Journal d’ESMA N°3 – Les nouveaux défis des ONG pour l’éducation en Afrique

L’éducation : le cheval de bataille des ONG internationales en Afrique

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Ecole primaire au Malawi ( Source : France Info )

Inscrite comme quatrième objectif du développement durable (ODD) à l’horizon 2030 par les Nations Unies, l’éducation est aujourd’hui plus que jamais au coeur des programmes de développement portés par les organisations non gouvernementales en Afrique. “Assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie” pouvons nous lire sur les nombreux sites consacrés à cet ODD. Loin d’une intervention purement médicale, qui a fait naître l’aide humanitaire et l’aide au développement en Afrique dans les années 1960 durant la guerre du Biafra, le domaine de l’éducation a été progressivement mis au coeur de l’agenda des institutions de développement, faisant suite à la publication de la “Déclaration mondiale sur l’éducation pour tous” en 1990 par l’Unesco.

Les projets d’alphabétisation, de construction d’établissements scolaires ou de tutorat pour favoriser une éducation de qualité sur le continent se sont multipliés au cours des trente dernières années, tout comme les ONG qui investissent ce secteur du “marché du développement”. C’est notamment le cas de Handicap International, qui lie dans ses programmes d’action l’inclusion des enfants en situation de handicap, l’accès à l’éducation et l’égalité des genres.

L’accès à une éducation de qualité, un droit sexué

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Une classe de lycée à Soweto en Afrique du Sud ( Source : Reuters, VOA Afrique )

Le continent africain est traversé par de nombreuses sources de tension dues aux discriminations institutionnalisées, notamment dans le domaine de l’éducation. L’inclusion des filles, des  femmes et, dans une autre mesure, des personnes en situation de handicap, dans les programmes et institutions publiques sont une grande problématique en Afrique.

Malgré une forte progression du taux de scolarisation des filles dans l’éducation primaire (on passe de 38,3% en 1975 à 76,5% en 2017 selon la Banque Mondiale), on note en effet peu de progression depuis 1999. En 2017, la Banque Mondiale estime qu’il y avait 62,8% de filles allant au secondaire. Et plus le niveau d’étude est élevé, moins nous retrouvons de filles sur les bancs de l’école. Dans l’enseignement supérieur, il y a seulement 68 femmes pour 100 hommes. Ces chiffres montrent que malgré la progression de l’éducation des femmes en Afrique, qui est une des plus forte au monde, la parité n’est pas encore acquise sur le continent.

Les objectifs fixés en avril 2000 par l’Éducation Pour tous (EPT), les Objectifs du Développement Durable (ODD) et les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) n’ont pas permis d’obtenir les résultats escomptés . Lors du forum mondial sur l’éducation, tenu à Dakar en 2000, au moins 31 pays africains sur les 164 participants au forum ont tenu à faire évoluer la situation au niveau de cette parité. Cette démarche a été élaborée par le biais de six objectifs :

 –Premièrement : Développer et améliorer, sous tous leurs aspects, la protection et l’éducation de la petite enfance, et notamment des enfants les plus vulnérables et défavorisés.

 –Deuxièmement : Faire en sorte qu’à l’horizon 2015 tous les enfants, notamment les filles et les enfants en difficulté et appartenant aux minorités ethniques, aient la possibilité d’accéder à un enseignement primaire obligatoire et gratuit de qualité et de le suivre jusqu’à son terme.

 – Troisièmement : Répondre aux besoins éducatifs de tous les jeunes en assurant un accès équitable à des programmes adéquats ayant pour objet l’acquisition de connaissances ainsi que de compétences nécessaires dans la vie courante et pour l’exercice d’une citoyenneté active.

Quatrièmement : Améliorer de 50 % les niveaux d’alphabétisation des adultes, et notamment des femmes, avant 2015, et assurer à tous les adultes un accès équitable aux programmes d’éducation de base et d’éducation permanente.

 –Cinquièmement : Éliminer les disparités entre les sexes dans l’enseignement primaire et secondaire avant 2005 et instaurer l’égalité dans ce domaine en 2015 en veillant notamment à assurer aux filles un accès équitable et sans restriction à une éducation de base efficace et de qualité.

 –Sixièmement : Améliorer, sous tous ses aspects, la qualité de l’éducation de façon à obtenir pour tous des résultats d’apprentissage reconnus et quantifiables – notamment en ce qui concerne la lecture, l’écriture et le calcul, et les compétences indispensables dans la vie courante.

Concernant l’enseignement supérieur, les chiffres montrent une nette amélioration par rapport aux décennies 70, 80 et 90. Selon le rapport Tendances dans l’enseignement supérieur, l’Afrique subsaharienne de l’UNESCO, l’IPS (l’Indice de Parité entre les Sexes) a oscillé entre [0,45 ; 0,50] (la parité est atteinte lorsque l’IPS est dans l’intervalle [0,97 ; 1,02]). Mais dans les décennies 90 et 2000, les femmes sont de plus en plus présentes dans l’enseignement supérieur. Grâce à cela, l’IPS monte à 0,68.

Mais nous voyons quand même une proportionnalité entre la richesse des pays et l’IPS dans l’enseignement supérieur : dans les pays ayant comme PIB/habitant inférieur à 1000 $, l’IPS reste relativement bas. Nous le voyons par exemple pour la République Démocratique du Congo où l’IPS est de 0,35. Une faible croissance économique peut entraîner la parité voire un taux de femmes dans les universités plus grand que celui des hommes, comme nous le voyons avec l’Ile Maurice, dont l’IPS est de 1,20.

Des systèmes éducatifs qui tendent à exclure les enfants en situation de handicap

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Classe adaptée aux enfants en situation d’handicape au Togo ( Source : Handicap International )

Un autre motif de discrimination dans le domaine de l’éducation est le handicap. En effet, des études montrent qu’à peine 10% des personnes en situation de handicap vont à l’école (5% selon Handicap international en Afrique de l’ouest) et que le handicap concerne un tiers des enfants hors de l’école. En Afrique de l’ouest et centrale, plus de 58 millions d’enfants handicapés ne vont plus à l’école malgré le fait que ce soit un droit universel. Etant donné que le nombre d’enfants en situation de handicap qui n’ira pas au bout de ses études est plus grand que celui d’un valide, l’écart entre les enfants en situation de handicap suivant une éducation et les enfants valides allant à l’école augmente avec l’âge.

Plusieurs raisons tendent à expliquer ce phénomène  :

les infrastructures et le matériel : Selon le Partenariat Mondial pour l’Éducation, les écoles dans les pays sous-développés, comme ceux d’Afrique, manquent d’infrastructures et de matériel pour les élèves en situation de handicap. Par exemple, les élèves ayant une acuité visuelle réduite ne parviennent pas à distinguer ce  qu’il y a marqué sur le tableau, ou encore que les écoles n’ayant pas de rampes ne peuvent pas (sinon peuvent très difficilement) accueillir les enfants non-valides.

le manque de méthode : Certains handicaps peuvent avoir comme conséquences une plus grande difficulté à apprendre les choses enseignées en cours. Les professeurs peuvent ne pas avoir ni le temps ni la capacité à apprendre à ces élèves  leurs cours. Le décrochage scolaire en résulte.

– l’éloignement : Plus l’école est éloignée, plus il est difficile pour l’enfant d’y accéder, surtout pour un enfant ayant des difficultés motrices. L’isolation participant grandement au décrochage scolaire.

Les enfants infirmes subissent également du harcèlement de la part de leurs camarades et parfois même de leurs professeurs. Ces violences, physiques et morales, les entraînent vers un isolement, ne pouvant pas se défendre seuls.

La situation de la famille joue un grand rôle dans le nombre d’enfants non-valides allant à l’école. Les parents qui ne peuvent pas payer l’école pour tous les enfants vont préférer envoyer les enfants en bonne santé.

Le taux de scolarisation change selon les handicaps. D’après les chiffres, au Cameroun, le taux de scolarisation des enfants malvoyants est de 76,60% tandis que que le taux pour les enfants ayant un handicap moteur est de 56,80% en 2011.

Handicap International est une ONG créée en 1982 à Lyon par les médecins Jean-Baptiste Richardier et Claude Simonnet et le technicien Yves Gaumetin. Agissant dans 26 pays d’Afrique, Handicap International intervient dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la réinsertion, du droit et des armes de guerre. Le champ d’action qui va nous intéresser ici est donc celui de l’éducation. HI est particulièrement l’éducation des enfants et cherche à ce que les enfants en situation de handicap puissent retrouver les bancs de l’école. Selon l’ONG, les enfants handicapés ont dix fois moins de chance que les autres de fréquenter les bancs de l’école. Cela réduirait leurs chances d’insertion dans la société et leur autonomie.

Chaque année, HI aide environ 170 000 enfants dans 9 pays de l’Afrique de l’Ouest à accéder à l’école dans le cadre du projet APPEHL (Agir pour la Pleine Participation des Enfants handicapés par L’éducation). En 2017, au Niger, au Burkina-Faso et au Mali, là où le taux de déscolarisation des enfants en situation de handicap a atteint les 95%, Handicap International a monté un projet dont l’objectif est d’augmenter de 50% le nombre d’enfant en situation de handicap poursuivant leurs études dans les écoles partenaires du projet, en assurant leur passage au secondaire dans de bonnes conditions et en améliorant les modalités de scolarisation des enfants dans le secondaire, d’augmenter de 50% le nombre de ces enfants validant leurs formations dans les établissements ciblés dans le projet. Tout cela en formant les acteurs éducatifs à l’éducation inclusive.

En Afrique centrale, notamment à Kinshasa (RDC), HI projette d’améliorer l’accès à l’éducation aux enfants handicapés, plus particulièrement aux filles, dans dix écoles de quatre communes de Kinshasa ainsi qu’à trois de ses provinces. Sur le long terme, le projet est censé se répandre sur l’ensemble de la République Démocratique du Congo. Son objectif est d’opérer à une sensibilisation auprès des parents afin de diminuer le rejet des enfants non valides en dehors de l’école, de renforcer les compétences des acteurs éducatifs pour qu’ils soient en capacité de concevoir des outils pédagogiques et des activités adaptées aux enfants concernés. Les bénéficiaires seront, évidemment les enfants invalides, au nombre de 183, 196 enseignants, directeurs et personnel éducatifs mais aussi 6 352 élèves valides des dix écoles ainsi que 13 178 parents d’élèves.

Unicef est une ONG crée en 1946 qui a pour but d’aider et de protéger les enfants ainsi que les femmes dans le monde. Elle est très présente en Afrique, elle y met en oeuvre une éducation inclusive. Elle y promeut la parité dans la scolarisation, notamment grâce au programme “l’école, amie des enfants”. Au Niger, Unicef a construit mille écoles afin que les filles aient les conditions minimales pour étudier.

Il y a un enseignement de qualité ou les stéréotypes de genre disparaissent. La parité s’y montre : on constate des cas ou il y a plus de femme que d’homme aux examens.

Unicef, dans son plan 2014-2017 faisait la promotion de la poursuite  de la scolarité au niveau secondaire ainsi que l’apprentissage et l’acquisition de compétence notamment en sciences, en mathématiques et en ingénierie. Maintenant, dans son plan 2018-2021, Unicef tient à  mettre en avant l’apprentissage des compétences en sciences et technologies. L’organisation collaborera avec l’UNGEI, United Nation Girl’s Educative Investissement, l’UNESCO et la banque mondiale pour soutenir l’investissement pour contrer l’obstacle de l’éloignement des écoles et promouvoir une politique de réinsertion.

L’ONG sait que le fait de promouvoir l’éducation secondaire est d’une des stratégies les plus efficaces. L’achèvement des études secondaires acquiert à la société des avantages généreux : revenues gagnés, baisse de mariage précoces.

Un autre partenariat avec l’UNGEI est mis en place pour lutter contre les violences faites aux femmes/filles dans le domaine de l’éducation.

Le taux de scolarité est une problématique importante en Afrique qui est en dernier du classement dans ce domaine. Les efforts faits par les États et les associations font que la scolarité des filles et des enfants en situation de handicap est en progression très forte par rapport aux autres continents, les chiffres le prouvant. L’état montre un espoir dans les sociétés africaines qui vont se résulter par un progrès sociétaux tels que la baisse des mariages des enfants ou un apport de PIB dans les pays concernés.

Sources et Bibiographie :

-Éducation, l’Afrique toujours dans le peleton de queue, LE MONDE AFRIQUE
education-l-afrique-toujours-dans-le-peloton-de-queue_4613277_3212.html
-Scolarisation, les pays ou il  fait moins bon d’être ecoliere, LIBERATION
https://www.liberation.fr/planete/2017/10/10/scolarisation-des-filles-les-pays-ou-il-fait-moins-bon-etre-ecoliere_1601895
-Afrique, le Role de ma Femmes dans le developpement, AFRICA 24
https://www.africa24tv.com/fr/afrique-le-role-de-la-femme-dans-le-developpement
-Ratio femmes/homme des inscriptions dans l’enseignement supérieur, LA BANQUE MONDIALE
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/SE.ENR.TERT.FM.ZS?end=2017&locations=ZG&start=1970&view=chart
-Bureau de l’UNESCO à Dakar, UNESCO
education-for-all-in-africa
-Forum Mondial Sur l’Education, Dakar 2000, WIKIPEDIA
https://fr.wikipedia.org/wiki/Forum_mondial_sur_l%27éducation,_Dakar_2000
-Tendances Dans l’enseignement supérieur, Afrique Subsaharienne, UNESCO
http://uis.unesco.org/sites/default/files/documents/fs10-trends-in-tertiary-education-sub-saharan-africa-2010-fr.pdf
-Handicap et Non-Scolarisation des enfants, situation en Afrique de l’Ouest et du Centre, UNICEF
http://allinschool.org/wp-content/uploads/2015/06/Children-with-Disabilities_OOSCI_WCA.pdf
-Handicap Internationnal, WIKIPEDIA
https://fr.wikipedia.org/wiki/Handicap_International
-Plus d’Enfants Handicapés dans les classes d’Afrique de l’ouest, HANDICAP INTERNATIONAL
https://www.handicapinternational.be/fr/actualites/plus-denfants-handicapes-dans-les-classes-en-afrique-de-louest
-Conseil économique et sociale, Fond des Nations Unis pour l’Enfance
https://undocs.org/fr/E/ICEF/2017/16
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Rédactrice: NDUNGU Bridjet, Etudiante en Mécanique, Membre active chez ESMA

 

 

 

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