
Le Burkina Faso est un pays enclavé d’Afrique de l’Ouest, sans accès à la mer, entouré par le Mali, le Niger, le Bénin, le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire. Sa capitale est Ouagadougou, et le pays compte environ 23 millions d’habitants, avec le français comme langue officielle, bien que des dizaines de langues locales soient parlées au quotidien, dont le mooré et le dioula. Ancien territoire colonial français connu sous le nom de Haute-Volta, il a pris le nom de Burkina Faso en 1984, sous Thomas Sankara ; un nom qui signifie « pays des hommes intègres ». C’est ce pays, souvent réduit à ses crises, que nous allons essayer de regarder autrement.
Un pays que le monde regarde brûler
Depuis 2022, quand on parle du Burkina Faso, c’est presque toujours pour parler de crises. Deux coups d’État en moins d’un an ont porté au pouvoir le capitaine Ibrahim Traoré, un militaire de 36 ans qui se réclame de l’héritage de Thomas Sankara, le leader révolutionnaire assassiné en 1987. Le discours est séduisant: souveraineté africaine, rupture avec la France, rejet du néocolonialisme, mais la réalité sur le terrain est plus complexe.
La transition démocratique promise a été repoussée à 2029. Les partis politiques ne peuvent plus fonctionner normalement. En avril 2026, le gouvernement a dissous 118 organisations de la société civile, dont beaucoup travaillaient sur les droits humains. Des journalistes et des militants ont été arrêtés ou portés disparus. C’est une situation que des organisations comme Human Rights Watch et Amnesty International documentent depuis plusieurs années.
Sur le plan sécuritaire, la situation reste très grave. En 2025, les violences ont causé plus de 5 000 morts selon les données d’ACLED. Près de deux millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, soit environ 10 % de la population, et 4,5 millions d’habitants auront besoin d’aide humanitaire en 2026 selon l’ONU. En janvier 2025, le Burkina Faso a quitté la CEDEAO avec le Mali et le Niger pour former l’Alliance des États du Sahel, un bloc qui se rapproche de la Russie et accueille des mercenaires du groupe Wagner.
C’est donc ce Burkina Faso que les médias montrent en boucle. Mais il existe un autre aspect de ce pays que très peu de gens connaissent, et qui mérite pourtant d’être mis en lumière.
Ouagadougou, capitale du cinéma africain
Le FESPACO — Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou est le plus grand festival de cinéma africain au monde. Il a été créé en 1969 sous le nom de « Premier Festival de cinéma africain de Ouagadougou » et réunissait à l’origine cinq pays africains : le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Haute-Volta (l’actuel Burkina Faso), le Niger et le Cameroun. Dès 1972, l’État burkinabè l’a institutionnalisé en le plaçant sous la tutelle du ministère de la Culture, lui donnant le nom qu’il porte encore aujourd’hui.
Aujourd’hui, le festival se tient tous les deux ans en mars à Ouagadougou et rassemble 48 pays du continent et de la diaspora africaine. Sa récompense principale, l’Étalon de Yennenga, tire son nom de la princesse guerrière de l’empire Mossi, figure fondatrice du peuple burkinabè. Ce n’est pas un détail : le festival ne fait pas que projeter des films, il affirme une identité et une vision du monde.
Pendant une semaine, toute la capitale se transforme en un écran géant : les stades accueillent les cérémonies, les cinémas font le plein et les places publiques offrent des projections gratuites en plein air. Il ne s’agit pas de théâtre en direct, mais de la diffusion de longs-métrages, de courts-métrages et de documentaires déjà enregistrés. L’événement se déroule exclusivement dans cette ville, attirant des milliers de réalisateurs, d’acteurs et de touristes qui animent les rues de débats, de marchés artisanaux et de célébrations fêtant la fierté du continent.
Ce qui rend le FESPACO particulier, c’est qu’il a toujours été pensé comme un acte de résistance culturelle. Thomas Sankara voyait dans le cinéma un outil d’émancipation et d’éducation pour les populations africaines. L’idée de base était simple : les Africains devaient pouvoir se raconter eux-mêmes, avec leurs propres images et leurs propres voix, sans passer par Hollywood ni par les studios parisiens.
Les résultats sont concrets. Le Burkina Faso est l’un des pays africains qui produisent le plus de longs-métrages, avec des cinéastes reconnus à l’international comme Idrissa Ouédraogo, dont le film Tilaï a remporté le Prix du Jury à Cannes en 1990. Le FESPACO a permis à des générations de réalisateurs africains d’exister sur la scène mondiale, à une époque où les circuits de distribution leur étaient presque entièrement fermés. En ce sens, il a joué pour le cinéma africain un rôle comparable à celui que Cannes joue pour le cinéma européen.
Un pays entre deux visages
Il y a quelque chose de difficile à comprendre dans la trajectoire du Burkina Faso. D’un côté, un pays qui a porté l’idéal d’une souveraineté culturelle africaine et fait de ses images une forme de diplomatie. De l’autre, un régime qui aujourd’hui tait ses journalistes, dissout ses associations et ferme ses frontières à la critique. La junta de Traoré utilise le même vocabulaire de libération que Sankara, mais en a retiré la dimension démocratique.
Et pourtant, le FESPACO continue. L’édition 2025 a eu lieu malgré la crise et l’insécurité. C’est peut-être ce que ce pays peut nous apprendre de plus important : les institutions culturelles ont une résistance que les régimes politiques n’ont pas toujours. Les cinéastes continuent de filmer, les films continuent de circuler, et Ouagadougou reste la capitale du cinéma africain.
La prochaine fois que vous entendrez parler du Burkina Faso dans les actualités et vous en entendrez parler, pour les mauvaises raisons, pensez aussi à cet autre Burkina Faso. Celui qui, depuis plus de cinquante ans, donne à l’Afrique un espace pour se raconter et exister par ses propres images.
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Sources :
• Human Rights Watch, World Report 2026 : Burkina Faso, février 2026.
Banque mondiale, BurkinaFaso- 2025.
• Human Rights Watch, « Burkina Faso : Crackdown on Civil Society », 20 avril 2026. https://www.hrw.org/news/2026/04/20/burkina-faso-crackdown-on-civil-society
• IOM, Burkina Faso Crisis Response Plan 2026, Global Crisis Response Platform, décembre 2025.
• Union européenne — ECHO, Burkina Faso : situation humanitaire, avril 2026.
• Bertelsmann Stiftung, BTI 2026 Burkina Faso Country Report, 2026.
• ACLED (Armed Conflict Location and Event Data Project), données 2025 sur le Burkina Faso.
• Freedom House, Freedom in the World 2025 – Burkina Faso. https://freedomhouse.org/country/burkina-faso/freedom-world/2025
• Agence d’Information du Burkina (AIB), « Retour sur l’historique du FESPACO », 13 février 2025.
• Contemporary And (C&), « FESPACO 2025 Made Space for the Ceremony of African Cinema », 2025.
• Banque mondiale, Burkina Faso. 2025-2026.
FILY DANFAKHA, membre d’esma
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