Point histoire : Madagascar

Madagascar

Comme vous l’aurez deviné, c’est Madagascar que nous mettons à l’honneur pour le mois de mai. Aujourd’hui ESMA vous présente une grande dame du pays : Gisèle Rabesahala !

« La regrettée Gisèle Rabesahala était une grande dame de Madagascar et un exemple pour le monde entier. Elle est entrée en politique alors qu’elle n’avait que 17 ans. Elle a lutté contre le colonialisme et défendu les pauvres. Elle est devenue la première ministre de Madagascar. Un jour, elle a dit : Si on ne sait pas d’où on vient, on ne sait pas où on va. Je vous encourage à écouter ces paroles, à apprendre de votre histoire et à construire un meilleur avenir pour tous ».

  Portrait de Gisèle Rabesahala dans les années 1970

C’est en ces termes que l’ancien secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, rend hommage à Gisèle Rabesahala (1929-2011), lors de son discours au Parlement malgache en 2016. Première femme malgache occupant un poste ministériel, cette militante engagée va devenir une figure proéminente de l’histoire politique de son pays.

Toutefois, avant de dresser son portrait, revenons tout d’abord sur l’histoire contemporaine de « l’île rouge », Madagascar, découverte au large de l’océan Indien pour la première fois par les Portugais sous la conduite de Diogo Dias au tournant du XVIe siècle.

De l’affirmation diplomatique de Madagascar à la colonisation

En 1817, l’île va s’ouvrir au reste du monde, malgré une intrusion croissante des Européens pendant l’époque moderne qui y développent la traite des esclaves, et va être connu comme le royaume de Madagascar. Cette affirmation de l’existence diplomatique de Madagascar vis-à-vis des puissances européennes pour la première fois est l’œuvre du monarque malgache, Radama Ier. Ce dernier parvient à unifier l’ensemble des royaumes centraux de l’île.

Cet élan de modernisation que connaît alors Madagascar va être mis à mal à la fin du siècle, à une époque marquée par la montée en puissance des impérialismes européens qui entendent se partager le monde. À l’issue de la conférence de Berlin de 1885, c’est précisément le partage de l’Afrique qui est décidé et les règles de la colonisation sont désormais édictées. Dans cette partition, l’île malgache est attribuée à la France, qui y instaure d’abord un simple régime de protectorat. Néanmoins, Madagascar devient une colonie française par la force, après l’éclatement d’une résistance populaire en 1896 et l’arrestation de la dernière reine, Ranavalona III, qui s’exile à Alger.

Francisation forcée des écoles, soumission des autochtones au régime de l’indigénat, instauration du travail forcé en faveur des grandes compagnies commerciales françaises … Durant la période coloniale, les Malgaches seront en effet privés de leurs droits fondamentaux.

Si la colonisation à Madagascar a perduré pendant une période non négligeable, elle s’est toutefois accompagnée de mouvements de lutte pour l’indépendance de l’île dès les années 1930.

Convoi militaire français à Fianarantsoa
(est de Madagascar) le 25 septembre 1947.


C’est en particulier l’insurrection de mars 1947, malgré une répression sanglante qui fera officiellement 90 000 victimes, qui va véritablement constituer une étape importante dans le processus de décolonisation non seulement de Madagascar mais de l’Afrique francophone dans son ensemble. 

Témoin de cet important évènement et sensible aux enjeux et aux souffrances causées par la domination coloniale, Gisèle Rabesahala va devenir une des principales figures de ce mouvement de lutte pour l’indépendance de son pays, qui se débarrasse officiellement de la tutelle française le 26 juin 1960.

Le combat de Gisèle Rabesahala

Le 7 mai 1929, le district de Madagascar d’Antananarivo Avaradrono a vu naître Gisèle Rabesahala. Patriote engagée, cette femme va devenir une véritable pionnière d’une lignée de militantes qui vont tenter de guérir le pays de toutes les séquelles du colonialisme. Malgré son jeune âge, Gisèle Rabesahala sera rapidement connue comme une femme politique d’importance à travers ses prises de positions et ses actions.            

Un parcours politique exceptionnel        

Si dans un premier temps elle a grandi entre la Tunisie, la France et l’actuel Mali, après la mort de son père, sous-officier de l’armée française, Gisèle Rabesahala retourne en 1942 à Madagascar. Consciente très tôt de l’importance de l’instruction et de l’éducation malgré la place marginale qu’occupe la femme dans la société malgache, elle obtient son brevet d’études élémentaires, poursuivant avec une formation professionnelle de sténodactylographe (« l’art d’écrire aussi vite que la parole »).

Soucieuse des enjeux structurels qui traversent la société malgache, Gisèle Rabesahala s’est précocement propulsée dans un parcours politique. Toujours aux avant-postes, cette jeune fille va devenir à l’âge de 17 ans la secrétaire au sein du Mouvement démocratique pour la rénovation malgache (MDRM) et à la tête de l’AFKM, parti de l’indépendance crée en 1958. Dans le contexte d’agitation politique de 1947 où des parlementaires sont arrêtés et traduits devant la justice, elle devient secrétaire des avocats de la défense. « Je rêvais d’être avocate, parce que je pensais qu’un avocat doit se consacrer à la défense des innocents », écrit-elle alors dans son autobiographie, Que vienne la Liberté, publiée en 2006, dans laquelle elle expose ses opinions et revient plus généralement sur l’histoire politique malgache. En 1950, elle fonde également le Comité de Solidarité de Madagascar dont l’objectif est de venir en aide aux détenus politiques et leurs familles, en particulier à leurs femmes, sœurs et filles.

Impliquée dans la gestion des crises politiques malgaches, la singularité de Gisèle Rabesahala tient ainsi à la position dominante qu’elle a su occuper dans un monde politique, alors majoritairement dominé par les hommes. Après l’accession du pays à son indépendance, elle va s’imposer dans la classe politique du nouvel État malgache. En 1977, elle est nommée ministre des Arts et de la Culture révolutionnaire. Convaincue que l’avenir d’un pays doit être fondé sur son patrimoine culturel et historique, elle place la revalorisation de la culture malgache au centre des ses combats Cette politique passe par la création de structures diverses mettant en valeur les richesses culturelles du pays, œuvrant pour la promotion de la langue et de l’identité malgache. L’inauguration de la bibliothèque nationale en 1982 est un exemple phare de celle-ci.

Gisèle Rabesahala, une figure internationale ?

Au-delà des frontières de Madagascar, cette femme va lutter plus généralement contre l’injustice, l’exclusion et l’intolérance à travers le monde. Au sein du Conseil mondial de la paix (CMP) créé en 1950, Gisèle Rabesahala va diriger la Commission permanente pour la défense des droits de la femme et de l’enfance.

Elle va également appeler à la solidarité entre les peuples, notamment en étendant son militantisme à d’autres mouvements d’indépendance africains.

Ce rôle de médiatrice sera salué par de grandes figures politiques africaines, tels qu’Olivier Tambo, militant sud-africain de la cause anti-apartheid, ou encore l’Angolais Angostino Neto. Femme politique, patriote et humaniste, ayant œuvré à une large échelle pour la liberté des peuples, les droits humains et l’émancipation, Gisèle Rabesahala est sans doute un symbole du développement et du progrès.

Gisèle Rabesahala, à son arrivée à l’aéroport de Moscou
pour participer au 27e congrès du PCUS, 1986.


Basma Nabih
L3 Histoire-Science politique
Membre active chez ESMA


Bibliographie

Article UNESCO, Femmes dans l’histoire de l’Afrique, “Biographie”. URL: https://fr.unesco.org/womeninafrica/

Article Wikipédia, Gisèle Rabesahala. URL: https://fr.wikipedia.org/wiki/Gis%C3%A8le_Rabesahala

Correspondant, “La grandeur d’une dame : Gisèle Rabesahala”, Témoignages, 12 mai 2016. URL : https://www.temoignages.re/international/madagascar/la-grandeur-d-une-dame-gisele-rabesahala,86267

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