Mami Watta

Le mythe de la Sirene des Eaux

 

Il y a de cela peu de temps, si peu de temps que Paul Biya était déjà au pouvoir camerounais, Emery, un pêcheur, s’en allait au travail comme tous les matins et  embrassa sa femme, Aya, et son fils, Balou, au front. Ce qu’il ne savait pas, c’est que cette journée allait changer radicalement sa vie. 

La matinée en fut une bonne. Emery et ses collègues avaient réussi à attraper beaucoup de poisson, plus que d’habitude. C’est tout naturellement que notre jeune héros partit fumer une petite marlboro. 

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En arrivant au niveau de sa moitié de cigarette, il aperçut une très belle jeune femme en train de se laver. C’était la première fois qu’il voyait quelqu’un faire sa toilette là. Le pêcheur n’arrivait pas à détourner le regard. La femme voyant Emery, elle lui esquissa un sourire et s’approcha telle une sirène. Elle avait un corps avec des formes divines et un visage angélique avec ses yeux noirs brillants. Ses tresses noires tombaient en dessous de sa poitrine.

-Je suis Coumba dit-elle.

Interloqué, le jeune homme se demandait si elle n’avait pas peur de parler à des inconnus en tenue d’Ève mais la trouvait tout de même fascinante. 

-Et toi ? ajouta-elle voyant qu’il ne répondait pas. 

-Emery, répondit-il en bégayant. 

-Tu es avec le groupe de pêcheurs ?

– Oui, je dois les retrouver, répondit-il en se précipitant vers les pécheurs qui étaient restés à leurs postes tout en la regardant. 

À la fin de la journée, la bande de pêcheurs se retrouva dans le bar qu’ils fréquentaient souvent les vendredis afin de fêter le week-end. Rigolant avec ses collègues, il vit Coumba en train de boire son soda. Elle lui sourit et lui fit signe de s’approcher. N’étant pas à son premier verre, il y alla sans hésiter. Ses collègues rigolaient, en effet, c’était choquant de voir le très timide Emery tchatcher une femme.south-africa-941197_960_720

Les heures passèrent et les pécheurs quittèrent le bar un à un, tous étant saouls, à différents degrès.

Quand le dernier quitta le bar, aux environs de minuit, il partit voir Emery pour lui dire qu’il était tard et que sa femme devait sûrement l’attendre. 

« Non, reste ! » Lui rétorqua-t-elle.

Sous l’effet de l’alcool, ou de Coumba, il accepta facilement.

Le lendemain, quand il se réveilla dans les draps de Coumba, pris de panique, commença a crier et à prier. Il avait commis le péché de l’adultère. La jeune femme alla vers l’homme marié et le rassura. Il se lava rapidement puis rentra chez lui.

Quand Emery arriva chez lui, sa femme qui s’était inquitée toute la nuit lui demanda des explications. 

-Où étais-tu ? Pourquoi tu ne m’as pas appelée ?

-Désolé, j’avais trop bu, je suis resté dormir chez Bemba puisqu’il habite à côté du bar

Il lui fit un bisou sur le front et s’en alla dans sa chambre.

 Mais Aya sentit une odeur de femme. 

Emery quitta la maison pour aller jouer, comme chaque samedi, aux dominos chez son frère. 

Aya fit venir sa mère et lui expliqua la situation. 

-Ma fille, fais très attention. Les hommes en ce moment batifolent de gauche à droite et les femmes sont de plus en plus attirées par les hommes mariés. En plus l’esprit de Mami Watta vadrouille en ville, je le sens. Va prier, Dieu se chargera de cette histoire.

Aya acquiesça.

Les semaines passèrent et pas de nouvelles de Coumba. Il faut le dire, elle manquait à Emery. Celui-ci se sentait coupable de ressentir cela. Il avait la meilleure des femme, celle qu’il courtisait depuis encore plus jeune. Elle lui avait donné un beau fils.  Mais Coumba avait cette chose que Aya n’avait pas.

 

Un soir, après le travail, Emery vit Coumba au loin. Il courut vers elle. 

-Coumba, tu as disparu sans prévenir, tu m’avais manqué, dit-il.

-Oui désolée, j’étais partie au village de ma mère, elle est tombée malade, lui répondit-t-elle

Il passèrent la soirée ensemble. Il rentra aux alentours de minuit. 

Sa femme l’attendait. 

-Ou étais-tu passé?

-J’étais chez mon frère. Et ces histoires de “ou étais-tu passé” là vont m’énerver !

Aya toisa son mari et s’en alla dormir fâchée. Elle savait qu’il avait menti. Elle était allée chez son beau frère lui demander s’il n’avait pas vu son mari.

Les mois passèrent et Emery allait voir chaque soir Coumba. Certains week-end, il ne rentrait pas chez lui. 

Sa femme était désespérée. Elle demandait à Dieu, pourquoi il  lui avait donné un mari qui allait la tromper, elle qui était si pieuse ; elle qui avait d’autres prétendants.

Un jour, alors qu’il travaillait, Emery aperçu Coumba dans l’eau. Elle le vit et lui dit de venir avec elle. Emery ne savait pas ce qu’il avait avec elle mais il était incapable de lui refuser quoi que ce soit, comme si il était ensorcelé. Il plongea dans l’eau. Ses collègues qui se posérent des questions sur son acte ne le virent pas revenir. Certains ont plongé dans le fleuve mais en vain. Il avait disparu. 

Quelques heures après, il revint comme si de rien n’était sur le rivage. Il était sec. Son regard avait changé. Ses amis lui ont demandé ce qu’il s’était passé, ce à quoi il répondait par un haussement de la main. 

Après cet évènement, Emery avait changé. Il rapportait plus de poisson. Mais il était devenu froid, très froid. Sa femme ne le reconnaissait plus, c’était à peine s’il lui accordait un regard. Toute sa chaleur humaine revenait quand il voyait Coumba. 

Ses collègues l’ayant remarqué, ils allèrent prévenir Aya. 

-Je sais qu’il me trompe, je songe à le quitter leur dit-elle

Bemba, le collègue de Emery lui dit de le suivre jusqu’au bar qu’ils fréquentaient chaque vendredi. 

Là elle vit son mari aux côtés de Coumba. C’en était trop pour et elle sans qu’elle ait  parler à Emery, elle rentra faire ses valises. Elle prit Balou et alla chez sa mère. 

Lorsque Emery rentra chez lui et ne vit plus sa femme. Immédiatement, il contacta  Coumba. 

-Rejoins-moi la où on s’est rencontrés, dit-elle. 

Il s’empressa d’y aller. 

Là il vit Coumba dans l’eau et elle lui refit un signe de s’approcher. Il plongea et ne revint plus jamais. 

Des témoins ayant vu ça, s’empressèrent d’aller chez la mère d’Aya afin de lui raconter ce qui venait de se passer. 

-La femme était surement une sirène des eaux.  

Les tantines qui étaient présentes, attristées acquiescèrent. 

-Ma fille, cet homme même si vous avez eu un enfant ensemble appartient à ton passé. Ne ressens pas de haine envers-lui, aucun homme n’aurait résisté aux charmes de la femme. Avance seulement tu rencontreras un homme qui va te faire oublier Emery.

Aya s’effondra dès que sa mère eut fini de parler. 

 

Cette histoire fit le tour du quartier. Beaucoup de gens ressentaient de la pitié pour Aya et les femmes prenaient leurs précautions par rapport à leurs hommes. Les chiffres d’affaires des marabouts triplèrent. Tout le monde savait que c’était l’oeuvre de Mami Watta et personne ne voulait entrer dans ses filets.

Quelques temps plus tard, Aya rencontra un tenant de bar, Bakary. Le courant allait tellement bien qu’ils se sont mariés très rapidement. 

Ainsi finit cette histoire. Aya eu d’autres enfants avec son nouveau mari et Coumba fit d’autres victimes dans d’autres villes et villages où elle changea de nom. On l’a retenue sous le nom de Mami Watta.

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NDUNGU Bridjet, étudiante en Mécanique à Sorbonne-Université et Responsable du Pôle Rédaction chez ESMA

 

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