Article introductif : Les sociétés et royaumes pré-coloniaux africains dans le monde moderne

Article introductif : “La place des sociétés et royaumes pré-coloniaux africains dans le monde moderne”

 

« Un peuple qui ne connaît pas son passé, ses origines et sa culture ressemble à un arbre sans racines. » Marcus Garvey, militant pour l’amélioration de la condition des afro-américains au XXème siècle.

 Quel peuple pourrait vivre sans connaître ses racines, son histoire ? Comment pourrait-il vivre sans cette sève qui lui permet d’aller de l’avant? Vivre sans histoire c’est rembobiner un film indéfiniment sans pouvoir apprendre de ce qui a précédé, avoir la chance de corriger les failles. Vivre sans histoire, c’est aussi ne pas savoir qui nous sommes pourquoi nous sommes présents dans de tels circonstances à un moment donné, pourquoi nos institutions sont faites d’une telle manière et non d’une autre. Ainsi, priver un peuple d’histoire c’est non seulement le priver de sa liberté mais aussi le priver d’être soi.

Qu’en était-il de l’Afrique avant l’arrivée des colons ? Des sociétés précoloniales ? Question que l’on se pose parfois lorsque l’on étudie l’histoire occidentale, celle des conquêtes…ou question que l’on ne se pose simplement pas. Pour autant, les personnes originaires du continent africain connaissent leur histoire, souvent ils grandissent dans un milieu où l’on se raconte, de générations en générations, des histoires datées, parfois mystiques.

L’histoire du continent africain nous est en réalité très proche et nous observons constamment. De la personne qui aime cuisiner les plats typiques de son pays et qu’on se réjouit de goûter,  à celle qui est passionnée par le tressage, en passant par celle qui aime raconter les histoires épiques et les prouesses accomplies par les “grands” de son pays, l’histoire du continent africain passe et repasse; Elle se faufile et traverse différents milieux. Si elle a souvent été utilisée et l’est encore aujourd’hui au profit du pouvoir et dans l’ultime but d’effacer les traces du colon, c’est avec fierté qu’elle est portée par les personnes qui ont un attrait particulier pour le contient ou souhaitent diffuser la particularité de leurs origines. Par ailleurs, si les questions liées au continent africain ne se posent pas naturellement, nous avons cherché, quelque part et sans le dissimuler, à provoquer cette curiosité chez le lecteur. 

C’est ainsi que nous nous sommes replongés des siècles en arrière, pour vous faire découvrir l’histoire foisonnante de ce fabuleux continent. Nous espérons alors que cette curiosité s’éveillera et vous donnera l’envie de chercher avec nous ce qui fait la grandeur actuelle de l’Afrique. 

Nous vous présentons dans cet article introductif différentes pistes de réflexions qui ont nourri notre volonté d’en savoir davantage sur l’histoire des sociétés et royaumes pré-coloniaux d’Afrique.

La quête laborieuse vers la reconnaissance d’une histoire du continent africain 

Chacun se rappelle du discours de Nicolas Sarkozy en 2007 lorsqu’il affirmait que l’homme africain n’était pas assez entré dans l’Histoire. Que veut dire « entrer dans l’Histoire » ? Est-ce signifier que l’histoire se mérite ? Est-ce que des considérations supérieures, ethniques ou intellectuelles, doivent guider l’étude historique ? Cette conception de l’Histoire, véhiculée au XVIIIème siècle par le philosophe Hegel n’a pas donc pas entièrement disparu. L’Histoire s’analyse comme une lumière divine qui vient se poser sur certains peuples, mués par des considérations insondables. Cette lumière divine a oublié l’Afrique. Hegel décrit l’histoire comme un processus d’enchaînement rationnel des évènements où la Raison est latente et ne se comprend qu’une fois l’histoire achevée. Un peuple sans histoire est un peuple qui ne peut pas se découvrir au moyen de la raison et condamné à rester dans état végétatif. L’idée d’une Afrique sans histoire avant la colonisation a longtemps été répandue dans le monde, les peuples qui y vivaient étaient décrits comme primitifs, au même titre que leurs institutions. Cette négation d’une Histoire précoloniale africaine peut aussi s’expliquer par la définition même que l’on a de l’Histoire. C’est l’invention de l’écriture qui a marqué le passage de la préhistoire à l’Histoire. L’écriture n’étant pas répandue dans les sociétés d’Afrique subsaharienne, qui étaient plutôt basées sur l’oralité, on en a déduit que l’Afrique n’avait pas d’Histoire. De plus, la destruction, naturelle, des monuments anciens, construits majoritairement en bois, a effacé une partie des témoignages d’une Histoire précoloniale. Enfin, on a longtemps réduit l’Histoire du continent africain aux relations avec les pays occidentaux et notamment avec les pays européens : l’esclavage et ensuite la colonisation. Le peuple africain était ainsi vu comme inférieur, incapable de se développer seul, et sans civilisation.

C’est avec cette idéologie que François Xavier-Fauvelle, historien et archéologue cherche à rompre. Dans sa leçon inaugurale du cours dispensé dans une nouvelle chaire consacrée à l’histoire africaine au collège de France, François Xavier-Fauvelle renverse les tabous et cherche à en finir avec une conception bourgeoise de l’histoire, certes confortable mais qui ne permet pas d’en fonder une connaissance objective. L’histoire africaine existe malgré le déni d’historicité que les occidentaux ont pu avoir et en plus de cela, elle est d’une richesse débordante. Il souligne que l’impasse faite sur l’Histoire de l’Afrique a privé les sociétés africaines d’une attention importante qu’elles doivent avoir sur elle. On sait, en effet, combien l’histoire est un aspect de l’identité collective que l’on ne peut négliger. Toute société a besoin de connaître son histoire, de se reconnaître dans un passé commun et de le prendre en charge, peu importe qu’il soit entaché d’évènements déplorables ou marqué par des évènements glorieux. 

L’utilisation du passé colonial par le nouveau pouvoir africain

La revalorisation d’une Histoire et d’une culture africaines a été originellement initiée par les peuples africains et leurs dirigeants et continue de même à être encouragée.  Ainsi, lorsqu’en 2004 le législateur béninois codifie le mariage coutumier à travers le système de la dot dans le code civil -pratique fortement critiquée par les occidentaux-, il exprime une volonté d’intégrer des valeurs traditionnelles positives dans la législation.

On observe ainsi que le passé précolonial peut être utilisé par les dirigeants africains, notamment dans les représentations du pouvoir. Les sociétés africaines apparaissent toujours aujourd’hui comme marquées par les traditions. Si les chefs d’Etats africains du début des indépendances pouvaient se prévaloir du succès de l’obtention de celles-ci, ce n’est cependant plus le cas de dirigeants africains actuels. C’est pour cela qu’on peut observer la présence de pratiques relevant des traditions précoloniales partout sur le continent aujourd’hui. Par exemple, les ministres ne sont pas, dans de nombreux États africains, choisis uniquement en fonction de leurs compétences mais également en fonction de leur appartenance régionale. En effet, le chef africain traditionnel était entouré de conseillers issus de grandes familles ou de personnalités importantes en provenance des différentes régions du pays. La prise en compte des appartenances régionales n’est d’ailleurs pas toujours informelle, elle peut être prévue dans la Constitution, prévoyant des places à l’assemblée selon l’appartenance ethnique. Dans certains pays comme le Botswana, le maintien d’éléments traditionnels dans le pouvoir politique peut s’illustrer plus fortement avec la survivance d’assemblées de chefs traditionnels. 

Dans certains pays, c’est la langue qui s’affirme comme un marqueur d’identité. Se réapproprier une langue apparaît alors comme une façon de valoriser des parlers auparavant perçus comme “primitif”. L’actuelle république Centrafricaine, après avoir été sous occupation coloniale pendant près d’un siècle (sous l’appellation de colonie française d’Oubangui-Chari), a hérité du français comme langue officielle après son indépendance en 1960. Parmi les langues locales, uniquement le Sango,  langue véhiculaire facilitant les échanges sur le territoire a été considérée comme langue nationale. Peu à peu, celui-ci a néanmoins commencé à faire l’objet de revendication, les initiateurs du mouvement souhaitant qu’il soit reconnu comme langue officielle. Le mouvement d’évolution sociale de l’Afrique Noire, mouvement politique fondé par Barthélémy Boganda a activement mené cette lutte. Il disait notamment vouloir promouvoir l’évolution politique, économique et sociale de l’Afrique noire. C’est sous cette impulsion qu’en 1991, le Sango devient une langue nationale aux côtés du français.  

Ainsi, on voit bien que certaines pratiques, langues ou éléments inhérents à ces histoires et cultures africaines ont pu faire l’objet de réappropriation par les populations du continent.  Il existe une continuité non négligeable entre l’Afrique précoloniale et l’Afrique actuelle.

La diaspora comme vecteur de l’histoire du continent africain à travers l’importation des savoir-faire authentiques tels que le tressage et le Wax

L’Union africaine, qui regroupe 55 Etats d’Afrique, définit la diaspora de la manière suivante : « les personnes d’origine africaine vivant hors du continent africain, qui sont désireuses de contribuer à son développement et à la construction de l’Union africaine, quelles que soient leur citoyenneté et leur nationalité ». On peut ainsi plus généralement définir une diaspora comme un groupe composé de migrants et de leur descendance maintenant un lien culturel avec leur pays d’origine.

 

Aujourd’hui, on constate que les diasporas africaines remettent en avant des symboles issus des sociétés et royaumes précoloniaux, se réappropriant une héritage longtemps dénigré.  

 

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photo d’une jeune fille sénégalaise, 1984, photographe inconnu https://doriaadouke.com/do-cornrows-come-from-africa/)

Depuis la colonisation du continent africain par les européens, le cheveu africain a été longtemps moqué et discriminé. Aujourd’hui, le tressage est devenu un symbole important pour la diaspora africaine. En effet, il trouve ses racines profondes dans l’Histoire du continent. On retrouve le tressage dès l’Antiquité, notamment en Egypte, et même pendant la Préhistoire. Ce savoir-faire a ensuite été approprié par tous les peuples du continent. Chaque tressage a ainsi une signification précise, en fonction de l’âge, de la condition sociale ou encore du mariage. Le tressage est un art. Les cheveux crépus en facilitent la réalisation, leur permettant, de plus, de durer dans le temps. Cela montre que les tresses ont bien une origine africaine. 

 

 

 

 

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Danse baoulé. https://cosmopolitecho.fr/world-culture-a-paris/wax-nest-pas-africain/2119

L’univers de la Haute Couture peut également être vu comme un lieu de la mise en œuvre d’un savoir-faire africain par la diaspora. Le Wax est devenu le symbole du tissu africain. Pourtant, inspiré par le batik indonésien, il a été importé par les néerlandais au XIXème siècle, au détriment des vrais tissus artisanaux du continent. Le Wax est ainsi, pour Imane Ayissi, premier créateur africain invité à la Fashion Week de Paris, un tissu « colonial » dont la mise en avant tue le vrai patrimoine du continent. «L’Afrique a mieux à montrer et a ses propres tissus que le monde entier doit découvrir et connaître». Imane Ayissi, styliste d’origine camerounaise et considéré comme ambassadeur des tissus africains, préfère ainsi mettre en valeur des tissus comme les tie-and-dye teints camerounais, le kente ghanéen et ivoirien, encore trop peu connus. Par la mise en valeur de ces tissus, le créateur souhaite ouvrir la voie pour l’Afrique dans le luxe.

 

Bibliographie

 

Collège de France. “Leçon inaugurale. Leçons de l’histoire de l’Afrique”. Consulté sur :  https://www.college-de-france.fr/site/francois-xavier-fauvelle/inaugural-lecture-2019-10-03-18h00.htm. 1:09:39.

Ekanza, Simon-Pierre. « Le double héritage de l’Afrique », Études, vol. tome 404, no. 5, 2006, pp. 604-616. https://www.cairn.info/revue-etudes-2006-5-page-604.htm#s2n7

“Imane Ayissi, couturier du patrimoine africain, sauf le wax”, La-Croix.com. https://www.la-croix.com/Culture/Imane-Ayissi-couturier-patrimoine-africain-sauf-wax-2020-01-21-1301073276

“11 Choses à savoir sur les tresses : symboles de la culture Noire par excellence”, Top Afro. https://topafro.com/11-choses-a-savoir-sur-les-tresses-symboles-culture-noire-par-excellence/

Isabelle Akouhaba Anani, La dot dans le code des personnes et de la famille des pays d’Afrique occidentale francophone: cas du Bénin, du Burkina-faso, de la Côte d’Dvoire et du Togo, p.28, The Danish Institute for Human Rights, 2008. http://anyiliteracy.org/publications/coutume_de_la_Dot.pdf

Helma Pasch, Le sango, langue officielle de la république centrafricaine, 1998, https://www.persee.fr/doc/flang_1244-5460_1998_num_6_11_1202

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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