Journal d’ESMA n°3 – L’enseignement scientifique en Afrique

Les sciences naturelles sont elles exclues de l’enseignement en Afrique?

 

Une classe de sciences au Kenya
Classe de Sciences à Nairobi, Kenya (Source : UN.org | Photo: Peter Arnold Inc. / Sean Sprague)

Les Sciences et Technologies prennent une part de plus en plus importante dans de nombreux domaines, que ce soit dans le monde du travail, de l’environnement ou même dans la vie quotidienne. Aujourd’hui, l’Afrique avance davantage dans ces secteurs grâce aux gouvernements et aux ONG qui tentent, depuis ces dernières années, de faire émerger les sciences sur l’ensemble du continent. De quelle manière ce vaste continent doté de grandes capacités, peut-il mettre en valeur les sciences dans son éducation ? Pour rappel, l’Afrique dispose de nombreuses ressources : une diversité géologique, de nombreuses matières premières ainsi qu’une nouvelle génération prête à relever les défis à venir. Dans ce nouvel article du journal d’ESMA, c’est à travers la formation aux STEM (Sciences Technology Engineering and Mathematics) et aux Sciences de la Terre que nous allons tenter d’observer les actions menées et les progrès.

Les Sciences de la Terre : un grand atout pour les richesses naturelles de l’Afrique

« Les gouvernements devront mettre l’accent sur les personnels encadrant et le former, le but étant de susciter chez les plus jeunes Africains un intérêt pour la géologie »

carte_climatsAvec une superficie de plus de trente deux millions de Km2, le continent africain se partage de nombreux climats tels que le climat chaud et sec que l’on retrouve à proximité des tropiques, ou encore le climat chaud et humide que l’on retrouve à proximité de l’équateur. On y retrouve également deux fines régions, avec un climat tempéré aux extrémités. La zone saharienne, aride et aux températures extrêmes est une conséquence de l’effet de la continentalité, contrairement à l’Afrique Australe où la proximité avec les deux océans Indien et Atlantique crée une atténuation de l’effet de la continentalité. Le massif du Fouta Djalon ou celui de l’Atlas démontrent que ce continent est également pourvu de zones à altitude. Cette diversité de climats et de reliefs forment de nombreux écosystèmes, dont les propriétés et les différences géologiques en font des sujets d’études intéressants.

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Communication BRGM sur le projet PanAfGeo

La géologie est aujourd’hui un véritable défi à relever en Afrique. Donner plus de chances aux Africains de l’étudier pourrait les ouvrir à de nouvelles opportunités tant les ressources sont multiples, cela allant de l’environnement à l’extraction minière, en passant par les énergies fossiles. Certaines organisations l’ayant bien compris, organisent des projets, avec l’aide ou non des gouvernements. Le projet PanAf Geo à l’initiative du BRGM (Bureau des Recherches Géologiques et Minières)  a débuté en 2017 afin de former 1200 géologues des 54 pays d’Afrique sur trois ans. En 2017, 231 géologues ont été formés. L’Union Européenne finançant le projet avec 12 autres organisations européennes comme le BRGM qui coordonne le projet avec un budget de 10,3 millions d’euros. Ces formations se sont déroulées un peu partout en Afrique comme à Dakar (Sénégal), à Lobatse (Botswana) ou encore à Abuja (Nigeria). De son côté, l’UNESCO convainc les gouvernements africains, comme le gouvernement du Sénégal d’adapter les programmes à l’étude des sciences de la terre. Les gouvernements devront mettre l’accent sur les personnels encadrant et les former, le but étant de susciter chez les plus jeunes Africains un intérêt pour la géologie.

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Laboratoire d’études géologiques d’ANESI à Cap Town, Afrique du Sud

Par ailleurs, l’African Network of Earth Sciences Institutions (ANESI) souhaite mettre plusieurs projets en oeuvre en partenariat avec l’UNESCO, afin de soutenir une émergence de prochaines générations de géologues. Elle prévoit par exemple de créer un réseau africain des institutions en géologie, ainsi qu’une école itinérante de cartographie et de géologie de terrain. Elle compte également intégrer les études des sciences de la terre au primaire et au secondaire, où l’enseignement de ces matières ne sont pas au mêmes niveau que les autres matières tels que le français, l’histoire ou les mathématiques car n’apparaît qu’à la fin du secondaire. Enfin, l’ANESI souhaite également créer des liens entre les établissement supérieurs et les industries.

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Caldeira du Geopark NGORONGORO LENGAI en Tanzanie

D’autres initiatives se font connaître au sein du continent tel que Géoparcs qui met en évidence des sites géologiques et promeut l’éducation géologique sur tout le territoire africain, ou encore PICG, le Programme International de Geosciences, qui travaille également en partenariat avec l’UNESCO à Nairobi, avec pour but premier de renforcer le leadership africain ainsi que de soutenir les chercheurs.

Les STEM :  le prochain défi éducatif

« L’objectif de cette rencontre était d’engager une politique afin d’atteindre un engagement, de partager des pratiques innovantes et des défis concernant les retours sur investissement « 
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Concours scolaire scientifique

De la même façon dont l’Afrique tend à promouvoir l’apprentissage des sciences de la Terre, les gouvernements africains promeuvent l’enseignement des STEM (Sciences, Technologies, Ingénierie et Mathématiques). Ayant accumulé un retard considérable par rapport aux autres continents, l’Afrique aurait besoin, selon l’ONU, de 25 millions d’ingénieurs pour atteindre son objectif pour le développement durable (ODD).

Les gouvernements africains ainsi que les organisations non gouvernementales, ayant parmi leur champ d’action l’éducation comme l’UNESCO, souhaitent donc promouvoir l’apprentissage des STEM en mettant en place un environnement d’apprentissage mixte et en montrant comment la méthode scientifique peut être appliquée dans la vie quotidienne. En augmentant les formations dans ce domaine, plus d’emplois pourraient être créés et avoir une incidence sur la croissance économique du continent, car cela permettrait aux futurs ingénieurs africains d’utiliser plus facilement les ressources qu’ils ont à disposition.

 

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Firmin Matoko, sous-directeur général du département Afrique de l’UNESCO

À l’instar de l’UNESCO, des ONG proposent des formations. Le 12 novembre 2018, cette organisation a fait venir une centaine d’éducateurs spécialisés dans les STEM à Dakar, au Sénégal. Le but étant de renforcer les capacités des éducateurs à enseigner ces matières dans un cadre de qualité et de mixité. La formation étant organisée pour les femmes, cela relevait en plus de la problématique du manque de parité dans le milieu scolaire. Avec cette initiative, l’UNESCO a pu encourager les femmes à devenir  des ingénieures, mathématiciennes en leur donnant les bagages de compétences nécessaires pour débuter une carrière dans ces secteurs.Firmin Matoko, sous-directeur général du département Afrique de l’UNESCO, s’est exprimé sur ce sujet en indiquant que «Nous devons aider l’Afrique à exploiter les inventions scientifiques et les découvertes qui se produisent dans le monde entier et les investissements dans la recherche scientifique pour permettre aux Africains d’être des producteurs de connaissances plutôt que des consommateurs, en acceptant les progrès technologiques et en dotant les jeunes de connaissances et de compétences pertinentes.»

La décennie 2020 est consacrée à la spécialisation dans les emplois demandant une qualification en STEM. Le 24 janvier 2018, un dialogue de haut sommet organisé par le Centre International de l’Union Africaine s’est tenu à Addis Abeba en Ethiopie. L’objectif de cette rencontre était d’engager une politique afin d’atteindre un engagement, de partager des pratiques innovantes et des défis concernant les retours sur investissement. La question des EFTP (niveau supérieur d’enseignement et de formations techniques et professionnels) axée sur les STEM pour les filles et femmes s’y est aussi posée. L’objectif de ces promotions : leur épanouissement et leur développement. Enfin, le plan de l’Agenda 2063 de l’Union Africaine stipule que toute la jeunesse africaine, qui représentera d’ici là 19% de la population mondiale, devra avoir accès à l’éducation, la formation, les compétences, ainsi qu’à toutes les ressources nécessaires à parfaire son éducation pour profiter pleinement de son potentiel.

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Ecole d’ingénieur de l’Institut International de l’Eau et de l’Environnement au Burkina Faso. Source : France Info

L’Afrique a encore du travail à faire pour rattraper son retard par rapport à l’éducation scientifique. Si elle commence à investir dans des projets visant ces domaines, de plus en plus de jeunes s’intéressent aux métiers relevant des STEM. À long terme, une forte croissance pourrait être observée dans ce sens, permettant ainsi l’émergence d’une nouvelle générations d’ingénieurs africains. 

 

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Rédactrice : Bridjet Ndungu
étudiante en physique chimie, géosciences et ingénierie, Coordinatrice de rubrique au Pôle Rédaction ESMA

Sources 

Bureau de l’UNESCO à Dakar – Afrique : l’éducation des filles aux STEM au cœur d’une formation régionale pour 12 pays francophones

http://www.unesco.org/new/fr/dakar/about-this-office/single-view/news/africa_girls_education_in_stem_at_the_heart_of_regional_tr/

UNESCO – Initiative de l’UNESCO pour l’Éducation en sciences de la Terre en Afrique

http://www.unesco.org/new/fileadmin/MULTIMEDIA/HQ/SC/pdf/Earth_Science_Education_in_Africa_brochure-fr.pdf

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