Point histoire : l’Afrique du Sud

l’Afrique du Sud

Comme vous l’aurez deviné, c’est l’Afrique du Sud que nous mettons à l’honneur pour le mois de décembre. Dans ce point, portant sur l’histoire, ESMA attire votre attention sur l’implantation européenne en Afrique du Sud et sur les prémices de l’apartheid.

I – Arrivée des premiers colons hollandais et fondation de la colonie du Cap

Même s’il existe quelques divergences sur le sujet, l’on considère traditionnellement que les premiers à accoster les rives du sud-ouest de l’Afrique sont les navigateurs portugais à la fin du XIVe siècle et ce sont eux qui nomment ce point “Cap de bonne espérance”, en référence à l’espoir de bientôt atteindre l’Inde. En 1652, la compagnie néerlandaise des Indes orientales s’implante à proximité du Cap de bonne espérance et fonde ce qui devient en 1691 la colonie du Cap et constitue ainsi le premier phénomène de colonisation d’Afrique subsaharienne. Il s’agit initialement d’un comptoir commercial destiné à faciliter les échanges avec la colonie des Indes orientales néerlandaises, mais progressivement la colonie du Cap devient une colonie de peuplement car des Européens commencent à s’y installer et ne se contentent plus simplement d’y passer dans le cadre d’échanges commerciaux. Le Cap va en particulier voir s’installer des Boers (plus tard connus sous le nom d’Afrikaners), paysans protestants venus des régions néerlandophones d’Europe, mais également des Huguenots, protestants français ayant fui les persécutions des catholiques. 

Au moment de l’implantation hollandaise, le Cap est peuplé depuis 2500 ans par les Khoikhois. Les Khoikhois sont appelés “Hottentot” par les Hollandais, et ceux-ci malgré des tentatives de résistances vont être victimes dès le début du XVIIIe d’un système esclavagiste pour l’exploitation agricole. Les Hollandais parviennent relativement assez facilement à mettre à terre les résistances des Khoikhois car il n’existe pas véritablement de cohésion parmi eux. En effet les Khoikhois sont davantage organisés autour du modèle restreint, les groupes de résistance qui se forment sont donc de ce fait de petits groupes épars. Le temps passant, la colonie du Cap va s’étendre et pour ce faire les Boers vont être confrontés à des ethnies bantoues telles que les Zulus, les Swazis ou les Xhosas, qui eux opposent une résistance un peu plus coriace que les Khoisans, car ils jouissent d’une organisation politique qui permet une alliance des forces  de ralliement (Les Zulus forment notamment un royaume : le Royaume Zulu) et leur maîtrise du fer leur permet de se doter d’armes blanches. 

A noter qu’au fil du temps, se forge une véritable identité boer, ce qui n’est pas sans créer des tensions entre d’une part les descendants des premiers fermiers boers qui se revendiquent comme étant originaires de la colonie du Cap conquise par leur ancêtre et d’autre part, et l’administration coloniale hollandaise qui se rattache à l’Europe.  La naissance de l’Afrikaans, créole issu d’un dialecte néérlnadais est entre autres un marqueur important de cette identité boer. 

II – Arrivée et assise des britanniques dans la colonie du Cap

Après une première occupation qui s’étend de 1795 à 1803, les Britanniques occupent à nouveau et définitivement la colonie du Cap à partir de 1806. Ces événements constituent le point de départ dans les rivalités entre les colons hollandais et les colons britanniques dans le contrôle de la zone.  Cette deuxième occupation marque également le début du “Grand trek”, mouvement migratoire des descendants de Boers du Cap à destination l’arrière-pays. On considère que cette période s’étale de 1835 à 1840. L’une des principales explications au “Grand trek” est en particulier l’abolition de la traite  des esclaves en 1807 et l’abolition de l’esclavage par les Britanniques en 1833 qui ampute les Boers d’un privilège économique considérable, d’autant plus qu’ils n’obtiendront pas d’indemnisation de la part des Britannques. 

C’est ainsi que les Boers réfractaires à la domination croissante des Britanniques migrent vers l’intérieur des terres, non sans quelques confrontations avec des populations bantoues (Zulus, Swazis et Xhosas). Il s’en suit alors la formation dans l’arrière pays de petites localités boers qui aboutissent à la fondation des républiques dites boers, à savoir : la république du Transvaal créé en 1852 et  l’Etat-libre d’Orange en 1854. Néanmoins, l’autonomie politique des Boers face au pouvoir colonial britannique sera de courte durée puisqu’au terme de deux conflits appelés guerres des Boers, dont la première va de 1880 et 1881 et la seconde de 1899 à 1902, les républiques boers sont définitivement annexées au reste de la colonie britannique qui elle même devient l’Union sud-africaine en 1910. 

III – Place de la ségrégation en Afrique du Sud

L’une des conséquences directes de la prohibition de l’esclavage est la mise en place d’une ségrégation raciale stricte. Celle-ci existait déjà avant, mais son importante sera accentuée. Elle est appliquée dans la colonie du Cap mais tout particulièrement dans les républiques boers. En effet, étant donné leur infériorité numérique par rapport aux populations non-blanches majoritaires, les Boers, par effet d’anxiété, mettent en place une ségrégation raciale afin de se préserver. Concrètement la ségrégation raciale se traduit notamment par le cantonnement des lieux de résidences ou de travail distinct de ceux des Blancs, avec l’interdiction pour les non-Blancs de se rendre dans les lieux reservés aux Blancs. La ségrégation touche évidemment les Noirs mais elle concerne aussi les métisses et les Asiatiques que l’on retrouve en Afrique du sud. 

A partir de la création de l’Union sud-africaine  en 1910, on assiste à l’adoption successive de lois ségrégationnistes dont la première par exemple, adoptée en 1911, prévoit l’interdiction aux non-Blancs d’exercer des emplois spécialisés. Ensuite en 1913, pour citer un autre exemple, est promulguée la loi de la propriété foncière, qui octroie 93 % du territoire aux Blancs. On peut également ajouter à cela l’institution d’un passeport pour les non-Blancs destiné à contrôler et restreindre leur circulation.

C’est dans ce contexte d’ostracisation qu’est fondé en 1912 un mouvement nationaliste et indépendantiste qui revendique  des droits pour les populations non-blanches. Le mouvement est à l’origine fondé sous l’appellation de SANNC (South African Native National Congress), mais il existe aujourd’hui sous le nom de ANC (African National Congress). Dans les années 40, Nelson Mandela et Oliver Tambo s’illustrent notamment au sein du mouvement en tant qu’animateurs de la ligue des jeunesses. Et c’est donc ce même parti qui accède au pouvoir en 1994 et abolit l’apartheid.  

Le rappel de la chronologie de l’implantation successive des colons hollandais puis des colons britanniques et le récit des rapports de rivalités que les deux forces européennes vont entretenir dans leur lutte pour la conquête de la région est essentiel à la compréhension de la configuration sociétale et politique de l’Afrique du sud du XXe siècle. Ainsi en 1910, lorsque l’Union sud-africaine est formée, le pouvoir politique est détenu par les Britanniques et il faut attendre 1948 pour assister à une alternance en faveur des Boers, désormais appelés Afrikaners, grace à la prise de pouvoir du parti national des Afrikaners, mais cette année marque conconmittament l’institution de l’Apartheid. Avec la mise en place de l’Apartheid, la ségrégation raciale devient un système politique et social au sens où il détermine les décisions prises par l’Etat. 


Bibliographie



Pauline Elle Eleih, Étudiante en L3 droit-philosophie à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et coordinatrice de la rubrique des pays à l’honneur

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