Point culture : le Rwanda

Le Rwanda

Comme vous l’aurez deviné, c’est le Rwanda que nous mettons à l’honneur pour le mois de mars. ESMA vous présente une partie de la culture de ce grand pays !

UMUGANURA : la tradition comme argument de réconciliation

L’année 1994 est marquée par les massacres de masse dirigés vers la population tutsie au Rwanda. D’avril à juin 1994 près d’un million de Tutsis et de Hutus opposés au régime sont éliminés pour ce qu’ils étaient, ce qui sera officiellement reconnu comme un génocide par la communauté internationale. Cet épisode sanglant de l’histoire rwandaise n’est pas allé sans laisser son empreinte dans la mémoire collective du pays, déjà fortement marquée par la colonisation belge (1919-1962). Au lendemain de ce génocide, de nombreuses entreprises ont été mises en place afin de recréer une unité dans cette nation brisée. Ces travaux de construction d’un nouvel ordre national rwandais passent par l’instrumentalisation de la tradition, comme nous le démontre la célébration de l’Umuganura

Qu’est-ce que l’Umuganura

L’histoire du Umuganura remonte au Rwanda précolonial. À cette époque, la société royale rwandaise était organisée autour de dix-huit piliers composés de rituels royaux, dans lesquels figure l’Umuganura. Très ancien rituel, il est organisé annuellement autour de la moisson des terres. Le roi célébrait ainsi la fertilité de la terre et celle des femmes dont la mission était de maintenir la prospérité du royaume. D’une part, les terres permettaient de subvenir aux besoins alimentaires du royaume ; d’autre part, les femmes en procréant assuraient un futur au royaume rwandais. Cette célébration était aussi l’occasion pour le roi d’annoncer les futures orientations du royaume et de partager des bénédictions aux sujets du royaume pour qu’ils aient des cultures toujours plus fructueuses.  

Autour de la célébration, on trouve le sorgho. Le sorgho utilisé dans la liturgie de l’Umuganura est cultivé dans la région du Bumbogo, au Nord-Ouest de Kigali. Dans ces terres se trouvaient des agriculteurs de lignage hutu, qui étaient ensuite accueillis sous les acclamations et danses populaires au moment de l’arrivée en cortège vers l’enclos royal. Les graines de ce sorgho étaient ensuite transformées en pâte selon une recette traditionnelle. Cette célébration annuelle de la récolte était un rassemblement mettant à l’honneur l’unité de la nation rwandaise, le patriotisme et l’attachement au roi – grâce à qui les richesses sont partagées, ainsi que le travail. 

En 1925 les Belges abolissent la célébration de l’Umuranga. Cela participe à la volonté du pouvoir colonial d’avoir une mainmise complète sur le territoire rwandais et son peuple. Ils souhaitent faire des Rwandais une population soumise, cette ambition politique passe donc par un annihilement des cultures considérées « païennes ». 

L’Umuganura aujourd’hui 

Le 24 février 2017, une loi rétablissant la fête est votée sous l’impulsion de Madame Julienne Uwacu, ministre des Sports et de la Culture depuis 2015. Chaque premier vendredi du mois d’août depuis lors, les Rwandais célèbrent l’Umuganura au niveau des différentes cellules de la vie sociale : la famille, la région d’habitation et la nation toute entière. L’impulsion de cette décision politique est de renforcer le corps national rwandais plusieurs fois mis à l’épreuve par la colonisation belge, et le génocide des Tutsis et Hutus opposés au régime. 

L’idée est de réconcilier la nation actuelle en allant puiser dans l’histoire commune à l’ensemble du peuple rwandais. L’appel à ces rites fondateurs de la culture rwandaise d’antan permet de constituer un récit dans lequel chaque Rwandais peut se reconnaître et s’approprier. Instituer cette fête nationale, c’est créer une parenthèse d’unité nationale. 

Quant à la célébration, celle-ci s’organise sur l’ensemble du territoire. Le jour de fête est officiellement le premier vendredi d’août, mais l’ensemble de la semaine qui le précède lui est consacré. Le jour de la fête, des troupes de danses traditionnelles rwandaises se produisent dans les rues. Ces rues sont aussi investies par des expositions sur la société civile rwandaise et ses artistes ou encore par des conférences populaires. On note qu’aujourd’hui la célébration annuelle attire l’attention des populations étrangères venues visiter le pays aux mille collines. 

L’exploration de cette tradition rwandaise de l’Umuganura et de son utilisation permet d’observer la manière dont un pouvoir politique peut en saisir les enjeux pour servir son idéologie politique : ici l’usage de la tradition pour constituer des moments d’unité nationale. 


Ndiémé Mbengue 
M2 Communication – Paris I Panthéon-Sorbonne et membre active au sein d’ESMA

BIBLIOGRAPHIE 

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