférés vers les pays d’Afrique subsaharienne en 2017 grâce à l’émigration, et un peu plus de 60 milliards pour tout le continent. Ces fonds représentaient jusqu’à 20% du PIB de certains pays cette même année.

De nombreux-ses praticien-ne-s du développement, consultant-e-s et chercheur-e-s, africain-e-s ou non, s’interrogent alors sur la façon dont cette manne pourrait être transformée en investissements pour soutenir durablement le développement du continent. En réalité, cette “solidarité de développement” existe déjà bel bien, notamment sous la forme du développement dit “d’humain” via les nombreuses institutions de l’aide au développement, au premier rang desquelles le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement). Cette tendance est étudiée d’un angle macroéconomique, dans son ensemble, laissant alors dans l’ombre les projets à caractère social, à une échelle plus réduite mais non mais essentiels, portés par les émigré-e-s dans leur continent d’origine, qui ont connu une multiplication conséquente ces dernières années. Les associations de migrants ciblent alors en premier lieu l’éducation en menant des projets d’alphabétisation, de construction d’établissements scolaires ou encore de foyers socio-éducatifs, avec une importance accrue accordée à la scolarisation et à l’éducation des jeunes filles.

Nous vous proposons ainsi d’étudier dans cet article les impacts sociaux de l’apport de la diaspora africaine au développement “humain” du pays, à travers deux associations agissant pour une éducation de qualité aux deux extrémités latérales du continent. Ces projets sont de plus en plus portés par de jeunes étudiant-e-s africain-e-s de la diaspora, comme l’illustre bien les deux exemples associatifs qui seront développés.

1er exemple : Aim to Ilm

« L’association souhaite d’abord améliorer les conditions matérielles des écoles via des travaux de rénovation et l’apport de matériel scolaire aux enfants et de matériel pédagogique aux enseignant-e-s. »

Notre premier exemple est une association portée par un groupe d’étudiantes issues de la diaspora soudanaise en France, et dont l’objectif est de participer à l’amélioration des conditions d’éducation et au développement personnel et intellectuel des enfants du Soudan. L’association Aim To Ilm (aim (en anglais) : le but, l’objectif; et ilm (en arabe علم) : le savoir) a été créé suite au constat d’un certain délaissement des écoles de villes et villages hors de la capitale soudanaise par le Ministère de l’Éducation Nationale, faute de moyens attribués à ce ministère. En effet, la part du budget étatique allouée à l’éducation était de 10,77% seulement en 2009, d’après les statistiques de l’Unesco. De plus, d’après une enquête de l’Unesco réalisée en 2007, 51% des salles de classe des écoles primaires ont besoin d’être rénovées ou remplacées dans la majeure partie des régions du Soudan, avec près de 50% des élèves n’ayant pas de table ni de chaise pour travailler. Ces chiffres ont trouvé une tragique illustration dans l’effondrement d’une école pour filles en juillet 2018 en périphérie de la capitale politique et économique Khartoum, durant la saison des pluies, entraînant la mort d’une dizaine d’élèves. Cet événement n’est malheureusement pas un cas isolé concernant les écoles pour filles, c’est pourquoi l’association Aim To Ilm accorde un intérêt tout particulier à ces établissements, généralement négligées par le système et peu prises en charge par les philanthropes, ce qui accroît d’autant plus les risques de déscolarisation des filles à un très jeune âge.

Photo d’une école en partenariat avec Aim To Ilm au Soudan

Depuis 2015, Aim To Ilm s’est fixée plusieurs objectifs au Soudan. L’association souhaite d’abord améliorer les conditions matérielles des écoles via des travaux de rénovation et l’apport de matériel scolaire aux enfants et de matériel pédagogique aux enseignant-e-s. De plus, elle a pour but de développer l’attrait des enfants pour la lecture qui leur permet de s’ouvrir au monde et d’accroître leur imagination, et elle le fait à travers l’équipement en bibliothèque des écoles avec des ouvrages divers en arabe et en anglais. Aim to Ilm a ainsi construit une bibliothèque scolaire dans l’unique école pour filles du village de Magaser (Dongola, Nord du Soudan), en 2017. Enfin, son troisième objectif est de donner accès à la culture pour permettre aux élèves de découvrir et redécouvrir l’histoire du Soudan et d’autres régions du monde à travers l’art. Pour atteindre ce but, l’association souhaite proposer des sorties culturelles aux écoles (musées, théâtres, etc.) mais également des visites de sites archéologiques, nombreux au Soudan (ex: sites méroïtiques). La mise en place de ce dernier projet est à ce jour ralentie par la situation politique tendue du pays qui est depuis le mois de décembre 2018 traversé par des révoltes populaires.

Pyramides de Méroé – septembre 2005

Second exemple : Ethnies Cité

“La prérogative de l’Etat, c’est l’école. Mais les réalités du terrain sont toutes autres.”

Notre second exemple est celui d’une association de solidarité internationale portée par des bénévoles issus de tous horizons, et entre autre des diasporas sénégalaise et malienne. L’association comporte deux antennes (l’une en France, l’autre au Sénégal) qui travaillent main dans la main pour intervenir pour la jeunesse (écoles primaires, collèges) des banlieues de Dakar afin de mettre en place des projets de rénovation et de réhabilitation en milieu scolaire. Le constat porté par cette association est le suivant : au Sénégal, la plupart des écoles publiques n’ont pas été rénovées depuis l’indépendance. D’après Aïda Ndiaye, présidente de l’association : “La prérogative de l’Etat, c’est l’école. Mais les réalités du terrain sont toutes autres.” Partant de ce constat, l’association, née en 2010 a depuis mis en place des projets de construction de salles informatiques, de bibliothèques, de plateaux sportifs, mais aussi un projet-pilote “sport-étude et réussite scolaire” afin de scolariser des enfants au départ analphabètes.

Le credo de l’association “#CPourLesEnfants” fait donc écho à leur objectif principal : améliorer l’éducation des enfants par tous les moyens, cela comprenant également le sport, la culture ou encore l’ouverture sur le numérique. Fin 2017, l’association est d’ailleurs invitée par l’organisation Peace and Sport à présenter ses projets pour l’éducation par le sport, l’un des volets principaux de leurs actions menées en amont en France puis sur place, au Sénégal.

Crédits : Clin d’Oeil l’image / Association Ethnies Cité – Chantier déc. 2017 à l’école Sacoura Badiane (Colobane, Dakar)

En 2019, Ethnies Cité prévoit de se produire le 2 mai au Grand Théâtre National de Dakar, à l’occasion de leur premier projet interculturel international “Un FresneSchi à Dakar” en partenariat avec l’association Urban Talent, basée à Fresnes. Le prochain chantier de rénovation en milieu scolaire est quant à lui prévu pour le mois d’octobre, deuxième phase d’un projet en deux temps au sein de l’école primaire Grand Yoff 2A, où les bénévoles ont construit une salle informatique en décembre 2018.

 

Bibliographie

Banque Mondiale, “Migration and Development Brief report”, Décembre 2018
Michel Innocent Peya, LA DIASPORA AFRICAINE. Un apport pour le développement des Etats, L’Harmattan, 2017
Rosa Titouche Haddadi, « Impacts économiques et sociaux sur les pays en développement des envois de fonds des émigrés sur leur région d’origine  », Insaniyat / إنسانيات, 62 | 2013, 121-146. https://journals.openedition.org/insaniyat/14348
“Ethnies Cité rhabille et rénove l’école Grand Yoff 2A”, article Senego, 24 décembre 2017.
https://senego.com/audio-ethnies-cite-habille-et-renove-lecole-grand-yoff-2a_821543.html
Présentation de l’association Ethnies Cité sur le site de Peace and Sport, organisation du Prince Albert II de Monaco pour la Paix par le sport
https://www.april6.org/en/past-editions/take-part/past-events-2015/ethnies-cites-dakar-2017.html

 

EFAE2040-2988-4C8D-B82D-549347BCEB6C
Article rédigé par Laura Fortes Etudiante en Géopolitique Coordinatrice du Journal d’ESMA n°3
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Article rédigé par Abir Hassan Nur Etudiante en sciences sociales Coordinatrice adjointe du Journal d’ESMA n°3

 

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