Shaka Zulu ou le Parcours de l’ambition

Shaka Zulu ou le Parcours de l’ambition

Né en 1787, vers Melmoth, dans l’actuelle province de Kwa Zulu-Natal, d’une union hors mariage entre Nande, princesse du clan Langeni et Senza Ngakoma, chef du clan Abatêtwa,  Shaka Zoulou fut le le roi fondateur du royaume Zoulou. Il entreprit de grandes réformes militaires qui fait que la spécialité de son royaume soit la guerre. Redoutable, il mena la vie dure aux Boers ainsi qu’aux royaumes aux alentours. Mais sa vie ne le prédestinait pas à un tel rang et image au point qu’il suscite encore des questions et qu’une légende soit formée autour de son personnage jusqu’à aujourd’hui. Du rejet à la gloire, fut le destin d’un homme qui a eu ambition et vengeance au cours de sa vie.

Une jeunesse entre admiration et disgrâce

Senza Ngakoma, père de Chaka, était le chef de clan Abatêtwa, qui était une des plus faibles du royaume de Cafreri. Connu juste pour son commerce de tabac et d’ustensiles sculptés dans le bois. Ce clan était sous l’autorité de Jobé, son suzerain. Senza’Ngakoma avait quatre femmes mais aucunes de ses unions ne lui avait donné un enfant mâle, celui qui deviendrait son héritier. Le suzerain lui conseilla donc d’organiser une fête où il trouverait une nouvelle femme qui lui donnerait son fils. Lors de cette fête, il vit la « délicieuse » Nandi, princesse du clan Langeni. Lorsque la princesse retourna dans son village, Senza’Ngakoma, insista pour avoir une relation avec elle. Elle tomba enceinte et accoucha de Chaka. 

Selon les traditions, les grossesses hors mariage étaient tellement mal vues que la femme enceinte ainsi que les habitants de sa maison étaient tués mais Senza N’gakoma fit une exception en la faisant habiter avec lui et ses femmes car il détenait enfin son héritier. 

Plusieurs années plus tard, les femmes de Senza’Ngakoma lui donnèrent trois fils, dont trois héritiers légitimes. Ces femmes mirent la pression sur le chef de clan pour répudier Nandi et son fils. 

Nandi partit chez les Qwabe où elle épousa le prince. 

Comme chaque garçon du clan, Chaka devait surveiller ses troupeaux et ses cultures. C’est à partir de là que la légende commença. Il dut porter la double marque de « bâtard » et « d’élu ». Cette double marque attira les hommes de son clan qui lui menait la vie dure. Plus les années passaient, plus la cruauté aussi. Il dut apprendre à se défendre et ruser pour échapper aux actes de violence qu’ili subissait au quotidien. De là, sa ténacité sa force et son ambition prirent une grande part de ses caractéristiques. 

On raconte qu’à lui seul, il aurait tué un lion et sauva une femme d’une hyène.  Cela suscita l’admiration de certains mais la jalousie d’autres. A cause de cela, il dut se cacher chez le suzerain de la Cafrerie Ding’Iswayo, fils héritier de Jobé. Il s’y entraîna en faisant partie des combattants d’élites. Ces entraînements lui permirentt de perfectionner son habileté mais aussi selon la légende, son interminable envie de tuer ainsi que son ambition. 

Il gravit les échelons en se faisant remarquer et devint le commandant d’un des régiments les plus importants de la Cafrerie. Il connut gloire en enchaînant victoire sur victoire. 

Un règne avec de grandes réformes militaires

En 1816, lors qu’il s’élevait dans l’armée de Ding’Iswayo, Senza’Ngakoma décéda et Sigujana kaSenzangakhona monta sur le trône du clan. Il apprit la mort de son père seulement quand son demi-frère prits la place du père, mais ce fut de courte durée. En effet, Ngwadi, à la demande de Chaka qui fut aidé par Ding’Iswayo, tua le nouveau roi la même année pendant que celui-ci prenait son bain. Chaka devint donc chef du clan des Abatêtwa.

En 1818, Ding’Iswayo décéda et nomma Chaka héritier de la Cafrerie. Chaka devint le chef suprême de tout le territoire. On pouvait croire que sa faim d’ambition s’arrêtera au moment de son accession au trône mais ce ne fut pas le cas. On pouvait le voir dans son règne rempli de batailles et de guerre. Son nom répandit la terreur et la crainte dans les régions aux alentours. 

Pour montrer sa force et par orgueil, il renomma le royaume en « Zoulou » ou « Amazoulou »  qui veut dire « Ceux du ciel » car  il fallait un nom qui « fut beau et qui sonnât bien ». 

Son règne est marqué par les renforcements des positions et de grandes réformes intérieures. Pour renforcer ses positions, il promit la vie sauve à tous les jeunes des clans vaincus qui accepteraient d’entrer dans son armée. Pour cela il les faisait abandonner leurs anciennes cultures. En effet, ces nouvelles recrues perdaient leur nom ainsi que leurs langues pour adopter la langue et les noms zoulous. 

Une des recettes de réussite de l’armée de Chaka était sa mobilité. Chaka fit déchausser tous ses soldats et les fit marcher dans des ronces jusqu’à ce que leurs pieds devenaient assez fort pour ensuite faire la guerre pieds nus. Les tenues étaient assez uniformes pour toute l’armée. Il étaient vêtus de pagne en peau de singe, autour de la tête des plumes multicolores. En fonction des régiments, la couleur des cheveux était différente ainsi que les ornements des boucliers.

Chaka changea aussi les armes, les ré ajustant au fur et à mesure des guerres. Les militaires arboraient des javelots avec un bouclier en légère peau de singe et une matraque. Chaka fit allonger le fer de lance du javelot de 25 ou 30 centimètres, l’élargit et raccourcit le manche. On appela cette arme « Iklwa » ou « sagaie ». Il était interdit de l’utiliser en arme balistique sous peine de mort. En effet, il ne considérait comme stratégie que l’offensif et de manière la plus agressive possible.  

De plus, l’armée de Chaka était équipée des meilleurs informateurs. Tous les hommes de seize à quarante ans étaient soit enrôlés dans l’armée soit travaillaient dans le secteur militaire. Les nouvelles recrues avaient une formation de deux ou trois ans avant d’être enrôlées officiellement dans l’armée de Chaka sur l’honneur. La formation était très physique car la gloire de Chaka reposait sur son prestige militaire et il ne fallait pas que ça cesse. Il mit une grande place sur l’éducation militaire. Les jeunes « n’avaient autre chose sous les yeux que la sagaie, la hache de guerre ou le bouclier et leurs ornements même ne parlaient que de guerre » 

Chaka avait sa tactique favorite, celle de la corne de buffle. Les jeunes constituaient les cornes et encerclaient les positions ennemies pendant que le reste du corps de l’armée constituait le centre et attaquait l’ennemi afin de fixer leurs positions. 

Architecturalement, les villes étaient adaptées aux efforts de guerre que la nation perpétuait. Elles étaient circulaires, traversées par deux voies perpendiculaires. À l’instar de Dum’goungoun N’dholovou, voulant dire « semblable à un éléphant », qui était la capitale de l’empire. Les deux voies dites royales se coupaient dans une place en sol battu où se tenait la vie de la ville. En effet, à cette endroit, les troupes s’entrainaient, recevaient les instructions et les félicitations du grand chef mais des fêtes s’y trouvaient. À l’est de cette place se trouvaient les habitations des conseillers intimes du souverain ainsi que du grand peuple. À côté, se trouvait le Kholtâ qui était le conseil du souverain et la Cour de Justice. Ces lieux étaient entourés de grands murs et avaient une tour de garde à proximité ou se trouvait le gardien, de jour comme de nuit, ainsi que le crieur de nouvelle. Le gardien avertissait chaque voyageur s’approchant des portes de la ville et même les courriers rapportés entraient dans la ville après que le rapporteur faisait une série de mouvement, comme un code à l’aide de sa torche. 

La demeure de Chaka était entourée de mur faisant l’épaisseur de quatre hommes. On y trouvait les trésors du royaume. 

De tout ce faste, Chaka fondit une royauté de droit divin. On l’appelait Bayété, celui qui se trouve entre les dieux et les Hommes. On le considérait comme une émanation du dieu Nkoulou-Nkoulou, sa forme humaine. La consécration de la légende qu’il a forgé depuis qu’il est jeune.

Chute d’un empereur

Le peuple se lassait d’un commandement inhumain malgré les victoires guerrières et le faste qui venait avec. En 1827, Nandi, la mère de Chaka décéda. Le chef proclama un deuil d’un an ou les maris et les femmes avaient l’interdiction de se fréquenter et où personne n’avait le droit de boire du lait. Il tua toute personne suspectée de ne pas vivre le deuil royal telles que les femmes enceintes ou les personnes suspectées d’avoir souhaité la mort de Nandi. Les trahisons et complots se profilaient et Chaka le savait. Il fit tuer par suspicion, plus sa paranoïa grandissait, plus il massacrait. 

Mais en 1828, il mourut d’un complot organisé par ses petits frères. Selon la légende, avant de succomber il dit « Vous ne prendrez pas ma place car Oum’langou, l’homme blanc, est en marche et c’est lui qui dominera sur vous et vous deviendrez ses sujets ».

Au début de son règne, il partit avec cinq cents soldats. A son apogée, il en avait cinquante milles. Malgré son règne, malgré la gloire via ses guerres et conquêtes, on vit sa nation s’anéantir. Il laissa son royaume instable et dépeuplé. Une proie facile pour les Boers qui attaquèrent le Royaume, puis pour les Anglais qui ont colonisé le royaume Zoulou en 1887. Malgré cela, la légende de cet homme, classée entre le commun des mortels et Dieu, s’entretient jusqu’à aujourd’hui. Pour cause, peu de récits de l’époque existe car son histoire fut principalement contée oralement.

Malgré cela, Chaka reste un des plus grands hommes que l’Afrique australe ait portés ainsi qu’un des plus grands stratèges.

Bibliographie

La bataille d’Isandlwana (Afrique du Sud, 22 janvier 1879)
https://www.histoire-pour-tous.fr/batailles/4732-la-bataille-disandlwana-22-janvier-1879-17.html

Chaka (1787 – 1828) –Le fondateur de la nation zoulou Herodote.fr https://www.herodote.net/Le_fondateur_de_la_nation_zoulou-synthese-2150.php

Présence Africaine
No. 8/9, LE MONDE NOIR (1950), pp. 159-166 (10 pages)
Éditions Présence Africaine | « Présence Africaine »
1983/3 N° 127-128 | pages 43 à 49
ISSN 0032-7638. Consulté sur : https://www.jstor.org/stable/24346354?read-now=1&refreqid=excelsior%3A0b3e38206c671616fd62e121188de73f&seq=1#page_scan_tab_contents

Chaka, le Napoléon des Zoulous – Ibrahima Baba Kaké pour Le Monde. https://www.lemonde.fr/archives/article/1981/09/28/chaka-le-napoleon-des-zoulous_2714825_1819218.html

Super-Shaka: Mazisi Kunene’s « Emperor Shaka the Great »
Research in African Literatures
Vol. 19, No. 4, Special Issue on Literature and Life History (Winter, 1988), pp. 477-488 (12 pages). Consulté sur : https://www.jstor.org/stable/3819798?read-now=1&refreqid=excelsior%3A2b089a2b35902de9175ad38295c0e745&seq=1#page_scan_tab_contents

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