Frantz Fanon, De la Martinique à l’Algérie, l’odyssée du psychiatre révolutionnaire.

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Si l’on devait se chercher une allégorie des relations afro-antillaises, ce serait certainement à travers la figure de Frantz Fanon qu’on l’obtiendrait. Martiniquais de naissance, Algérien d’adoption, médecin de métier et combattant infatigable du colonialisme. Les associations ESMA et Sorb’Outremer vous proposent de découvrir une figure majeure de l’univers intellectuel tiers-mondiste.  

Son oeuvre est courte mais son héritage est grand, et à bien des égards actuel. A la fois Antillais et à la fois Algérien, à la fois médecin et à la fois militant, c’est un grand homme dont le nom est souvent méconnu du grand public et pourtant au programme de l’enseignement des grands mouvements de lutte du XXe et XXIe siècle. Il fut éveilleur de conscience attentivement étudié par les leaders indépendantistes de la dernière vague de décolonisation africaine (Décolonisation de l’Afrique lusophone). Il inspire des grands hommes par ses écrits, lui même étant inspiré par d’autres grands hommes de sa génération. Césaire était de ceux qui ont nourri sa réflexion et Sartre de ceux qui l’ont influencé et côtoyé intimement (Préface de Les damnés de la terre). De l’autre côté Nelson Mandela, prononçant cette phrase: “C’est l’oppresseur qui choisit les armes de l’opprimé”, s’inspire directement du héros de la révolution algérienne. Un homme formé et prédestiné à une vie de cadre “métisse” selon les normes de la société coloniale, la remettant en cause par sa réflexion, s’en émancipe et devient une référence en matière d’acceptation de soi, de la désaliénation et du retour de stigmate. Il étudie d’un point de vue psychologique et philosophique, la déstructuration sociale et la destruction culturelle des populations africaines  entamée par le système coloniale. Il est un des plus illustres auteurs du mouvement tiers-mondiste, qui par ses écrits, esquisse une mutation du colonialisme en néo-colonialisme, moins coercitif et surtout moins visible.

 

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F.Fanon, l’homme

Né en 1925 à Fort de France sur l’île de la Martinique, il est issu d’une famille métissée, économiquement aisée. Durant sa scolarité il croise Aimé Césaire, enseignant au lycée Victor Schoelcher. C’est à cette période que le jeune Fanon commence à nourrir de l’admiration au grand Césaire. Ayant grandi en Martinique où il découvre la discrimination. Il commence à la côtoyer lorsque des populations blanches de métropole s’installent aux Antilles pour fuir le fascisme qui s’est imposé en France. Issu d’une famille aisée, il avait l’habitude d’avoir toujours été considéré avec distinction, or l’arrivée massive des blancs change radicalement ce point pour la simple et bonne raison qu’il était noir. L’expérience se poursuit lorsqu’il s’engage dans les forces de Libération du Général De Gaulle.  Il est aussitôt envoyé en Alsace après un court passage en Algérie pour suivre une formation d’officier. Fondamentalement opposé au fascisme et au nazisme, son engagement fut le produit de sa lutte pour un idéal et contre toute domination injuste. Idéal pour lequel il fut blessé à la frontière Suisse et pour laquelle il est décoré. Cependant pendant ses quelques années à l’armée, il se rend compte de la discrimination opérée au sein même de l’armée française, en cause, toujours sa couleur de peau. Blessé dans les Vosges, il est transféré en Algérie quelques temps. Ce premier voyage lui permet de constater la structuration sociale d’une société coloniale dite “colonie de peuplement”, où le riche colon trône en haut d’une pyramide. La société coloniale est pourtant divers en terme de culture mais elles sont séparées par l’Etat par des cloisons symboliques et elles sont aussi hiérarchisés en fonction de l’idéologie raciste . Le riche colon est supérieur au colon pauvre, ce dernier supérieur au juif, ensuite supérieur à l’indigène lettré et enfin ce dernier supérieur à la masse populaire indigène “moins civilisé”. En 1945, il est de retour sur son île natale, il y obtient son bac. A la même période Césaire est candidat pour l’Assemblé Nationale d’où il  sort vainqueur : le jeune Fanon était l’un de ses plus fervents soutiens. Son retour en France se fera dans le cadre de la poursuite de ses études : il reçut une citation du général Salan pour ses états de service durant la seconde guerre mondiale, ce qui lui vaut une bourse d’études. Il poursuit des études de médecine et de philosophie à Lyon, il se fera d’ailleurs une culture littéraire et philosophique conséquente durant ces années. C’est en quatrième 4e année qu’il fait le choix de se tourner vers la psychiatrie. Après quelques années en interne dans un hôpital à Lyon, il présente en 1951 une thèse qui se trouve être le manuscrit de Peau noir, masque blanc, sujet qui lui sera refusé avant de se rabattre sur un sujet plus “académique” : “Un cas de la maladie de Friedreich avec délire de possession”. Il la soutient avec succès en 1951. En 1953, il renouvel ce succès en ayant été reçu au “médicat des hôpitaux psychiatriques”, suite auquel il est nommé médecin des hôpitaux psychiatriques. Il ambitionne rapidement d’aller travailler en Afrique. Dans une lettre adressée à Senghor, avec qui il tient une relation épistolaire, il lui demande de l’aider à réaliser ce désir, en vain. Il est toutefois nommé médecin-chef à l’hôpital psychiatrique de Blida en Algérie. Il y exercera pendant trois ans, où il est confronté aux “stigmates” des colonisés. En traitant les victimes de la gégène et de la torture, il découvre progressivement l’impact psychologique sur les colonisés. Il écrira quelques années plus tard dans Les damnés de la terre : « La vérité est que la colonisation, dans son essence, se présentait déjà comme une grande pourvoyeuse des hôpitaux psychiatriques ». En 1954 commence la guerre qui pendant longtemps fut qualifiéE d’ “événements” ou de “guerre qui ne dit pas son nom”, une guerre d’indépendance qui fait entrer Fanon dans l’engagement actif pour les Algériens. Il commence d’abord par fournir informations, matériel et logis pour les combattants algériens. Peu à peu son travail et son rapprochement avec les dirigeants du FLN lui font prendre conscience qu’il n’existe pas mille façons de chasser le colonialisme. En 1956, il envoie une lettre de démission au ministre de l’Algérie, Robert Lacoste, où il fait un réquisitoire de la colonisation, il dit : « Le statut de l’Algérie ? Une déshumanisation systématique. » et précise  : « La fonction d’une structure sociale est de mettre en place des institutions traversées par le souci de l’homme. Une société qui accule ses membres à des solutions de désespoir est une société non viable, une société à remplacer. Le devoir du citoyen est de le dire. ». Il entre en clandestinité au cours de ces années. En 1957, il est expulsé de l’Algérie pour avoir participer à un congrès d’artistes et d’écrivains noirs et il lui est reproché d’avoir prêché la décolonisation. Il fait un séjour court dans la métropole, un passage rapide en Suisse et atterrit en Tunisie. Il y vécut quelques mésaventures dans le milieu des hôpitaux psychiatriques, où il est confronté encore une fois au racisme. Il obtient un poste de médecin et entre en contact avec le FLN installé en Tunisie. Il devient rédacteur en chef d’El Moujahid et collabore activement au quotidien Résistance algérienne. En 1958, il est à Accra avec la délégation algérienne, pour participer au premier congrès panafricains dans un Etat africain libre. Le compte rendu de la délégation sud-africaine dévoilera que le congrès fut dominé par l’anti-colonialisme de l’excellent orateur Docteur Omar Fanon (nom qu’il prend pour l’événement pour des raisons inconnus). Ensuite, il s’occupe de la formation politique des cadre de l’ALN (armée nationale de libération algérienne). Il est souvent en contact avec des dirigeants indépendantistes africains tel que Patrice Lumumba. Deux années plus tard, il reviendra au Ghana en tant qu’ambassadeur du gouvernement provisoire de la République Algérienne (GPRA). En 1961 et malgré l’acharnement du FLN à lui offrir des soins de qualité, Franz Fanon décède  à l’hôpital, à Washington.

Une vie courte et pourtant si riche, sa pensée l’est d’ailleurs tout autant. Ses années en exercice dans le milieu hospitalier  ont été fructueuses en réflexions scientifiques. L’impact du docteur Fanon sur la psychiatrie est significatif Il fut l’élève de Césaire, amis de Senghor et de Sartre et respectivement  ont chacuns contribué à enrichir la pensé fanonienne. Le constat empirique aux Antilles et à la Métropole, du rejet de la stigmatisation et de la ségrégation durant ses années d’études déclenche sa réflexion sur l’aliénation. Ses patients algériens lui ont fait prendre conscience  des dégâts visibles et invisibles du colonialisme.

Fanon à Tunis

F.Fanon, le médecin

Sa carrière de médecin débute à Saint-Alban, dans un hôpital psychiatrique où il étudie l’application de la sociothérapie. En effet, pour l’époque les établissements psychiatriques sont des lieux ou le malade estisolé de tout, et la sociothérapie innove en offrant un espace de sociabilité. Un espace où les patients se côtoient sous la surveillance de l’équipe médicale. De plus les malades sont autorisées à voir leur famille en journée, à la faveur de courtes visites. La thérapie consiste à prodigués des soins et à accompagner le malade dans sa réintégration à la société, ce qui accélère la guérison. Frantz Fanon arrive en 1953 à Blida avec l’idée de diffuser ce modèle. On lui confie le département des femmes européennes et le département des indigènes. A son arrivée, les hôpitaux algériens fonctionnaient selon les concepts de l’Ecole d’Alger, qui compare les indigènes à des européens lobotomisés ou encore à des enfants sans potentiel de développement. Dans un cas ils sont taxés d’absence de capacité de raisonnement, dans l’autre d’une puérilité éternelle et irréversible. Ce phénomène, les médecins le nomment le “syndrome nord-africain”, loin d’être une maladie qui frappe exclusivement les nords africains, il s’agit du titre d’un pamphlet du docteur Fanon contre le traitement courant des patients d’Afrique du Nord par le courant de pensé majoritaire, l’Ecole d’Alger de la psychiatrie. Le docteur Fanon s’y oppose en dénonçant le dédain de ses confrères face à ces patients. Selon lui, ces derniers souffrent d’une vie sociale restreinte, d’un sentiment d’insécurité permanent, une menace dans son affectivité. Il est victime de son inexistence juridique qui le contraint au statut d’expatrié, statut que le psychiatre répugne en ces termes « La science psychanalytique tient l’expatriement pour un phénomène morbide, ce en quoi elle a parfaitement raison. » Dans ces conditions Fanon conclut que le “syndrome du nord-africain” est du fait que le nord-africain n’arrive pas à identifier son mal et à l’exprimer correctement. Et pour cause les populations nord-africaines subissent le colonialisme sous tous ses aspects et depuis plus d’un siècle déjà. Fanon formule que l’individu nord-africain est victime d’être un « homme mort quotidiennement ». Il reproche aux médecins métropolitains d’être victimes d’un ethnocentrisme qui les empêche de comprendre des individus issus d’une culture dont la complexité est souvent moquée. Un dédain résultant de l’idéologie raciste courante dans le milieu médical, plus spécifiquement en matière d’ethno-psychiatrie, qui empêche les médecins d’établir un dialogue constructif avec les patients “indigènes”.

Ces constats froid du colonialisme, Fanon les tire de l’échec de la sociothérapie dans son département des “indigènes”, alors qu’elle fut un succès dans le département des femmes européennes. Il comprit que l’univers de sociabilité que doit offrir la sociothérapie doit  prendre en compte la culture des malades. Il n’aura pas le temps de les mettre en application puisqu’après sa démission, il est expulsé du territoire algérien.

Arrivé en Tunisie, le docteur Fanon a eu du mal à se trouver un poste car il rencontre plusieurs fois un racisme belliqueux de la part de ses confrères tunisiens. Replaçons les choses dans leur contexte : en 1957, la Tunisie de Bourguiba est indépendante et choisit d’aider, de financer et d’héberger sur son territoire une partie de la résistance algérienne. En se rapprochant de celle-ci il acquiert un poste dans un hôpital avec l’appui du gouvernement tunisien, en plus de son engagement intellectuel au sein du FLN. C’est dans ce pays qu’il met en place la sociothérapie de jour. C’est alors que le docteur Fanon par un ensemble d’aménagement au sein de l’hôpital, met en place des activités communes et variées pour tous les malades de sorte de créer une communauté sociale. Le malade évolue donc dans un environnement de sociabilité tout en recevant sa thérapie. Au terme du traitement, le malade est accompagné progressivement dans son retour à la société, en permettant les sorties extérieures accompagnées, celles-ci sont multipliées à mesure que la malade est “guéri” jusqu’à son retour dans la société. Enfin, l’accompagnement dans ce retour se fait aussi par l’autorisation des proches à rendre visite au malade durant deux heures déterminés en journée. Parmi les points forts de cette méthode, nous pouvons retenir le sentiment de liberté qu’octroie le personnel soignant aux malades, outre la liberté de mouvements, puisqu’ils ne sont plus enfermés dans une chambre, ils ont le choix des activités qu’ils peuvent pratiquer en journée, la liberté du choix des liens de socialisation etc… In fine, la relation médecin-malade s’en trouve améliorée puisqu’il s’agit d’une rencontre entre deux individus libres. L’autre point fort est l’ancrage de l’hôpital de jour au sein de la société qui favorise grandement le retour à la société des malades en les accompagnants. Une méthode qui permit à Fanon de diminuer de moitié le séjour hospitalier et les taux de guérison et de réintégration sociale des malades sont époustouflants. La méthode fut mise en pratique par le docteur Fanon à Blida mais sans succès car les activités sont culturellement sans intérêts pour les indigènes. De cet échec, Fanon a tiré la conclusion que les therapeutes Européens sont bien souvent prisonniers d’un européocentrisme aveuglant. Le traitement subjectif qui en résulte est donc un échec puisqu’il y a rupture de dialogue entre le médecin et le malade. L’expérience de Blida, au contact des victimes de la torture, aura servi au docteur Fanon à mieux conduire l’expérience en Tunisie.

 

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F.Fanon, l’intellectuel et le militant

Il existe une évidence chez Fanon, toutes ces facettes aussi différentes les unes des autres, ont toujours été liées. Le Fanon médecin travaille sur l’aliénation mentale, c’est naturellement que Fanon l’intellectuel traite de l’aliénation culturelle. L’échec de l’application de la sociothérapie dans le pavillon des malades mentaux « indigènes » pousse Fanon dans l’étude des causes. L’étude des rites et traditions arabo-berbères des populations algériennes est une piste, Fanon s’y est engouffré. Il en tire de cette expérience que adéquation des références culturelles mis en place dans le cadre d’une socio-thérapie est la cause principale, sinon la seule, de l’échec de Blida. Un raisonnement qui lui a ouvert un autre champ de réflexion : celui de l’aliénation culturelle due au colonialisme. De fait, le colonialisme est un système qui repose sur la violence puisque sa mise au point nécessite l’action violente d’une armée. Étonnamment, c’est là qu’un des aspects de la violence, d’un degré relatif. Qu’est-ce que la violence physique de quelques années face à une violence symbolique qui dure des siècles. Fanon écrit dans les Damnés de la terre : « Quand on réfléchit aux efforts qui ont été déployés pour réaliser l’aliénation culturelle si caractéristique de l’époque coloniale, on comprend que rien n’a été fait au hasard et que le résultat global recherché par la domiciliation coloniale était bien de convaincre les indigènes que le colonialisme devait les arracher à la nuit. ». Par cette phrase Fanon indique que le colonialisme infantilise les populations « indigènes » prétextant une dépendance, dans le but de se perpétuer. Un processus qui nécessite un effort continuel de désintégration culturelle des populations natives. Il écrit plus loin « On n’a peut-être pas suffisamment montré que le colonialisme ne se contente pas d’imposer sa loi au présent et à l’avenir du pays dominé… ». Le colonialisme n’est pas un système de transition comme il fut présenté dans le célèbre discours de Jules Ferry de 1885, puisque le devoir des « races supérieure est civilisé les inférieurs », la mission devrait s’achever lorsque ces derniers deviennent « civilisé », or la doctrine raciale en vigueur, véhiculé par les systèmes coloniaux, caractérise le colonisé, comme étant incapable de quelconque évolution intellectuelle. Le paradoxe de la situation démontre que les aspects philanthropiques du colonialisme sont un camouflet pour une entreprise impérialiste d’une forme particulièrement virulente. Pour imposer l’idée de l’infériorité des colonisés, l’entreprise coloniale s’attache à déstructurer toutes formes de structures sociales préexistantes. En Algérie, où le docteur Fanon exerça, il constate que le système colonial fait coexister au sein de la même société plusieurs cultures cloisonnées et qui ne communiquent pas. Ce cloisonnement culturel est pourtant complexe à réaliser et contient en lui les germes de sa propre destruction puisqu’il n’empêche pas la circulation des Hommes. Or les populations de différentes cultures cohabitent sans se comprendre. On doit à cela ajouter l’inégalité de traitement entre les populations, le colonialisme ne survit que parce qu’il installe une ségrégation juridique : les colons n’ont pas les mêmes statuts que les « indigènes » souvent relégués au second plan. Par l’école et l’écriture, l’État colonial fournit un effort considérable pour endiguer la culture des colonisés, en instaurant une hiérarchie sociale fondée sur un changement culturel. C’est l’assimilation, principe culturel selon lequel on nie sa culture d’origine pour s’approprier la culture de l’autre. Un principe qui s’accompagne d’un effort massif de négation de la culture du colonisé à l’échelle de la société. L’assimilation dans le cadre colonial, est une nécessité pour que les colonisés acceptent la colonisation, démontrer que la culture du colon est supérieure à la culture colonisé pour mieux souligner le caractère primitif de ces derniers. Ainsi selon Fanon : « Le résultat, consciemment poursuivi par le colonialisme, était d’enfoncer dans la tête des indigènes que le départ du colon signifierait pour eux un retour à la barbarie, encanaillement, assimilation. » Et enfin pour que l’aliénation culturelle se réalise pleinement, le colonialisme s’attache à détruire la transmission du patrimoine historique des populations indigènes, toujours dans les Damnés de la terre, Fanon décrit ce processus en ces termes : « Le colonialisme ne se satisfait pas d’enserrer le peuple dans ses mailles, de vider le cerveau colonisé de toutes formes et de tout contenu. Par une sorte de perversion de la logique, il s’oriente vers le passé du peuple opprimé, le distord, le défigure, l’anéantit. ».

En somme, le colonialisme est par essence aliénant pour le colonisé et c’est même là une condition sinéquanone à sa survie.

Le cheminement de Fanon l’intellectuel va de paire avec sa carrière de médecin, ainsi ses deux œuvres, Peau noir masque blanc et Les damnés de la terre, donnent une approche clinique du colonialisme. La déconstruction du colonialisme comme étant un processus de domination politique, d’exploitation économique et d’hégémonie culturelle, pousse Fanon à étudier les conséquences sur les populations indigènes et constate que les mêmes effets n’ont pas les mêmes conséquences. « Le complexe du colonisé » par exemple, une conséquence de l’aliénation culturelle, ne se manifeste pas de la même façon. Chez les élites indigènes, par intériorisation de leurs infériorités en tant qu indigènes, ils développent un sentiment de honte de leur culture d’origine, ce qui de soi provoque un trouble identitaire qui les pousse à se revendiquer de la culture du colon. De l’autre côté les mêmes causes ne provoquent pas les mêmes effets chez les populations urbaines plus populaires, où la réaction la plus courante est le rejet de la culture du colon et la marginalisation sociale. Dans un cas comme dans un autre la colonisation met le colonisé dans un état de tension identitaire perpétuelle. Et bien des causes des troubles mentaux auxquels Fanon a eu à faire à Blida, découlent directement du colonialisme. A ces deux facettes, le médecin et l’intellectuel, s’ajoute celle du militant. L’engagement politique de Fanon ne débute pas en Algérie. Nous nous souvenons également de sa participation à la campagne électorale d’Aimé Césaire. Toutefois son engagement politique auprès du FLN est différent. Le Front de Libération National (FLN) adopte une démarche révolutionnaire. Fanon y voit l’occasion d’éradiquer les causes de l’aliénation des populations indigènes, le colonialisme. Fanon devenient un personnage important en quelques années, rédacteur en chef d’un périodique du FLN et représentant diplomatique algérien. Déjà en 1955 il fait partie de la délégation algérienne envoyéE à la conférence de Bandung. En 1957 il assiste comme représentant du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne à la conférence d’Accra et en 1960 il devient ambassadeur du GPRA au Ghana. Parallèlement il entretient  des liens avec les plus grandes figures de luttes africaines tel que Patrice Lumumba sur qui il a eu une grande influence intellectuelle. Fanon estime qu’il n’est possible pour les Hommesde s’épanouir dans une société aliénante, il estime que tous les moyens doivent être déployés pour s’en débarrasser, la violence en est une possibilité. Ses écrits inspirent la célèbre phrase de Nelson Mandela « c’est l’oppresseur qui choisi les armes de l’opprimé ». et aspect du raisonnement de Fanon, lui vaut d’être taxé injustement de « partisan de la violence » or ce qu’il essaye de démontrer est que le colonialisme et l’aliénation culturelle imposent un état de violence quotidienne.

Confronté au racisme et à la discrimination dans sa jeunesse, fervent soutien d’Aimé Césaire, psychiatre de renom, Frantz Fanon s’est imposé comme une figure emblématique anticolonialiste, et un des fondateurs du mouvement tiers-mondiste.

Certaines personnes retiendront surtout ses travaux sur l’aliénation, ainsi que sur l’impact du colonialisme sur les populations. Mais il était également un psychiatre de qualité, ses méthodes inspirées de la sociothérapie ayant fait leur preuve en France et par la suite en Tunisie.

Sa profession de psychiatre lui a justement permis d’observer les méfaits de l’aliénation engendré par le colonialisme. L’échec de la sociothérapie à Blida a été le point de départ de la construction de sa pensée sur le colonialisme et l’aliénation culturelle qui s’en suit. Le colonialisme est pour lui un phénomène violent qui engendre des traumas sur les populations qui y sont confrontées. Sa pensée va le conduire à s’engager, et devenir militant au FLN, organisation par laquelle il voit une aubaine pour s’opposer de façon frontale au colonialisme.

Atteint d’une leucémie, Frantz Fanon décède à Bethesda le 6 décembre 1961, laissant derrière lui un héritage intellectuel conséquent.

Aujourd’hui plus que jamais -bien que cela soit moins visible- beaucoup de ses écrits restent d’actualité.

 

Article rédigé par

Samuel Osenat pour Sorb’Outremer

 Akli Aouaa pour ESMA 

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