Étudiants subsahariens en Tunisie

Le parcours du combattant 

 

L’Ifriqiya- du nom de la Tunisie et d’une partie de l’Est Algérien ainsi que l’Ouest Libyen au Moyen âge- se targue d’avoir donné son nom au continent Africain ; pourtant, il semblerait qu’aujourd’hui le pays soit plus détaché que jamais de ses racines africaines.

Depuis la révolution, la Tunisie se retrouve constamment au cœur des controverses. Insultes, agressions, viols ou encore meurtres, les actes racistes semblent se multiplier dans un pays où la plupart des citoyens préfèrent nier la dimension raciale de ces crimes.  La cible privilégiée de ces attaques répétées n’est autre que la communauté subsaharienne vivant en Tunisie. Les étudiants ivoiriens, camerounais, maliens, tchadiens, congolais, sénégalais, burkinabè, mauritaniens, togolais ou encore centrafricains se comptent par milliers. Éloignés de leurs familles et de leurs proches, ils subissent de plein fouet racisme et xénophobie jusqu’au sein de leurs universités où ils payent le double des frais d’inscription et subissent les railleries de certains professeurs.

Le bouleversement politique et social que vit la Tunisie depuis 2011, expose une réalité longtemps camouflée par la politique du silence et du déni dont il devient de plus en plus difficile de détourner le regard face à la gravité de la situation. 

Pour ceux qui font le choix de poursuivre des études supérieures en Tunisie, les difficultés commencent lors des démarches administratives.  Lenteur administrative, refus injustifiés, contrôle à domicile et expulsions sans motif plusieurs étudiants se retrouvent refoulés à l’aéroport Tunis-Carthage sans raison apparente comme l’explique le militant Blamassi Touré[1]. Selon ce dernier, en 2013 – soit deux années après la révolution – 60% des demandes de séjour ont été refusées par les autorités tunisiennes aux étudiants subsahariens. Cela a pour effet de les mettre en situation irrégulière et les expose à davantage de danger. En effet, par peur de se faire expulser, beaucoup n’osent pas porter plainte lorsqu’ils se retrouvent victimes de vols ou d’agressions.

D’ailleurs, porter plainte pour une agression à caractère raciste n’était même pas envisageable avant octobre 2018.  La loi pénalisant le racisme prévoit des peines allant d’un mois à un an de prison et jusqu’à 1 000 dinars (300 euros) d’amende pour des propos racistes. « L’incitation à la haine », les « menaces racistes », la « diffusion » et « l’apologie du racisme » ainsi que la « création » ou la « participation à une organisation soutenant de façon claire et répétitive les discriminations » sont passibles d’un à trois ans de prison, et jusqu’à 3 000 dinars (1 000 euros) d’amende. Il s’agit d’une première pour le monde arabe et d’un pas en avant pour la Tunisie dans la reconnaissance du problème. Les responsables politiques ont entendu le cri d’alerte lancé par les associations de la société civile telle que l’association antiraciste Mnemty (Mon rêve) ou encore l’association des étudiants et stagiaires africains en Tunisie (AESAT) qui s’est structurée après la révolution.

Mais le travail législatif et les textes ne suffisent pas à améliorer le quotidien des étudiants subsahariens qui continuent de subir un racisme parfois décomplexé allant de l’injure, crachats ou encore jets de pierre à l’assassinat de Falikou Koulibaly président de l’association des ivoiriens en Tunisie lors d’un vol à l’arme blanche. 

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Source : Fethi Belaid AFP 

Les étudiantes subsahariennes et plus généralement les femmes noires en Tunisie sont quant à elles doublement victimes. Fétichisation, attouchements, abus sexuels, agressions et viols, ces dernières font face à de multiples violences. La croyance populaire selon laquelle une femme noire aurait le pouvoir de « purifier le sang » vient renforcer l’image stigmatisante que cultive l’imaginaire collectif tunisien des femmes subsahariennes. Malgré une libération de la parole des victimes de violences sexuelles suite à la campagne #EnaZeda (#MeToo), les femmes noires demeurent invisibilisées au sein des luttes féminines et féministes. C’est dans le but de palier à cela que le mouvement « Voix des femmes tunisiennes noires » a été lancé le 23 janvier 2020- date de l’abolition de l’esclavage en Tunisie- à l’initiative de sept féministes tunisiennes noires.

Face à ces constats amers, une question demeure : comment en est-on arrivé là ?

Pour l’historien Salah Trabelsi, le Maghreb souffrirait d’une haine de soi qui remonte aux conquêtes arabes. L’islamisation de la région se serait accompagnée d’un mépris de la berbérité et donc du lien avec le reste du continent. Selon le chercheur, l’Afrique du Nord a rejeté avec force son africanité afin de revendiquer son arabité. Dans une tribune publiée dans le journal le Monde il explique qu’« Il y a confusion entre […] deux catégories, qui relèvent pourtant de deux sphères différentes, l’une religieuse, l’autre ethnolinguistique. »

Sources

 

https://www.france-terre-asile.org/actualites/actualites/actualites-du-maghreb/les-etudiants-africains-sont-ils-devenus-qindesirablesq-en-tunisie

Yasmine_Ben_Ammar
Yasmina Ben Attar, Étudiante en Master 1 de sciences politiques et membre de Carthago Nostrum

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