Comme vous l’aurez deviné, c’est le Somaliland que nous mettons à l’honneur pour le mois de janvier !
Somaliland, le pays qui n’existe pas
Ce mois-ci, nos projecteurs se tournent vers une perle méconnue de la Corne de l’Afrique : le Somaliland. Surnommé la « Suisse de la Corne de l’Afrique » ou le « pays de la paix », ce territoire offre bien plus que ce que le monde pourrait imaginer.
Maintenant, pourquoi la Suisse de la Corne de l’Afrique, me demandez-vous ? Eh bien, le Somaliland a cette réputation de neutralité et de stabilité, ce qui n’est pas sans rappeler la confédération suisse. Et pour le surnom « pays de la paix », cela va sans dire – ici, la paix n’est pas seulement un mot, c’est un mode de vie.
Avec une étendue de 284 120 kilomètres carrés, le Somaliland s’étend majestueusement au nord de la Somalie, faisant face au golfe d’Aden. Ses voisins proches sont l’Éthiopie, Djibouti et la Somalie.
L’État se compose de six régions administratives, chacune portant en elle une part unique de l’identité et de l’histoire de cette terre africaine.
La majeure partie du Somaliland est composée d’une savane sèche, traversée par quelques fleuves. On trouve cependant quelques forêts et lacs.
Au cœur vibrant du Somaliland se trouve sa capitale, Hargeisa, où l’histoire danse avec la modernité. Détruite à 80 % lors de la guerre civile de 1990, la capitale a depuis été reconstruite. Selon le site web officiel du gouvernement de Somaliland, la population d’Hargeisa est estimée à 1 756 000 habitants en 2023. La ville abrite un aéroport, témoignant de son renouveau après les épreuves du passé.
Population
Avec une population d’environ 4,5 millions d’habitants, selon les données officielles du gouvernement de la République du Somaliland, le pays dévoile au cœur de son territoire une riche diversité culturelle. Cette mosaïque se compose de différentes langues et croyances, reflétant la variété qui caractérise cette nation africaine.
La population somalilandaise est majoritairement musulmane (sunnites), l’islam étant la religion d’État. La Constitution interdit explicitement la promotion d’autres religions. Cependant, au sein de cette trame religieuse, des minorités composées de protestants, de chrétiens orthodoxes de l’Église éthiopienne et de catholiques coexistent.
En ce qui concerne l’ethnie, environ 80 % de la population appartient à l’ethnie Issak, dont 55 % sont nomades ou semi-nomades. Les Somaliens sont originaires d’une seule et même tribu, divisée en six clans principaux et un grand nombre de sous-clans.
En ce qui concerne l’ethnie, environ 80 % de la population appartient à l’ethnie Issak, et 55 % sont nomades ou semi-nomades. Les Somalis sont originaires d’une seule et même tribu, divisée en six clans principaux et un grand nombre de sous-clans.
La langue officielle du Somaliland est le somali, partagée avec la République de Somalie. Cependant, la palette linguistique s’élargit avec l’arabe et l’anglais. L’arabe occupe une place spéciale, en particulier dans les contextes religieux, renforçant les liens avec l’islam, la religion dominante. Quant à l’anglais, vestige du passé colonial, il se fond harmonieusement dans le tissu linguistique, utilisé par les élites, à l’université et de manière équitable avec le somali dans l’administration.
Économie
La monnaie officielle du Somaliland est le Shilling du Somaliland (SLSH). Selon les données du site officiel du gouvernement, la région possédait un produit intérieur brut (PIB) robuste de 2,3 milliards de dollars américains en 2022. Cependant, le statut non reconnu du Somaliland pose d’importants défis, le privant des circuits financiers mondiaux et limitant son budget fédéral à 500 millions de dollars.
L’économie somalilandaise, ancrée dans des ressources naturelles diversifiées, repose notamment sur l’exportation cruciale de divers types de bétail, dont des bovins, des ovins, des caprins et des chameaux. Le port de Berbera, situé sur la côte somalilandaise, joue un rôle central dans cette activité économique en gérant non seulement les exportations locales, mais également les envois de bétail depuis l’Éthiopie, qui a perdu l’accès au port érythréen d’Assab.
L’exportation de bétail vers des destinations telles que l’Arabie saoudite et son voisin l’Éthiopie, demeure un pilier économique majeur pour le Somaliland. Malgré les richesses minières et pétrolières suscitant l’intérêt d’investisseurs étrangers, le défi majeur persiste dans le manque de reconnaissance internationale. Cette non-reconnaissance entrave l’accès aux aides de la Banque mondiale et du FMI, compliquant le développement économique. De plus, malgré la richesse potentielle de son sous-sol en charbon et en pétrole, les investissements étrangers restent timides en l’absence de garanties juridiques internationales.
Le Somaliland, oasis de stabilité dans une région tumultueuse, subsiste en grande partie grâce à l’aide de sa diaspora, qui contribue à hauteur de 500 millions de dollars par an soit 21,7 % du PIB du pays. Cette situation souligne les paradoxes d’une entité prospère sur le plan économique, mais en quête de reconnaissance et d’autonomie politique sur la scène mondiale.
Politique
Le Somaliland, autrefois sous le protectorat britannique, a tracé son parcours vers l’indépendance avec détermination. Proclamant son indépendance de la Somalie en 1991 après des années de conflits, le Somaliland a réussi à établir une stabilité politique et économique notable malgré l’absence de reconnaissance internationale formelle en tant qu’État indépendant, se positionnant en tant qu’État de facto, à l’instar de Taïwan.
Le pays a mis en place un système politique fonctionnel, avec un parlement bicaméral composé de la Chambre des anciens et de la Chambre des représentants. Les élections, tenues tous les cinq ans, sont jugées par de nombreux observateurs comme parmi les plus justes et transparentes au monde. Malgré les défis liés à la non-reconnaissance internationale, le Somaliland a réussi à consolider son engagement envers la démocratie et la stabilité politique, illustré par un nombre significatif de votants (80%).
Le droit de vote est accordé à partir de l’âge de 16 ans, reflétant la volonté du pays de donner une voix à sa jeunesse. Trois grands partis politiques sont actifs, contribuant à une scène politique diversifiée. Le président est élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour un mandat initial de quatre ans renouvelable une fois, joue un rôle crucial dans la gouvernance du Somaliland. Bien que non reconnu formellement, le pays poursuit son chemin en tant qu’entité indépendante, résolument guidé par ses principes démocratiques et sa vision de l’avenir.
En novembre 2017, Muse Bihi Abdi, membre du parti Kulmiye, a remporté l’élection présidentielle au Somaliland avec 55% des voix, recevant des éloges pour la transparence et l’équité du processus électoral. Il est actuellement le président en exercice.
Symbole et emblème
Le Somaliland, ce joyau méconnu de la Corne de l’Afrique, ne se contente pas de revendiquer son indépendance à travers des déclarations politiques, mais aussi à travers des symboles vibrants qui définissent son identité. Du drapeau à l’hymne, des armoiries à la devise, chaque élément raconte une histoire unique et colorée.
Adopté officiellement le 14 octobre 1996, le drapeau du Somaliland est bien plus qu’un simple morceau de tissu.
Le drapeau est basé sur celui du Mouvement National Somalien (SMN, Somali National Movement), qui a lutté pour l’indépendance. Il incarne l’aspiration à l’indépendance et l’identité distincte du Somaliland, avec des couleurs panarabiques le vert, le noir, le blanc et le rouge , comme un clin d’œil à la solidarité régionale. La bande verte arbore la chahada qui est en lettres blanches, et qu’on retrouve sur le drapeau de l’Arabie saoudite et de l’Afghanistan. L’étoile noire à cinq branches sur fond blanc symbolise l’unité des cinq régions historiques des Somalis : la Somalie, le Djibouti, l’Éthiopie, le Kenya et le Somaliland lui-même. Il est fascinant de voir comment chaque pli du drapeau raconte une histoire riche, empreinte d’histoire et d’espoir pour l’avenir.

« حياة طويلة مع السلام » – « Longue vie en paix » résonne dans l’hymne national, « Samo Ku Waar ». Une mélodie qui transporte l’esprit des habitants du Somaliland vers l’unité, la résilience et un avenir pacifique. À chaque note, c’est comme si le pays entier faisait entendre sa détermination à prospérer dans la paix.
Les armoiries du Somaliland, encerclées d’or, dépeignent une aigle, une balance, et une poignée de main, chacune portant une signification profonde. Sous l’aigle, une poignée de main représente l’unité, et la balance, avec l’inscription en arabe « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux », souligne l’importance des valeurs morales dans la vie quotidienne du peuple somalilandais. Une fresque symbolique qui rappelle que la force du pays repose sur l’équilibre et la justice.
Le pays dispose également d’une devise. La devise du Somaliland, « J’atteste qu’il n’y a pas de divinité en dehors d’Allah et que Mahomet est l’envoyé de Dieu », est un rappel de la foi profonde qui guide la vie du peuple. Au-delà des frontières géographiques, cette devise unit les citoyens dans une communauté de croyance et de valeurs.
Bibliographie et webographie :
Government of Somaliland. « Our Culture ». https://www.govsomaliland.org/article/our-culture.
JeuneAfrique.com. « Qu’est-ce que le Somaliland ? – Jeune Afrique ». https://www.jeuneafrique.com/131680/archives-thematique/qu-est-ce-que-le-somaliland/.
« Le Somaliland, une “sécession réussie” mais un État non reconnu internationalement | TV5MONDE – Informations », 9 mars 2023. https://information.tv5monde.com/afrique/le-somaliland-une-secession-reussie-mais-un-etat-non-reconnu-internationalement-2045933.
Malagardis, Maria. « Somaliland : des élections exemplaires dans un pays qui n’existe pas ». Libération. https://www.liberation.fr/planete/2017/11/13/somaliland-des-elections-exemplaires-dans-un-pays-qui-n-existe-pas_1609742/.
Prunier, Gérard. « Le Somaliland, une exception africaine ». Le Monde diplomatique, 1 octobre 2010. https://www.monde-diplomatique.fr/2010/10/PRUNIER/19778.
Malia Missainhoun–Amon
L1 de Droit à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre active des ESMA
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