Point culture : le Somaliland

Comme vous l’aurez deviné, c’est le Somaliland que nous mettons à l’honneur pour le mois de janvier !

L’économie pastorale :  un ancrage culturel au Somaliland

Comme l’affirme l’historien français Bernard Lugan, auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire des Afriques : « Si l’ethnisme n’explique pas tout, rien ne s’explique sans lui ».   

Au Somaliland, un pays marqué par une tradition essentiellement orale, l’ethnologie, qui s’inscrit comme l’étude théorique des groupes humains, permet inéluctablement d’inscrire des usages contemporains dans une longue temporalité. C’est notamment le cas de l’économie pastorale, vecteur d’une logique économique, mais aussi d’une contractualisation ancestrale des relations claniques.

Dans un pays situé dans une zone géographique stratégique, avec un foreland donnant un accès direct au Golfe d’Aden, le Somaliland bénéficie d’un couloir commercial structurant avec des pays du Golfe comme l’Arabe Saoudite ou le Yémen, mais aussi d’une ouverture sur la Mer d’Arabie lui conférant un accès privilégié à l’Inde.  Une situation géographique qui permet une valorisation importante d’une économie pastorale ancrée dans l’histoire du pays.

Au Somaliland, l’expression est célèbre, il y a plus de bovins et de caprins (25 Millions selon les estimations de la Banque de développement), que d’êtres humains (4 Millions) et le dromadaire est considéré comme un « Roi ».

Dans une population essentiellement nomade, où plus de 55% de celle-ci dépend du commerce du bétail pour assurer sa subsistance, les dromadaires font l’objet d’une véritable sacralisation. Ils sont également le vecteur d’une stratification sociale au sein des différents clans.

Somaliland: l'élevage, principal moteur économique du pays - Reportage  Afrique

En effet, l’historien britannique Ioan Myrddin Lewis, dans son article intitulé « Clanship and contract in northern Somaliland » présente les dromadaires comme l’ « actif » majeur qui symbolise la richesse des différents lignages.

Dès lors, dans une société complexe structurée par une logique clanique (tol), au sein de laquelle les relations entre les différents clans sont contractualisées (heer), les dromadaires s’inscrivent comme un actif fondamental pour la pacification des relations conflictuelles et le paiement des « blood-price ». En conservant la métaphore contractuelle, les dromadaires sont le « moyen de paiement » privilégié des dommages-intérêts inhérents au préjudice subi par le clan, voire le moyen d’extinction de “l’obligation contractuelle”.

La sacralisation du dromadaire n’est en revanche pas étonnante. Dans une structure familiale reposant sur un mode de vie nomade, les dromadaires demeurent essentiels à tous les égards.

 Tout d’abord, ils offrent un avantage de mobilité important grâce à leur résistance aux climats arides, supportant ainsi jusqu’à 10 jours sans eau. Ils permettent également de transporter les biens essentiels de la famille durant les périodes de transhumance, comme l’eau, la nourriture et les outils pastoraux, à travers un véritable savoir-faire transmis de génération en génération permettant de « charger » le dromadaire sans altérer sa mobilité. Enfin, les dromadaires, dans un climat particulièrement sec, sont une source d’alimentation fondamentale pour les familles nomades grâce aux qualités nutritives de  son lait.  

Ainsi, selon Lewis, dans le « contentieux » clanique, certains contrats (heer) stipulent que la « vie d’un homme » vaut 100 dromadaires et la vie d’une femme en vaut 50. Pour chaque préjudice, un dédommagement est limitativement fixé pour régler les différents conflits.  C’est ainsi que dans un conflit entre le clan entre le clan Abokor Issa  et le clan Abdalla Saad, la menace de mort en pointant une arme sur un membre du clan Abdalla Saad, a donné lieu au « paiement » de 25 dromadaires.

« L’acquisition » de dromadaires constituant un apport majeur pour le clan qui bénéficie du « paiement » de sa « dette » , un véritable système de solidarité clanique se met alors en place. Dès lors, le « full-blood price » est réparti en deux portions entre les membres du clan. La plus grande portion est transmise à l’ensemble des hommes du clan élargi (mag deer) et une part réduite est transmise au descendant mâle le plus proche de la victime, membre d’un sous-clan (jiffo). La même règle s’applique pour le clan qui doit payer la dette née du dommage que son membre a créé.

Si les dromadaires sont essentiels à l’économie pastorale du Somaliland, ils n’en demeurent pas moins essentiels dans la régulation des relations claniques dont ils sont l’un des rouages sacrés. 

En revanche, la sécheresse majeure qui frappe le Somaliland, à l’origine de pertes économiques colossales pour les familles qui voient leur bétail mourir en l’absence d’herbes, d’eau, de fourrages et de céréales, plaçant les familles dans une situation d’extrême pauvreté qui menace d’extinction des pratiques ancestrales et crée des tensions entre les différents clans qui rivaux désormais face à la rareté du bétail.


Bibliographie et webographie :


Benkiran Ghali- L2 en Droit à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Trésorier des ESMA

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