Le royaume de Dahomey

 Le royaume de Dahomey

 

Naissance 

 

qDahomey1900
Source : http://www.cosmovisions.com/ChronoDahomey.htm

La période préhistorique du Dahomey est marquée par une différenciation géographique et culturelle entre le Nord et le Sud. Au Nord, les traces nous viennent des pierres et des fossiles tandis que les territoires du Sud, à dominante forestières, ne fournissent pas de vestiges. Par ailleurs, les groupes autochtones Paragourma, mossi et gossi peuplent le Nord tandis que les Fon, les Ajda et les Ouatchi peuplent le Sud. 

 

 

 

 

Le royaume du Dahomey représente l’actuel Bénin situé en Afrique de l’Ouest et est né au XVIIème siècle. Le royaume était anciennement nommé Allada quand trois frères se disputent la royauté. L’un deux, Tè-Agbanlin, asseoit son pouvoir sur la côte orientale tandis qu’un autre prend possession du territoire sud-est. Do-Aklin s’empare de ce qui deviendra plus tard le royaume d’Abomey. Trois grands royaumes co-existent et sont peuplés par les migrations de différents peuples : Allada, Porto-Novo, Abomey. Houegbadja, petit-fils de Do-Aklin, fait rayonner le royaume d’Abomey et il ne cessera de gagner en puissance au fil des années par les liens extérieurs commerciaux qu’il établit avec le reste du monde et l’accroissement de son pouvoir lui demandera la conquête de nouveaux territoires. S’installe ainsi une monarchie où l’État est fortement centralisé et les pouvoirs détenus dans les mains du roi. Son pouvoir est absolu mais cet absolutisme est atténué par les personnes dont le monarque s’entoure, notamment des roturiers qui représentent un corps dirigeant et est assisté par des femmes qui rendent compte de son activité au roi. Son pouvoir peut éventuellement être limité par les us et coutumes dahoméennes. Il n’en reste pas moins qu’il figure au sommet de la hiérarchie. Comme tout empire ou royaume, Dahomey tente de protéger son territoire, signe de sa magnificence, en repoussant les ennemis présents aux frontières et les combats sont fréquents pour arrêter les troupes étrangères. Le royaume est ainsi marqué par de grandes guerres contre les peuples voisins et royaumes avoisinants (Mahi et Yorouba) par lesquels il tente de préserver son indépendance bien qu’il soit déjà le royaume le plus éminent du territoire. Par ailleurs, la traite transatlantique joue un rôle économique important, le trafic d’esclave faisant grossir la richesse du royaume. C’est alors que lorsque les pays occidentaux commencent progressivement à abolir l’esclavage au XIXème siècle, le royaume du Dahomey se retrouve rapidement délaissé, une alternative doit être trouvée pour continuer de faire vivre son économie et sa santé. Le roi Ghézo développe la production d’huile de palme qui permet de pallier partiellement les pertes subies par la disparition de la traite transatlantique. Elle se révèle néanmoins inefficace pour relever l’économie du royaume sous le successeur de Ghézo, Glélé. 

 

Le roi Béhanzin 

 

Behanzin-1895
Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Behanzin

Béhanzin est un personnage qui a marqué son temps et dont le nom résonne encore d’une manière très forte dans les esprits des Béninois. Au décès de son père le roi Glélé en 1889, il est intronisé et devient roi du Dahomey. Agoli Agbo, autre fils connu du roi Gléglé, dont on ne sait s’il était frère ou demi-frère du roi Béhanzin, s’appelait Hlo. Il perd sa mère très jeune et son éducation est confiée à un dignitaire de la cour. Il a, avec le roi Béhanzin, une relation fusionnelle et pleine de confiance. C’est sur lui qu’il prendra appui durant son règne car il adule sa bravoure et sa détermination, voyant ainsi en lui le candidat parfait pour le poste de gahu (équivalent du général dans les armées). Par ailleurs, il le décrit comme « un frère ami » car il a su le supporter et a été l’un des seuls à pleinement approuver sa succession au trône. Si le roi Béhanzin ne fait pas long feu du fait de l’arrivée des colons, on retient de lui qu’il s’est battu corps et âme pour protéger son territoire. En effet, les princes d’Abomey ont tous été éduqués de la même manière, dans un patriotisme fort et pur qui ne permet aucune atteinte contre le Dahomey et son roi qui sont l’unique centre de l’Univers. Une première attaque française a lieu à Cotonou le 4 mars 1890 durant la bataille de Cotonou (Première guerre du Dahomey). Après l’assaut sur la ville de Porto-Novo, des otages français sont pris à Ouidah et l’un d’eux professe à propos du roi Béhanzin : « Il a quarante ans environ, c’est un nègre admirable, bien pris quoique de taille moyenne. La figure est ouverte, intelligente, le regard franc et droit. ».[1] Sa statue figure aujourd’hui à Abomey, sa main est tendue comme pour vouloir arrêter le colonisateur. Il est considéré comme un repère pour les béninois et des chants sont chantés en son honneur. Adoré pour sa bravoure et sa détermination pour défendre sa terre face aux invasions françaises, il a fini par être surnommé « le roi des requins ». Il est même parfois assimilé à un demi-dieu ou un prophète. Lorsqu’il est exilé de force en Martinique, territoire dont les Français ont aussi pris possession, Béhanzin tente encore de négocier pour récupérer son royaume, demeure plein d’espoir et ne cesse de défendre sa patrie et sa culture. Il se sent délaissé face à un peuple qui ne reconnaît pas la culture commune qu’ils partagent avec les Noirs. Ils regrettent aussi que les Français s’imposent sur leur territoire avec leur culture et leurs règles sans que personne n’agisse. Différents films dépeignent aujourd’hui la vie du roi Béhanzin et ses prouesses (« L’exil du roi Béhanzin », Guy Deslauriers, 1996).

 

 

Déclin et arrivée des colons

« À l’heure où nous écrivons ce livre, nos soldats marchent sur Abomey, la capitale du Dahomey. C’est ce royaume que nous allons parcourir. Étrange région ! Ne semblait-il pas, quand on en parlait autrefois, que c’était le pays des fables ! Un roi immolant à ses fétiches des milliers de victimes. Une armée comptant quatre mille amazones. Une nation si disciplinée que, en dehors, en dehors des sacrifices religieux, le meurtre, l’adultère, le vol y sont presque inconnus. » [2]

Les puissances européennes se disputent le royaume dès le XVème siècle. Les premiers arrivants sont les Portugais qui fondent le fort San Jorge del Mina en 1482 et les Hollandais en prendront possession en 1637. Les Anglais et les Français arriveront successivement. La France noue des relations avec les souverains locaux et étend progressivement son pouvoir jusqu’à parvenir à un accord avec les Anglais sur le protectorat de Porto Novo et prendra ainsi Cotonou sous son joug. Elle échoue toutefois dans un premier temps avec la mission du docteur Bayol en 1889. Après l’assaut sur la ville de Porto-Novo, des otages français sont pris à Ouidah. Afin de les libérer, le roi et les Français parviennent à trouver un accord à l’issu duquel les Français mettront Porto-Novo sous protectorat. Durant une courte période de répit, les deux parties se préparent à la guerre. Le roi Béhanzin prépare dûment son armée composée de 15 000 hommes et 4000 amazones et les arme de couteaux-machettes. Le général Dodds et ses 800 hommes finissent par faire tomber le royaume de Dahomey et les milliers de soldats mais aussi de femmes qui combattaient pour la protection de leur terre. L’ancien royaume du Dahomey s’essouffle et disparaît pour se transformer en protectorat français. Le roi Béhanzin est ainsi déporté en Martinique puis en Algérie où il meurt. Sa dépouille est ramenée dans son pays natal par les vœux de son fils. Deux ans après la déportation du roi Béhanzin, c’est Agoli Agbo qui succède au trône dahoméen. Beaucoup voient en cette accession une manœuvre de la part des colons afin de faciliter leurs tâches sur le territoire. Au contraire, d’autres l’approuvent pleinement en réalisant qu’il vaut mieux que celui qui succède au trône soit un membre de la dynastie Allada plutôt qu’un membre d’une ethnie ennemie. Agoli Agbo tente de maintenir sa puissance contre la présence coloniale et est même à l’origine d’une cérémonie appelée « cérémonie de purification du pays souillé par le Blanc » afin de signifier son animosité et le fait qu’il ne donnera jamais son approbation à une population qui s’immisce dans son royaume contre son gré. Toutefois, le roi n’est pas absolument clément et il n’hésite pas à user de violence et punir fermement ceux qui contreviennent à ses ordres. Un arrêt ministériel du début du XXème siècle met fin à sa royauté. Il est exilé au Gabon avec deux de ses femmes où trois garçons nouveaux princes viennent au monde. Ensuite, après la Première Guerre mondiale, les Français acceptent de le ramener au pays. Il meurt à Abomey en 1940.

 

Croyances et culture 

Au-delà des différences propres à chaque groupe ethnique, des croyances communes demeurent au royaume du Dahomey. La religion animiste est encore très ancrée et fortement présente dans les populations béninoises (ex-dahoméennes) et a subsisté malgré l’arrivée des colons et l’importation du christianisme et de l’islam. Pierre Verger a exploré ces cultes et les définit ainsi : « (ils) s’adressent en principe aux forces et aux êtres divinisés et forment un vaste système qui unit les morts et les vivants en un tout familial, continu, solidaire »[3].  Le vaudou est constitué de toutes les divinités et rites qui animent la vie religieuse des populations africaines et veut vénérer les forces de la nature afin d’atteindre la paix dans l’au-delà. Ainsi, le panthéon dahoméen est riche de nombreuses divinités et parmi elles, on retrouve Mawo, celui qui créa l’Univers. Cette divinité, au sexe incertain, est indulgente, ne se préoccupe des hommes et ne connaît pas le châtiment. Elle n’est pas représentée et les fétiches représentent alors les dieux inférieurs. Ogoun est désigné comme le « patron des guerres »[4]. Son importance dans les sociétés actuelles demeure incontestable bien que les combats n’existent plus aujourd’hui comme ils existaient au sein du royaume d’Abomey. On compte aussi parmi les divinités Oshossi qui est le dieu des chasseurs. L’ensemble des divinités sont représentées par des matériaux. Ainsi, Ogoun est représentée par une très grande hampe métallique en fer ou en bronze tandis qu’Ogoun est symbolisé par une tige surmontée de pointes. Les Yoruba et les Nago vénèrent Eshou Egba, dieu farceur. Une drôle de légende existe à son sujet. Alors qu’une reine se sentait délaissée, il lui demande de couper quelques poils de la barbe de son époux afin qu’il en fasse une allumette qui rendra à l’homme tout son empressement de jadis. Il se rend ensuite chez le prince et lui annonce que son père se fera tuer dans la soirée. Le prince s’empresse d’en informer son père. La femme se rendant chez son époux afin d’exécuter les ordres de la divinité, elle se fait attraper et il lui place le couteau sous la gorge. Les enfants interviennent à ce moment, surpris. Le dieu farceur intervient alors et pousse en avant une verge en guise de bouquet final. 

Par ailleurs, les rites d’initiation sont fréquents dans la culture dahoméenne. Ils permettent au jeune initié d’accéder à une double condition : celle qui était la sienne et qu’il préservera et une nouvelle qui lui permettra de se consacrer à dieu. Toutefois, on retient surtout la nuit des Coutumes, nuit de sacrifices humains qui n’a plus lieu aujourd’hui et dont la dernière en date est celle qui succède aux funérailles du roi Glélé. Durant cette fameuse nuit, soldats et amazones s’attroupent devant le royaume. Le clairon résonne en l’honneur du Dieu du Mal. Les soixante mille habitants sortent de leur case et se placent derrière les soldats, pris d’admiration et de terreur. Un orchestre musical prend place afin de signifier l’arrivée du roi et arrive ensuite le cortège des grands féticheurs, armés de l’instrument de mort qui sert à trancher les têtes d’une traite. Les prisonniers sont apportés par les serviteurs du roi afin de se faire immoler. Le roi, grand féticheur et seul capable d’entrer en communication direct avec Mahou, arrive ensuite sur son trône et dans toute sa splendeur. L’orchestre reprend, les armes s’actionnent, la population se met à danser et hurler. Une fois que le roi lève son sceptre, les victimes défilent devant lui et le sacrificateur leur tranche la tête. Elles sont par la suite jetées aux amazones qui brandissent leurs armes et se mettent à les hacher puis aux soldats qui terminent en réduisant la chair en une bouillie de sang. La nuit se clôture par le roi après les signes du Dieu du Feu et qui sont traduits par le chef des sacrificateurs à travers les entrailles d’une personne sacrifiée.

 


[1] http://www.universalis-edu.com.ezpaarse.univ-paris1.fr/encyclopedie/behanzin/

[2] NOIR Louis, Au dahomey, une amazone de Béhanzin. Paris. 1892 (édition originale). Hachette Livre BNF. Bibliothèque universelle de poche. 165 pages. p.9

[3] DEDET Christian, Au royaume d’Abomey, p.52

[4] DEDET Christian, Au royaume d’Abomey, p 54

 

Bibliographie 

NOIR Louis, Au dahomey, une amazone de Béhanzin. Paris. 1892 (édition originale). Hachette Livre BNF. Bibliothèque universelle de poche. 165 pages. p.9

DEDET Christian, Au royaume d’Abomey. Arles. 2000 . Aventure. 291 pages

PÉHAUT Yves, « L’histoire du dahomey », Cahiers d’outre-mer, N° 65 – 17e année, Janvier-mars 1964. Consulté sur : https://www.persee.fr/doc/caoum_0373-5834_1964_num_17_65_2331?q=royaume+Dahomey+

« DAHOMEY ROYAUME DU (XVIIIE-XIXE s.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 mars 2020. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/dahomey-royaume-du/

Alfred FIERRO, « BÉHANZIN (1844-1906)roi du Dahomey (1889-1894) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 mars 2020. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/behan

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CHEMMAH Aïcha, étudiante en L2 de droit et co-responsable du pôle rédaction à ESMA.

 

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