Les Amazones du Dahomey

Les Minos du Dahomey

Vous connaissez sûrement les Dora Milaje du film « Black Panther » (Marvel Cinematic Universe), incarnées notamment par Danai Gurira dans le rôle de l’impitoyable Okoyé. Si le Wakanda est une pure invention, ce n’est pas le cas de cette armée de guerrières exclusivement féminine qui s’inspire des femmes soldats du Dahomey.

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Source : Marvel 

Les amazones du Dahomey s’appellent en réalité les Mino, ce qui signifie « les mères » en langue fon. On les appelle également les Agon’djié, ce qui signifie, toujours en langue fon, « Ote-toi de là ! ». Ce sont les colons qui les ont renommées « amazones », du fait de leurs ressemblances avec les femmes guerrières de l’Antiquité.

Le Royaume du Dahomey, actuel Bénin, a vu le jour au début du XVIIème siècle. Le Roi Houegbada (1645-1685) en établit les principes de fonctionnement : « un royaume militaire, conquérant et discipliné, basé sur un pouvoir politique centralisé ». Les Mino furent créées plus tard, au début du siècle suivant, sous le règne du Roi Agadja (1708-1740), pour compenser les pertes de soldats liées aux guerres. Cependant, les femmes soldats seraient apparues plus tôt, dès le XVIIème siècle, et assuraient déjà la protection personnelle du roi ainsi que la garde de son palais. C’est cependant à partir de 1818 que le corps de femmes soldats du Dahomey se développa et se structura réellement, sous le règne du Roi Ghézo (1818-1858), qui souhaitait avoir sa propre armée d’élite, consacrée à sa protection.

Un entraînement intense sur tous les plans

Les Mino étaient à l’origine recrutées par les esclaves. Les femmes esclaves valaient en effet moins cher que les hommes sur ce marché. Par la suite, les femmes dahoméennes se mirent à s’engager volontairement.

Le Roi Ghézo instaura de plus un principe de campagne régulières afin d’enrôler des jeunes adolescentes, certaines Mino étaient ainsi formées depuis un très jeune âge. Il autorisa également que soient incorporées au corps des femmes soldats les prisonnières de guerre ainsi que les jeunes filles qui avaient été razziées.

Les Minos étaient formées pour résister à la douleur et ignorer la pitié. Leur entraînement était quotidien et très physique, parfois dès le plus jeune âge : lutte au corps à corps, exercices de tir, parcours en forêt, séjours dans la brousse ou encore course d’obstacles. En plus de cet entraînement physique, elles étaient conditionnées sur le plan psychologique afin d’être des guerrières impitoyables. Pour parfaire leur entraînement, elles étaient également testées par des simulations d’attaque de grande ampleur, afin d’être toujours prêtes.

Les Minos apprenaient ainsi différentes techniques de combats. Elles excellaient dans le domaine du corps à corps. Elles avaient également une excellente maîtrise des armes. Selon l’explorateur Foa, elles étaient même plus efficaces que leurs homologues masculins : « Alors qu’un soldat dahoméen met en moyenne cinquante secondes pour recharger sa carabine après avoir fait feu, une Amazone réalise l’opération en trente secondes ».

Les Mino se considèrent en effet comme plus fortes et plus vaillantes que les hommes. Une de leurs motivations était de les dépasser sur tous les points, ce qui s’avère globalement vrai puisqu’elles avaient une meilleure organisation, étaient plus rapides mais également beaucoup plus braves que leurs homologues masculins.

Les parades militaires leur permettaient d’exposer cette supériorité. Les Minos les répétaient rigoureusement afin de délivrer une performance parfaite devant leur roi. Elles utilisaient à cette occasion leurs armes comme accessoires de leurs chorégraphies. Ces chorégraphies étaient accompagnées de chants avec une musique émanant de tambours, flûtes, sifflets ou encore clochettes de fer. Les paroles de leurs chants et cris de guerre abordaient principalement leur dévotion au roi, leurs combats et, sans surprise, leur supériorité aux hommes.

« Nous sommes créées pour défendre

Le Dahomey, ce pot de miel

Objet de convoitise.

Le pays où fleurit tant de courage

Peut-il céder ses richesses aux étrangers ?

Tant que nous vivrons, bien fou le peuple

Qui essayerait de lui imposer sa loi »

 

Une vie personnelle à l’écart du reste de la société

 

Les Mino logeaient au palais. Elles étaient la propriété du roi. Aucun autre homme que lui n’était en effet autorisé à pénétrer dans le palais, à part quelques eunuques.

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Les Mino devaient faire vœux de virginité et de chasteté. Les hommes qui tentaient de les approcher étaient exécutés. Une plaisanterie qui circulait parmi les anciens raconte que « moins d’hommes seraient morts au combat qu’en essayant de franchir le mur du camp des amazones ». Cependant, exceptionnellement, le roi pouvait décider d’offrir en mariage une Mino à un homme important du royaume ou pour récompenser un soldat qui avait fait preuve d’une grande bravoure lors d’une guerre. Il pouvait également les épouser lui-même.

La vie des Minos était ainsi entièrement dédiée au combat et à la protection de leur roi, et vivaient à l’écart de la société. Elles étaient aussi craintes que respectées par la population du Royaume du Dahomey. Leur statut était presque sacré. On raconte qu’à chaque fois qu’elles quittaient le palais, des petites filles agitaient des clochettes sur leur chemin afin que la foule s’écarte et s’incline respectueusement sur leur passage.

Des guerrières impitoyables réparties en régiments

seh_dong_hong_beh_II.a_29On dénombrait entre 4000 et 5000 femmes soldats au Dahomey à la fin du XIXème siècle. Elles représentaient ainsi un tiers de l’armée totale du Royaume. Elles étaient principalement divisées entre deux bataillons : le bataillon « Aligossi » défendait le palais et le bataillon « Djadokpo » constituait l’avant-garde de l’armée dahoméenne.

Les Minos présentaient toutes un crâne rasé coiffé pour la plupart d’entre elles d’un bonnet blanc brodé de caïmans bleus. Elles avaient de longues tuniques ceinturées à la taille ainsi qu’un pantalon bouffant. Les tenues différaient selon les régiments.

 

 

Les Minos étaient en effet réparties selon leurs spécialités. On distinguait ainsi cinq régiments :

  •       Les Gulohento

Elles étaient les fusilières et constituaient la majorité des Minos. Elles disposaient d’un fusil mais également d’un sabre et d’un court poignard.

  •       Les Gohento

Elles étaient les archères et étaient ainsi très habiles et précises. Leur spécialité était le maniement d’un arc qui tirait des flèches empoisonnées. Elles étaient également équipées d’un poignard accroché à leur ceinture. Avec le développement des armes à feu au XIXème siècle, l’importance des Gohento déclina et selles se sont reconverties dans le transport du matériel et dans le ramassage des morts et des blessés après les batailles. Elles ne participaient plus que rarement aux affrontements.

  •       Les Nyekplohento

Elles étaient les faucheuses et disposaient de longues machettes tranchantes qui étaient composées d’une lame de quarante-cinq centimètres au bout d’un manche de soixante centimètres. Ces machettes pesaient une dizaine de kilogrammes et se maniaient à deux mains. Les Nyekplohento étaient connues pour décapiter leurs ennemis avant de brandir leur tête afin de terroriser le reste de leurs adversaires, ce qui leur permettait de prendre de cette façon l’avantage, au moins sur le plan psychologique. Leur technique était ainsi représentative de la stratégie d’intimidation de leur Royaume. Elles étaient peu nombreuses mais très redoutées.

  •       Les Agbalya

Elles étaient les artilleuses et représentaient environ un cinquième du corps total des Minos. Elles participaient au maniement des canons. Ceux-ci avaient une faible portée et faisaient beaucoup de bruit, leur efficacité était donc limitée. Les Agbalya participaient ainsi surtout à la stratégie d’intimidation du Dahomey.

  •       Les Gbeto

Elles étaient les chasseresses et étaient les plus craintes des femmes soldats. Les membres de ce régiment étaient choisies parmi les tueuses les plus fortes, mentalement et physiquement. Elles représentaient également la plus ancienne unité des Minos. Elles chassaient à l’origine le gibiers et notamment l’éléphant, qui était, avant sa disparition presque totale de la région au milieu du XIXème, un animal très précieux et difficile à tuer. Les Gbeto ont donc par la suite été intégrées à l’armée des Minos. Elles disposaient de longues carabines et d’un long poignard à lame incurvée. Elles portaient sur leur crâne chauve un bandeau de fer surmonté de deux cornes d’antilope.

Le rôle des Mino dans la lutte contre la colonisation française

Au XIXème siècle, suite à la fin de l’esclavage, les puissances européennes décidèrent de coloniser le continent africain afin de s’approprier ses richesses naturelles. Lors de la conférence de Berlin de 1885, les principaux dirigeants du vieux continent se partagèrent ainsi l’Afrique, en tenant évidemment à l’écart ceux du continent concerné.

Le Roi Glélé (1858-1889), à travers la signature de deux traités en 1868 et 1878 avec la France, permis à celle-ci une présence commerciale dans son royaume. Cela permis à la France d’étendre son emprise sur le port de Cotonou, carrefour commercial.

Le Roi Béhanzin (1890-1894), ne vit pas d’un bon œil cette expansion française. En mars 1890, il lance de bon matin une attaque sur Cotonou. Pris par surprise par la présence de femmes, parfois très jeunes, parmi les soldats, les français n’osèrent pas riposter. Les troupes dahoméennes se retirèrent après quatre heures d’affrontements.

La France a ainsi déclaré la guerre au Royaume du Dahomey, avec pour raison officielle cet incident diplomatique, accompagné d’accusations « d’incivilité ». La véritablement raison semble en réalité être la volonté d’étendre davantage sa domination coloniale en Afrique équatoriale, cet incident n’étant qu’un prétexte. 

La paix fut cependant signée assez rapidement, seulement quelques mois plus tard. Elle entraina notamment la cession de Cotonou par le roi dahoméen à la France. Mais cette paix fut de courte durée, les français étant à l’affût de la moindre occasion pouvant leur permettre de continuer leur colonisation. Leur objectif suivant était la ville d’Abomey, capitale du Royaume.

Les Minos rencontrèrent ainsi pour la première fois, sur un champ de bataille, l’armée française le 26 octobre 1892. Celle-ci avait d’abord battu les premiers rangs de l’armée régulière avant de rencontrer les femmes soldats, à cinquante kilomètres d’Abomey. L’affrontement dura quatre heures. Les soldats français prirent inévitablement le dessus grâce à l’efficacité de leurs fusils et de leurs canons face auxquels les armes des Mino ne faisaient pas le poids. Les guerrières préférèrent mourir plutôt que capituler comme elles l’avait appris lors de leur formation.

Après avoir vaincu les Minos, l’armée française pris la ville d’Abomey le 17 novembre suivant. La fin des Minos coïncide ainsi avec celle de leur royaume.

 

Aujourd’hui, ces femmes redoutables qui ont grandement participé à la puissance militaire du Royaume dahoméen sont toujours présentes dans la mémoire des béninois. La République du Bénin, qui a proclamé son indépendance le 1er août 1960, après avoir été la colonie française du Dahomey à partir de 1899, les honore toujours à travers chants et légendes. Les femmes sont également toujours très présentes dans l’armée régulière béninoise.

Sources

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Romy Ntsoenzok, étudiante en L2 Droit- Sciences Politiques et membre active chez ESMA 

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