Le 26 décembre 2021, Desmond Tutu s’éteignait à 90 ans, laissant derrière lui un pays orphelin des grandes figures de la lutte contre l’apartheid. Reconnu pour la finesse de son intelligence autant que pour son humour et sa joie de vivre, il a dédié son sacerdoce à la libération de son peuple et à l’abolition du crime contre l’humanité qu’était l’apartheid. Avec Nelson Mandela, il restera à jamais le visage d’une Afrique du Sud qui a choisi le pardon plutôt que la vengeance.
Des origines modestes, un destin immense
Tout d’abord, Desmond Mpilo Tutu naît le 7 octobre 1931 à Klerksdorp, au sud-ouest de Johannesburg. De parents xhosa et tswana, il grandit dans les établissements missionnaires d’Afrique du Sud où enseigne son père, instituteur. Sa mère, elle, travaille comme femme de ménage et cuisinière dans une école pour aveugles. Rien, dans ce départ modeste, ne laisse présager le destin qui l’attend.
Il veut d’abord devenir médecin, mais de telles études coûtent trop cher pour sa famille. Il devient alors instituteur en 1954, avant de démissionner trois ans plus tard pour protester contre la mauvaise qualité de l’enseignement imposé aux Noirs par le régime. Ce geste, petit en apparence, dit déjà tout de l’homme qu’il sera : quelqu’un qui ne transige pas avec l’injustice. Il s’oriente alors vers la théologie, obtient une maîtrise au King’s College de Londres en 1966, et est ordonné prêtre de l’Église anglicane en 1961. Ce choix allait changer le cours de l’histoire sud-africaine.
Un prêtre au cœur de la tempête
En 1975, il est nommé doyen de la cathédrale Saint-Mary de Johannesburg, devenant le premier Noir à occuper ce poste. En 1978, il devient le premier secrétaire général noir du Conseil des Églises d’Afrique du Sud. Chaque nomination d’un « premier Noir » à un poste donné était comptée comme une victoire dans l’Afrique du Sud de l’apartheid : des avancées rares, durement obtenues, mais souvent plus symboliques que révélatrices d’un véritable changement.
En 1984, il reçoit le prix Nobel de la paix pour son rôle dans la lutte contre l’apartheid, une récompense qui envoie un message retentissant au gouvernement sud-africain et au monde entier. En 1986, il devient le premier archevêque autochtone de la ville du Cap, accédant au rang de plus haut dignitaire de l’Église anglicane d’Afrique du Sud. Sa robe violette, sa silhouette frêle et son sourire désarmant sont devenus les symboles d’une résistance qui refusait la haine. Il prône sans relâche des moyens non-violents, encourageant la communauté internationale à exercer une pression économique sur le régime de Pretoria.
La Commission Vérité et Réconciliation : son œuvre la plus durable
Après la chute de l’apartheid et l’élection historique de Nelson Mandela en 1994, le défi était immense : comment reconstruire une nation fracturée par des décennies d’humiliation et de violence ? En 1995, Mandela le nomme à la tête de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR), chargée d’enquêter sur les violations des droits humains perpétrées entre 1960 et 1994. Pendant trois ans, les audiences sont filmées et diffusées à la télévision, exposant les horreurs du passé devant toute la nation.
Ce travail colossal est guidé par une philosophie profonde, celle de l’ubuntu. Un terme bantou qui réunit les concepts d’humanité et de fraternité, et qui fait de l’altérité la source première de la richesse humaine. Son but : dépasser le sentiment de victimisation et restaurer un rapport de sincérité et de confiance entre les citoyens. Desmond Tutu le résumait en une phrase simple : « Je suis parce que nous sommes. » Les conclusions de la CVR, rendues publiques en 1998, ont scellé les bases de la nouvelle Afrique du Sud post-apartheid.
Un engagement sans frontières
Cependant, Desmond Tutu ne s’est jamais cantonné aux seules frontières de l’Afrique du Sud. Il dénonce les abus de pouvoir à l’échelle internationale, critique la politique israélienne dans les territoires palestiniens, et milite pour les droits des personnes homosexuelles ou encore le droit à mourir dans la dignité. Il ira même jusqu’à défier publiquement son ami Nelson Mandela sur le niveau de salaire de ses ministres, à critiquer la corruption endémique sous la présidence Zuma, et à annoncer en 2013 qu’il ne voterait plus pour l’ANC. Jusqu’au bout, la cohérence d’une vie.
La fondation qui porte son nom et celui de son épouse Leah continue de porter son message, et l’héritage du pays qu’il avait été le premier à appeler, dans un sermon en 1993, la nation arc-en-ciel. De Klerksdorp à Stockholm, de Johannesburg au Cap, Desmond Tutu restera l’homme qui a prouvé que le pardon peut être un acte révolutionnaire.
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Bibliographie
UNIVERSALIS. « Desmond Tutu (1931-2021) ». Encyclopædia Universalis. Disponible sur : https://www.universalis.fr/encyclopedie/desmond-tutu/
NOBELPRIZE.ORG. « Desmond Tutu – Biographical ». Nobel Prize. Disponible sur : https://www.nobelprize.org/prizes/peace/1984/tutu/biographical/
FONDATION POUR LA MÉMOIRE DE L’ESCLAVAGE. « Desmond Tutu ». Mémoire-esclavage.org. Disponible sur : https://memoire-esclavage.org/biographies/desmond-tutu
HUMAN RIGHTS. « Desmond Tutu, Nobel Peace Prize, South African Activist ». Humanrights.com [en ligne]. Disponible sur : https://www.humanrights.com/voices-for-human-rights/desmond-tutu.html
YAGA BURUNDI. « Mgr Desmond Tutu, l’architecte de la réconciliation basée sur l’Ubuntu ». Yaga-burundi.com. Disponible sur : https://www.yaga-burundi.com/mgr-desmond-tutu-ubuntu/
BABELIO. « Desmond Mpilo Tutu ». Babelio.com. Disponible sur : https://www.babelio.com/auteur/Desmond-Tutu/104928
WIKIPÉDIA. « Desmond Mpilo Tutu ». Wikipédia, l’encyclopédie libre. Disponible sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Desmond_Mpilo_Tutu
GUIMFACK Altesse, étudiante en double licence histoire – science politique à Paris 1
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