Point histoire : le Bénin

Le Bénin

Comme vous l’aurez deviné, c’est le Bénin que nous mettons à l’honneur pour le mois d’avril. ESMA vous raconte l’histoire de Mathieu Kérékou !

C’est le 2 septembre 1933 à Kouarfa que naît Mathieu Kérékou, homme central de la vie politique du Bénin dont il sera le chef d’Etat, d’abord comme dictateur puis comme président élu démocratiquement. Mathieu Kérékou passe son enfance aux côtés de sa mère puis entre à l’école régionale de Natitingou à l’âge de 10 ans. Il suit une formation militaire puisqu’il est engagé volontaire au sein des enfants de troupe. En 1956, il part à Fréjus, en France pour faire l’école de formation des officiers puis revient au Dahomey en 1961, quelques mois après l’indépendance. Il intègre l’armée nationale et devient l’aide de camp du 1er président de la République (Hubert Maga). C’est en 1972 que commence sa carrière en tant que chef d’Etat, dans un premier temps comme dirigeant d’un Etat autoritaire. 

Mathieu Kérékou et l’imposition d’un régime marxiste-militaire 

Le 26 octobre 1972, il participe au renversement du Conseil présidentiel. Il avait été désigné pour être le chef du groupe des officiers putschistes. Ainsi, le 30 novembre 1972, Mathieu Kérékou prononce le discours-programme anti-impérialiste et nationaliste tout en affirmant le choix du marxisme-léninisme. En 1973, le pays est baptisé République populaire du Bénin et le Parti de la révolution populaire du Bénin se met en place comme parti unique. Le régime se définit comme étant militaire et autoritaire puisqu’il n’y a pas de pluralisme, les opposants sont arrêtés et les libertés restreintes. Mathieu Kérékou opère une réorientation économique en nationalisant, ainsi qu’une réorientation diplomatique en s’ouvrant aux pays du bloc communiste du fait de son orientation marxiste.

Finalement, ce régime militaro-marxiste se solde par un échec et a presque conduit le Bénin à la faillite économique et politique. En février, une conférence nationale est organisée et plusieurs délégués demandent à ce qu’elle devienne souveraine. Mathieu Kérékou accepte et cette période constitue un tournant pour son avenir politique.

La conférence nationale de 1990 : moment clé pour comprendre le changement d’image de Mathieu Kérékou 

Cette conférence est donc un élément clé pour comprendre la réussite de son retour en 1996. Elle a été imposée à la fois de l’intérieur par des mouvements nationaux et de l’extérieur par des organismes internationaux. Elle est présidée par l’archevêque de Cotonou, Mgr de Souza. C’est à ce moment que Kérékou met fin au registre marxiste dans son discours prononcé lors de cette conférence : « C’étaient des prophètes de malheur. Je n’ai jamais lu Marx, ni Lénine. Ce sont des intellectuels qui m’ont persuadé de faire du marxisme-léninisme l’idéologie officielle. Pendant les dernières élections, j’ai sillonné le Bénin de long en large. J’ai vu les malheurs de mes concitoyens et j’ai compris que le marxisme, c’était de la… foutaise… » (cité dans Establet 1997 : 180).
Mathieu Kérékou prend une attitude populiste en prenant partie pour son peuple tout en glissant le début d’un langage religieux.

Ainsi, si le changement de son image s’opère à ce moment, il ne se limite pas au changement d’idéologie. En effet, il s’excuse publiquement auprès des Béninois pour le mal qu’il a fait lorsqu’il était au pouvoir. Le fait qu’il s’excuse en présence de l’archevêque donne l’image d’une scène de repentance.
Cette scène ayant marqué la population béninoise puisqu’elle était retransmise en direct, n’est pas la seule à avoir adouci l’image de Mathieu Kérékou. En effet, avant la conférence, il avait été victime d’un jet de pierre lors d’une manifestation mais n’a pas donné l’ordre à ses gardes de tirer. Il s’est réfugié dans l’église centrale de Cotonou, ce qui a été perçu comme un signe de regret et d’humilité. 

Ainsi, même s’il n’a pas été élu aux premières élections démocratiques du Bénin organisées en 1991, cette conférence constitue un moment crucial dans la compréhension de son parcours politique. En effet, il abandonne son image de militaire marxiste pour une image allant vers la spiritualité et la démocratie. 

Le retour dans la vie politique : Mathieu Kérékou un homme chrétien pour la démocratie

Après des années où Mathieu Kérékou a accepté sa défaite et s’est retiré entièrement de la vie publique et politique, il revient sur le devant de la scène pour les élections de 1996. Sa campagne présidentielle se caractérise par la volonté de se présenter comme un homme nouveau. Il met en avant le fait que, lors de son retrait de la vie publique, il a lu la Bible et son discours s’inspire fortement du pentecôtisme.
Désormais, il lutte contre le fétichisme, le satanisme et les forces occultes. Son retour est donc marqué par l’utilisation des registres démocratique et chrétien, mais aussi par sa rupture avec l’univers des forces occultes et vodun. Cette rupture se traduit par le fait qu’il ne mentionne pas ses ancêtres lorsqu’il prête serment mais également par le fait qu’il ne porte plus sa canne ornée d’un caméléon, un des symboles du vodun.
Cette nouvelle image porte ses fruits puisqu’il est élu en avril 1996. Ancien putschiste et chef d’un Etat autoritaire, Mathieu Kérékou devient président du Bénin.

Les élections de 2001 et l’image “transcendante” de Mathieu Kérékou

Lors de sa campagne présidentielle pour être réélu, Kérékou a toujours un discours d’inspiration pentecôtiste mais il réintègre les registres militaire et vodun qu’il avait écartés. En effet, il réutilise la canne sur laquelle figure un caméléon. De plus, sur ses affiches présidentielles on voit apparaître le caméléon ainsi que le titre de Général. Ces deux registres combinés avec les registres chrétiens et démocrates permettent au président sortant de renforcer son image et son côté extra-ordinaire. Le côté militaire lui permet de se présenter comme garant de l’ordre et de la démocratie. Le registre vodun lui permet de renouer avec ses ancêtres qu’il évoque lors de sa cérémonie d’investiture contrairement à celle de 1996. Il crée une forme de continuité en établissant un lien avec le royaume de Dahomey. Aussi, la longévité de son pouvoir est souvent considérée comme un signe du soutien céleste dont il jouirait.

Mathieu Kérékou, un homme aux multiples facettes 

Ainsi, Mathieu Kérékou, homme incontournable de la vie politique du Bénin, est un homme qui a su s’adapter aux circonstances. Il représente parfaitement les tendances politiques présentent en Afrique lors du XXème siècle. D’abord le marxisme et la tendance socialiste dans les années 1970, puis le phénomène du renouveau passant par la religion en Afrique influencée par l’importance des églises pentecôtistes dans les années 1990.
À la fin de son deuxième mandat, il se retire de la vie politique non sans avoir essayé de rester au pouvoir un peu plus longtemps. Voyant l’avis défavorable de l’armée et du peuple, il décide de se retirer et décède le 14 octobre 2015 à Cotonou.


Bibliographie


PAIGNEAU Orlane
Master 1 de Science Politique, Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Membre actif au sein d’ESMA 

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