Point Histoire : le Kenya

Le Kenya

Comme vous l’aurez deviné, c’est le Kenya que nous mettons à l’honneur pour le mois d’avril. ESMA vous invite à revenir sur l’histoire d’un personnage emblématique du pays : Jomo Kenyatta !

Jomo Kenyatta : une figure de proue de l’histoire contemporaine du Kenya

Jomo Kenyatta en 1978 (National Archives Education)

Né le 20 octobre 1894 à Gatundu et mort le 22 août 1978 à Mombasa, Jomo Kenyatta était un homme d’État kényan d’origine kikuyu. C’était un fervent militant indépendantiste qui a été emprisonné de 1952 à 1961. Il fut Premier ministre de 1963 à 1964 puis président de la République de 1964 à 1978. Le chemin fut long, fastidieux et parsemé d’embûches avant qu’il ne proclame l’indépendance de son pays en 1963 …

Retour sur le parcours d’un militant panafricaniste indépendantiste

« Lorsque les Blancs sont venus en Afrique, nous avions les terres et ils avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés : lorsque nous les avons ouverts, les Blancs avaient la terre et nous la Bible. », disait Kenyatta.

À l’époque d’une colonisation par les Britanniques (1920 à 1963), il s’oppose à une hégémonie occidentale et souhaite pour son pays la souveraineté. Ainsi, en 1924, il débute une carrière politique et rejoint l’Association Centrale des Kikuyu (KCA) puis devient éditorialiste en 1928 au quotidien Muigwithania. En 1929, le KCA l’envoie à Londres pour défendre les intérêts fonciers des Kikuyu. Il est reçu par l’Union des étudiants d’Afrique de l’Ouest, association inspirée par le militant jamaïcain Marcus Garvey (1887-1940). L’accueil pour lui fut chaleureux. Il est accompagné par Isher Dass, militant anticolonialiste d’origine indienne, qui le met en contact avec la Ligue contre l’impérialisme et le Parti communiste de Grande-Bretagne.

En 1932 et 1933, Kenyatta quitte la Grande-Bretagne pour s’installer à Moscou, aidé financièrement par George Padmore, un riche militant communiste et panafricain de Trinidad. Il y étudie l’économie à l’école du Komintern. Quand Padmore est exclu de l’internationale communiste pour « tendance à l’unité de race contre l’unité de classe » et quitte l’URSS, Kenyatta choisit de mettre fin à ses études pour revenir à Londres. À partir de ce moment, il s’éloigne du mouvement communiste, dont il semble ne s’être rapproché qu’en raison d’un rejet commun du colonialisme. La raison principale de cet éloignement etait l’attitude hostile de Padmore et des camarades communistes envers certaines pratiques tribales (une campagne contre l’excision des filles dans les colonies avait été mise au point au début des années 1930).

En 1934, il poursuit ses études à l’université de Londres et étudie l’anthropologie sociale à la London School of Economics. Il continue durant toute cette période à défendre les intérêts fonciers des Kikuyu. Il publie sa thèse en 1938 intitulée Au pied du mont Kenya. Lors de la Seconde Guerre mondiale, il travaille dans une ferme du Sussex, ce qui lui permet d’éviter la conscription et l’enrôlement dans l’armée britannique.

Un prisonnier politique …

En 1943, il épouse une Britannique qui lui donne un fils, Peter Magana, puis la quitte en 1946. À cette période, il retourne au Kenya où il devient le secrétaire général de la Kenya African National Union qui milite pour l’indépendance du pays. Le mouvement indépendantiste est alors ébranlé par des controverses internes, entre propriétaires terriens kényans qui revendiquent le droit d’acheter des terres, paysans pauvres qui luttent pour une réforme agraire et travailleurs urbains qui s’organisent dans les premiers syndicats africains. Considéré par les Kényans comme leur représentant à l’étranger, Kenyatta avait de plus l’avantage, du fait de son exil à Londres, de ne pas avoir eu à se prononcer en faveur des propriétaires ou des pauvres et apparaissait de fait comme une figure du consensus.

En 1952, l’administration coloniale met en place l’état d’urgence et emprisonne Kenyatta avec son collègue Daniel arap Moi, tous deux accusés, faussement, de soutenir la révolte des Mau Mau. Ce mouvement insurrectionnel agissait au nom du peuple Kiyuku opprimé par le pouvoir colonial britannique. En prison, Kenyatta promet à Moi que s’il devenait un jour président, ce dernier lui succéderait.

... Devenu président et héros de l’indépendance

Kenyatta et Moi sont libérés en 1961, alors que l’indépendance du Kenya se profilait. En effet, les autorités britanniques espéraient s’appuyer sur des personnalités modérées en vue de pérenniser leur influence sur leurs anciennes colonies. Peter Anyang’ Nyong’o (sénateur du comté de Kisumu et professeur de science politique) explique que « quand, en 1954, le gouvernement colonial et le colonat européen reconnurent qu’il fallait mettre fin à l’apartheid au Kenya pour parvenir à un règlement politique de la crise, il était clair que, parmi les Africains, il y avait suffisamment de partisans d’une alliance de classe avec les colons, prêts à partager le pouvoir politique contre les Mau Mau et les autres « nationalistes extrémistes » ».

Kenyatta est élu Premier ministre du Kenya le 1er juin 1963 dont il proclame l’indépendance le 12 décembre. Un an plus tard, le 12 décembre 1964, il devient le premier président de la République et le reste jusqu’à sa mort en 1978. Dès décembre 1963, des accords militaires signés avec Londres octroient aux Britanniques le droit d’utiliser le Kenya comme base militaire pour d’éventuelles opérations dans la région. Il met alors fin aux espoirs des indépendantistes radicaux de redistribution des terres : celles-ci sont rachetées aux colons qui veulent partir et revendus aux Kényans qui en ont les moyens, les capitaux britanniques sont épargnés et les investissements étrangers encouragés. Le journal conservateur britannique The Economist lui consacre en 1965 un article élogieux intitulé « Notre homme au Kenya ».


FALL Dié Aicha

M2 Politique Internationale – Parcours études africaines et méditerranéennes et membre active chez ESMA

Bibliographie


Saïd Bouamama, Figure de la révolution africaine. De Kenyatta à Sankara, Zones, 2014.

John Lonsdale, « Les procès de Jomo Kenyatta. Destruction et construction d’un nationalisme africain », Politix, Volume 17, no 66, 2004, p. 164.

Amzat Boukari-Yabara, Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme, La Découverte, 2014, p. 232.

Lilyan Kesteloot, « Jomo Kenyatta », dans Anthologie négro-africaine. Histoire et textes de 1918 à nos jours, EDICEF, Vanves, 2001 (nouvelle éd.), p. 235-241.

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